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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 06:00

Dans les années 1950, des jeunes Albanais sont partis étudier en Union soviétique ou dans un autre pays du bloc de l'Est et sont revenus au pays accompagnés d'une épouse russe, polonaise, hongroise ou bulgare.

 

L'Albanie et l'URSS étaient alors alliées et Enver Hoxha vouait une admiration sans bornes à Joseph Staline.

 

Dans la nuit du 24 au 25 février 1956, à Moscou, les délégués du XXe Congrès du Parti Communiste d'URSS s'apprêtent à quitter la salle après dix jours de débats sans anicroche ni surprise. Les journalistes et les délégués étrangers sont déjà sortis...

 

Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du parti, demande alors aux délégués de se rasseoir et pendant quatre heures, il va leur lire un rapport secret dont il leur sera expressément demandé de ne divulguer aucun extrait écrit à l'extérieur.

 

Devant les délégués abasourdis, le secrétaire général accuse son prédécesseur Staline de crimes ignobles, hélas bien réels. Notamment de la mise en accusation et de l'exécution de nombreux dirigeants communistes lors des grands procès de Moscou, vingt ans plus tôt. Il condamne également le culte de la personnalité qui a entouré le « petit père des peuples » et met en cause ses qualités de stratège pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Mais il reconnaît à Staline un « rôle positif » dans la collectivisation des terres et l'industrialisation, même si ces opérations se sont soldées par la déportation et le massacre de plusieurs millions de Soviétiques dans les années 1931-1936 !

 

Malgré toutes les précautions prises par les Soviétiques, le New York Times publie des extraits du rapport secret dès le 16 mars. Le texte a été bienveillamment fourni au quotidien de New York par la CIA (Central Intelligence Agency), qui l'a elle-même obtenu d'un leader communiste polonais juif, irrité par des allusions antisémites de Khrouchtchev, par l'intermédiaire du Mossad (les services secrets israéliens).

 

Le rapport est publié in extenso quelques semaines plus tard. Il consacre la prise de pouvoir par Nikita Khrouchtchev et clôt son entreprise de « déstalinisation », trois ans après la mort du Vojd (« Guide » en russe, surnom de Staline).

 

C'est la rupture entre le dictateur albanais et l'URSS « révisionniste » et ses satellites est-européens.

 

« L'Albanie bascule dans la paranoïa de l'espionnage qui touche tragiquement les familles mixtes », dit à l'AFP Ismaïl Kadaré, qui signe là son premier scénario.

 

« Les personnages auxquels je m'intéresse sont des victimes oubliées ou peu connues parmi les victimes du communisme, des étrangères, retenues en Albanie et persécutées sauvagement par le régime ».

 

Ce drame historique est la première production conjointe entre l'Albanie et la Russie en près de 70 ans. Il a été coécrit par le grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, et le scénariste russe Youri Arabov.

 

Dans la ville natale du dictateur communiste Enver Hoxha, une équipe albano-russe se sert de cinéma pour raconter le sort tragique des couples mixtes après la rupture avec Moscou, quand de jeunes Albanais et leur épouse étrangère furent soudain considérés comme des traîtres.

 

Dans la ville natale du dictateur communiste Enver Hoxha, une équipe albano-russe se sert de cinéma pour raconter le sort tragique des couples mixtes après la rupture avec Moscou, quand de jeunes Albanais et leur épouse étrangère furent soudain considérés comme des traîtres.

 

Résultat de recherche d'images pour "En Albanie, l'amour au temps d'Enver Hoxha"

 

Ce drame historique est la première production conjointe entre l'Albanie et la Russie en près de 70 ans. Il a été coécrit par le grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, et le scénariste russe Youri Arabov.

 

Juste après le divorce entre Moscou et Tirana, ces femmes avaient eu le choix de rentrer dans leur pays ou de rester auprès de leur mari, se condamnant alors à l'enfermement dans une Albanie hermétiquement close. A l'inverse, des étudiants albanais ont dû abandonner l'URSS en laissant derrière eux leur bien-aimée.

 

Résultat de recherche d'images pour "En Albanie, l'amour au temps d'Enver Hoxha"

 

« Tant de destins individuels brisés par l'Histoire », constate l'auteur du "Grand Hiver", né comme Enver Hoxha à Gjirokastra, ville du sud de l'Albanie aujourd'hui classée au patrimoine de l'Unesco.

 

 « Deux fois plus cruel »

 

L'un de ces destins est celui d'Irina Sallaku, 88 ans aujourd'hui. Elle avait épousé un Albanais rencontré pendant ses études d'ingénieur à Leningrad. En 1955, le couple mit au monde deux jumelles avant de partir vivre à Tirana.

 

« Les étrangères qui avaient fait un acte de résistance de cœur en choisissant de vivre en Albanie ont été nombreuses à avoir un destin tragique », raconte-t-elle à l'AFP, les yeux remplis de larmes. Elle se réjouit qu'un film permette de « comprendre l'ampleur du crime ».

 

Son mari accusé de « sabotage » fut exécuté en 1977. Elle fut envoyée avec leurs deux filles dans un camp de travail dont elles ne sortirent qu'en 1988.

 

« Tout Etat est cruel mais l'Etat communiste l'était deux fois plus », constate Iouri Arabov.

 

Il n'existe pas d'estimations du nombre de couples mixtes persécutés. Au total, 5.577 hommes et 450 femmes ont été exécutés par le régime communiste (1944-1991), selon l'Institut des études sur les crimes communistes. Des dizaines de milliers d'opposants ont été condamnés aux travaux forcés ou à la prison.

 

Le film, provisoirement intitulé "Gjirokastra", est "un drame historique qui rend hommage à toutes les victimes innocentes des régimes totalitaires", souligne Iouri Arabov.

 

C'est une fiction mais Loreta Mokini, la coproductrice albanaise, explique avoir par souci de véracité consulté les archives du ministère de l'Intérieur et parlé à d'anciens condamnés.

 

L'amour en vrai

 

Le film raconte l'histoire d'une étudiante russe, Katia, qui rencontre à Moscou son futur mari, Arjan, archéologue albanais avec qui elle refait sa vie en Albanie.

 

Après le divorce entre Tirana et Moscou, Arjan est arrêté pour "sabotage" puis exécuté. Katia finit emprisonnée dans la citadelle de Gjirokastra, forteresse du XIIe siècle utilisée comme geôle par les communistes comme les nazis avant eux.

 

Si le plus clair du tournage s'est déroulé à Gjirokastra, des scènes ont également été filmées dans la maison d'Enver Hoxha à Tirana.

 

Deux acteurs albanais jouent le dictateur mort en 1985 et son épouse Nexhmije, 99 ans aujourd'hui.

 

 Résultat de recherche d'images pour "enver hodja et sa femme"

 

Toujours dans l'ombre l'un de l'autre, ils se parlent à voix basse en français, la langue préférée du dictateur. Celui-ci avait imposé sa psychose paranoïaque au petit pays de trois millions d'habitants, où il fallait être en permanence prêt au combat face aux menaces venues de toutes parts - URSS, Etats-Unis ou Yougoslavie titiste.

 

Le montage commencera fin janvier. Mais déjà, dans les coulisses du tournage qui vient de s'achever, les collaborateurs ont vu naître un nouvel amour, entre Polina Grishina, l'actrice russe qui interprète Katia et Besmir Bitraku, l'acteur albanais qui joue son époux.

 

« C'est sûr: l'amour est aveugle, il ne tire pas de leçons de l'Histoire », sourit Loreta Mokini.

 

AFP, publié le jeudi 23 janvier 2020 à 06h45

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