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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 06:00
 « Abeille et vigne, vin et miel, indissociables dans l’Antiquité, retrouvent un nouveau pacte d’amitié, sous la bienveillance tutélaire de la biodiversité. L'ABEILLE & LA VIGNE d’Yves DARRICAU

Je suis incorrigible, en 1978, François Mitterrand qui avait encore des incisives carnassières, publiait chez Flammarion L’abeille  et l’architecte, s’inspirant de la belle phrase de Marx « Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans sa ruche ».

 

Mon amie Catherine Bernard m’a transmis un article d’Yves DARRICAU L'ABEILLE & LA VIGNE

 

pour la revue des Apiculteurs, L ’Abeille de France - n°1066 Mars 2019,  ICI qu’il lui a transmis car, lui disait-il, « je l’ai écrit pensant trouver des complicités auprès des vignerons pour mettre en place un paysage plus amical envers les abeilles et autres pollinisateurs. »

 

Très beau programme qui me donne envie de vous le faire partager.

 

Yves DARRICAU est l’auteur de « Planter des arbres pour les abeilles, l’apiforesterie de demain » chez Terran et de « La vigne et ses plantes compagnes - Histoire et avenir d’un compagnonnage végétal » chez Rouergue.

 

Respectant le copyright je vous propose de lire l’introduction et deux citations. Pour obtenir l’intégralité de l’article il vous faudra me le demander.

 

L'ABEILLE & LA VIGNE

 

Étrange titre, et étrange sous-entendu, en effet !

 

Quel rapport y a-t-il entre nos abeilles et cette plante à fleurs (une liane, à vrai dire), si commune et plantée chez nous sur plus de 800 000 ha ? Eh bien, hélas, plus aucun.

 

La vigne et l’abeille s’ignorent ; et pire, les vignobles sont des déserts apicoles où une monoculture stricte, très généralement sur sols nus, n’offre ni gite ni couvert. Ils sont aussi considérés comme dangereux pour les pollinisateurs et autres insectes car traités à grandes fréquences, quasiment autant que les vergers industriels de pommiers, premiers consommateurs de produits agro-chimiques du pays.

 

Il n’en fut pas toujours ainsi, on y reviendra.

 

Mais commençons par le commencement : nos vignes actuelles, nos cépages, n’ont pratiquement besoin ni d’insectes, ni même de vent pour leur fécondation (les vignes cultivées sous abris, sans insectes ni vent, produisent très facilement des grappes).

 

C’est qu'elles sont très majoritairement hermaphrodites et, par construction, leurs 5 étamines sont orientées pour s’ouvrir directement sur le stigmate qui mènera aux ovaires.

 

La mécanique est simple : l’étamine mûre s’ouvre et libère le pollen qui est réceptionné quasiment sans besoin de transport ; cette libération débutant alors même que la fleur n’est pas encore ouverte. La floraison dure de trois à dix jours selon les conditions climatiques ; l’autopollinisation est donc prédominante, mais marginalement, une pollinisation exogène du fait du vent ou d’autres vecteurs peut encore intervenir : on dit que le mode de fécondation est auto-allogame. L’affaire est donc entendue : la domestication de la vigne sauvage qui a donné nos si nombreux cépages, et qui s’est déroulée sur des siècles, lui a fait perdre quasiment tout intérêt mellifère.

 

Une domestication qui a enlevé l’intérêt mellifère

 

Notre vigne, Vitis vinifera, est en effet la proche parente de Vitis sylvestris, la vigne sauvage, dite aussi Lambrusque, adepte des forêts alluviales, des lisières et des trouées claires.

 

Cette sauvage, que l’on croise encore de ci de là, est pollinisée par les abeilles et dispersée par les oiseaux… Elle a été vite repérée et appréciée pour ses baies capables de fermenter facilement, et aura été domestiquée dans le Caucase puis progressivement disséminée hors forêts, principalement en  zone méditerranéenne, en milieux très lumineux et parfois très secs où elle a prospéré grâce à sa remarquable adaptabilité.

 

La démarche des premiers planteurs-sélectionneurs aura été de repérer des pieds bisexués, hermaphrodites, capables de s’autoféconder ; une démarche générale en matière de domestication de plantes. Les vignes "sauvages" étant majoritairement dioïques à sexes séparés (en fait il s’agit d’un hermaphrodisme non fonctionnel : certaines V.sylvestris présentent un gynécée fonctionnel et des étamines atrophiées, d’autres l’inverse… et d’autres, moins de 5%, étant hermaphrodites fonctionnelles) et donc à fructification plus aléatoire, et qu’on aurait dû mener en culture, comme par exemple les kiwis, en intercalant pieds mâles et pieds femelles (les kiwis ont ainsi grandement besoin de pollinisateurs).

 

La sélection des pieds hermaphrodites a aussi atrophié les nectaires qui sont devenus, sur nos cépages, de simples disques, diffusant certes des odeurs attractives, mais plus de nectar !

 

En parallèle, il leur a fallu retenir les pieds porteurs de baies de plus en plus grosses, les multiplier par bouturage ou provignage (qui consiste à enfouir un sarment sans le couper du pied mère, assurant alors facilement la reprise), et enfin concentrer dans les parcelles les pieds les plus robustes et bien entendu fournisseurs des meilleurs jus aromatiques après fermentation…

 

La vinification des débuts faisait aussi usage des raisins de la vigne sauvage locale mais aussi de ceux issus des pieds dioïques domestiqués, et de divers autres issus de croisements entre sauvages et formes domestiques, si l’on en croit les données génétiques récentes. De grands brassages génétiques ont finalement constitué le patrimoine variétal viticole. Ce long cheminement motivé par la passion du vin fait que nul autre végétal n’est aussi divers dans ses productions !

 

Il a mené à la sélection de plus de 5 000 cépages subdivisés en multiples clones, lesquels, soumis aux effets des sols, des climats, des savoir-faire et de la créativité des vignerons et œnologues, ont abouti à une quasi inquantifiable diversité de vins, produits par plus de sept millions d'hectares de vignobles à travers le monde. Magnifique domestication, mais perte d’une plante mellifère bien intéressante qui a longtemps été exploitée par les abeilles comme le prouve une belle étude menée en Toscane.

 

Comment c’était avant ?

 

Me demander la copie de l’article.

 

EXTRAITS

 

La longue relation entre la vigne et ses nombreuses plantes compagnes (présentes sur les sols enherbés, dans les haies vigneronnes, les bosquets et les pierriers) a évolué au cours du temps et s’est totalement distendue depuis les années 1970 lorsque les évolutions et les choix techniques ont fortement modifié les pratiques dans les vignes. L’introduction de machines diverses (vendangeuses, épareuses, tracteurs enjambeurs…) a exigé des accès plus ouverts et facilité le nettoyage des délaissés et autres végétaux "inutiles" du voisinage. En parallèle, les travaux de contrôle de l’herbe (cavaillonnage et décavaillonnage à la charrue) ont été remplacés par l’utilisation de désherbants à action dite systémique, comme le glyphosate, qui détruisent tout végétal qu’ils touchent, maltraitent la micro-faune des sols, les vers de terre en particulier, et laissent un sol quasiment nu et stérilisé.

 

Le remembrement pour agrandir les parcelles s’est aussi continûment poursuivi, avec arasement de haies et non remplacement des vieux arbres qui égayaient les vignes et leurs cabanes.

 

Une monoculture implacable, qui ne manque pas d’allure par ailleurs, a fini par qualifier la vigne alors que depuis son arrivée chez nous elle était proche du jardinage intensif et du verger, terrain de glanes (asperges sauvages, repounsous, poireaux de vigne…) et de chasse (aux escargots surtout), et lieu de vie où passaient aussi les abeilles à la recherche de pollen ; et qu’elle nous avait appris l’art de diversifier les produits de la terre.

 

Le paysage viticole s’est simplifié ; il est devenu trop souvent monolithique avec, en fait, une cause majeure : la perte d’utilité de toutes les plantes compagnes et voisines de la vigne, aux yeux des vignerons et aussi à nos yeux d’amateurs de vin.

 

Un avenir mellifère à portée de main

 

Mais la roue tourne à nouveau ; la biodiversité disparue (re) devient utile et sa réhabilitation, un impératif. Elle est mieux comprise dans ses apports alors que l’agrochimie n’ose plus justifier ses avantages (il lui en reste pourtant !) aux yeux des consommateurs amateurs de vins, et fait face à de solides critiques de la part des chercheurs et scientifiques préoccupés de qualité des produits, de santé des consommateurs, de durabilité écologique, et de résilience (résistance) permise par la biodiversité. Comme le phylloxera en son temps, les menaces actuelles du changement climatique et de l’appauvrissement rapide de la biodiversité font aussi réagir les vignerons, dont les plus innovants ont modifié leurs pratiques en aménageant leur environnement. On commence à prévoir des changements  de matériel végétal (cépages) avec emploi des mieux adaptés aux températures à venir et susceptibles de faire des vins moins alcooliques ; viendront bientôt aussi des modifications de paysages (arbres pour ombrage des parcelles, ré-orientation des rangs, nouvelles localisations de parcelles, retour de l’herbe, des arbres et des haies, créations de bosquets pour la biodiversité), et des changements de pratiques viticoles avec recherche de cycles biologiques plus efficients.

 

Il faudra mieux traiter les sols, faciliter les percolations et les minéralisations en faveur de la vigne, augmenter la fixation de carbone et d’azote, y relever les teneurs en humus pour y revigorer les vers de terre et autres micro-organismes… Il faudra aussi attirer et fixer des auxiliaires, insectes et oiseaux.

 

Pour nos abeilles, le maintenant bien visible retour de l’herbe, (on devrait dire des couverts végétaux) est une première bonne nouvelle ; les couverts agissent comme des jachères fleuries, apportant une flore diversifiée à floraisons étagées.

 

Le retour des haies et la plantation des délaissés est l’autre bonne nouvelle à venir : les listes d’arbres et arbustes préconisées aux vignerons méritent certes d’être revisitées en fonction du réchauffement climatique, et intégrer des arbres et arbustes à floraisons tardives, estivales ou automnales, et/ou très précoces comme des koelreuteria, sophoras, tetradium, Viburnum tinus, elaeagnus…(on verra l’article sur les pollens hors saison du numéro 1063).

François Mitterrand et Bernard Pivot, sur le plateau d’Apostrophes, le 15 septembre 1978 à l’occasion de la parution de "L’Abeille et l’Architecte" (DR/IFM)

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