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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 06:00
Le train de vie modeste de la salle à manger de Michel Rocard Ministre de l’Agriculture : Anne-Marie et Bernadette… nous étions loin des dîners de Rugy.

L’affaire de Rugy n’était pas une affaire d’État mais malheureusement la perpétuation de très mauvaises pratiques sous les ors de la République.

 

Les ministres doivent « adopter un comportement modeste et respectueux de chacun » Cette exigence d’exemplarité, établie par la circulaire du 24 mai 2017.

 

La circulaire rappelle également « qu'il convient de limiter l'usage des deniers publics au strict accomplissement de la mission ministérielle en ne tirant pas profit de ses fonctions pour soi-même ou pour ses proches […]. De manière générale, les dépenses à caractère personnel ou familial ne peuvent évidemment être mises à la charge de l'État ».

 

Edouard Philippe pourrait réformer le train de vie des ministres « Une réflexion est en cours pour voir si la circulaire de mai 2017 mérite d’être complétée ».

 

Tout cela est bel et bon, nous verrons !

 

Comme toujours dans ce genre d’histoire de ma mémoire remonte des souvenirs.

 

Nous étions en 1984, je venais de rejoindre le cabinet de Michel Rocard nouveau ministre de l’Agriculture, il venait de boucler l’épineux dossier des quotas laitiers et il lui fallait enchaîner avec celui de l’élargissement du Marché Commun à l’Espagne et au Portugal.

 

J’étais là pour ça : les dossiers vins et fruits et légumes étaient chauds bouillants, François Guillaume tonnait.

 

La salle à manger et la cuisine de l’appartement du Ministre, qu’il n’occupait pas il logeait avec Michèle boulevard Raspail, étaient dans un état lamentable. Si une commission d’hygiène et de sécurité avait déboulée la fermeture aurait été immédiate.

 

Dans la cuisine officiaient deux bretonnes en blouse : Anne-Marie la cuisinière du genre dragon domestique et Bernadette son souffre-douleur. Anne-Marie décidait de tout, des menus servis lors des réceptions officielles, elle était économe, cuisinait comme si c’était du frichti pour un repas de laboureur.

 

Détail d’intendance, le linge de table, la vaisselle, les couverts avaient beaucoup d’heures de vol. Le vin venait de l’épicier du coin.

 

Nous discutions en priorité avec nos voisins espagnols des dossiers chauds, nos amis portugais se sentaient un peu, même beaucoup marginalisés. Rocard, bonne âme, qui connaissait sur le bout des doigts les « bienfaits » du régime Salazar et avait suivi de très près la Révolution des œillets, décida d’inviter son homologue portugais.

 

Un déjeuner fut programmé.

 

J’y participais bien sûr.

 

Que nous proposa notre Anne-Marie pour ce déjeuner d’empathie ?

 

En plat principal, je vous le donne en mille : de la morue sauce blanche avec des patates à l’eau.    

 

Le père Rocard, habitué aux casse-croûtes du PSU, n’était pas du genre à exiger une tortore de luxe mais là, son sens politique et diplomatique lui fit saisir le côté humiliant de ce menu pour le représentant d’un pays vivant encore très modestement et exportant essentiellement de la main-d’œuvre.

 

Pour autant il ne fit pas un scandale, se contentant de quelques remarques embarrassées auprès du chef de cabinet.

 

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Il en allait ainsi à l’hôtel de Villeroy  en 1983, lors de l’alternance de 86, François Guillaume succéda à Henri Nallet intérimaire, puis en 88 lors de la réélection de Tonton Nallet succéda à François Guillaume, Michel Rocard étant Premier Ministre.

 

Première constatation, le Ministre-paysan avait entrepris des travaux de rénovation de la cuisine, et de l’hôtel en général, Anne-Marie et Bernadette étaient toujours là flanquée d’une petite nouvelle venue de sa Haute-Marne natale. Les Nallet, très petits bourgeois, Thérèse surtout, continuèrent l’œuvre du grand François : Ha ! les « biscuits » (1) de Thérèse Nallet !

 

Anne-Marie prit sa retraite… et puis la vie continua… le train de vie de l’hôtel de Villeroy gagna quelques galons tout en restant dans les clous d’un budget modeste.   

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(1) Un biscuit est une faïence cuite entre 980 et 1040 °C sans glaçure (sans émaillage), une porcelaine tendre ou dure, cuite sans glaçure à haute température (de 1 200 à 1 400 °C), et il existe aussi des grès biscuités qui sont aussi sans glaçure. Le biscuit de porcelaine est utilisé pour réaliser des statuettes, des surtouts de table, des réductions de grandes statues

Réné Souchon : "Michel Rocard ne faisait pas de la politique pour faire des coups"

René Souchon : "Michel Rocard ne faisait pas de la politique pour faire des coups"

 

Pendant deux ans, entre 1983 et 1985, René Souchon, maire d’Aurillac et député du Cantal, a travaillé à proximité immédiate de Michel Rocard, alors ministre de l’Agriculture, sous la troisième gouvernement Mauroy puis sous le gouvernement Fabius, en juillet 1984.

 
Secrétaire d’Etat chargé de l’agriculture et de la forêt, l’ancien président de la région Auvergne (2006 - 2015) se souvient de relations de travail fructueuses. 
 
“On a quand même fait la mise en place des quotas laitiers européens, le 31 mars 1984. Nous avions un cabinet commun, on se parlait tous les jours. J’avais d’autres secrétaires d’Etat au téléphone qui se plaignaient de n’avoir aucune marge de manoeuvre. Ce n’était pas mon cas, il me donnait carte blanche sur les dossiers dont j’avais la charge.” 
 
René Souchon, qui était alors plus mitterrandien que rocardien, se souvient d’un homme “impressionnant par son intelligence”. “Au début, son entourage pensait que j’avais été mis là par Mitterrand pour le surveiller. Il a vite compris que ce n’était pas le cas, entre nous il n’y a jamais eu de coup tordu”.  
 
En avril 1985, Michel Rocard démissionne parce qu’il est opposé à l’instauration du mode de scrutin proportionnel aux législatives de 1986. Henri Nallet prend son poste à l’agriculture, René Souchon reste en place, cette fois comme ministre délégué. 
 
“Ce n’était pas un politicien, il avait une rectitude morale extraordinaire, il ne faisait pas de la politique pour faire des coups. Il était vraiment sur les idées, il allait tout droit… et ne voyait pas venir les coups des autres. C’est pour cela que Michel, que je n'ai pas vu depuis deux ans, était très critique sur la politique d’aujourd’hui, avec ses “coups” politiques et sa médiatisation.”
 
Philippe Cros

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commentaires

pax 24/07/2019 06:25

Après avoir jeté un froid avec son sorbet "pêche de vigne" * qui se fout complètement du taux de sucre des diabétiques de type 2 revoilà les belles histoires de l'Oncle Jacques. Ce type de chronique est passionnant . Des témoignages de première main . Dés révélations qui nous font sourire ou bondir même quand certaines sont à fleuret moucheté . On devine, on reconnait et on crie encore, encore . Dit Oncle Jacques raconte nous encore une histoire. Mais si, tu sais bien, celle des pantins, des guignols que tu as croisés quand t'étais jeune.
Mais l'histoire d'aujourd'hui est un conte de fée. Une de ces histoires qu'on sait que cela n'arrivera jamais. Et curieusement on pouvait s'attendre à autre chose. Rocard rime plutôt avec homard alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que l'ancien écolo en peau de lapin devenu ministre, paye ses facture Rugy sur l'ongle.
* Froid qui va être long à réchauffer tentateur Taulier car plus grave encore , c'est que ce sorbet est effectivement un régal. Vade rétro Satanas !

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