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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 07:00
Le manuel d’économie de Raymond Barre fut un véritable best-seller, je dois avouer qu’il m’est tombé des mains. « Nous avons un système fiscal qui marche sur la tête. »

L’un de mes souvenirs de Raymond Barre c’est une vision de lui encore Premier Ministre de Giscard, avachi au fond d’une DS noire, arrêtée à un feu tricolore du boulevard des Invalides, sans escorte, sans gyrophare, cigarette au bec, les paupières lourdes, lessivé. J’étais juché sur mon grand Batavus, à sa hauteur. C’était à la veille du premier tour de la présidentielles de 1981.

 

Étudiant en droit  je dû suivre en première année un module d’économie, le prof nous recommanda le Raymond Barre. Je me rendis à la bibliothèque pour le consulter, il me tomba des mains.

 

« Raymond Barre s'est décidé à réactualiser de fond en comble son Manuel d'économie, qui a servi à des générations d'étudiants depuis la première édition en 1955, mais qui était épuisé depuis la fin des années 70. Le livre, économie politique, est cette fois cosigné par Frédéric Teulon, un enseignant de 38 ans qui a déjà écrit plusieurs ouvrages économiques et financiers pour les PUF. "Nous avons conservé 60% de la précédente édition", explique Frédéric Teulon, « c'est une performance pour un livre d'économie vieux de vingt ans ». ICI 

 

Lorsque les journalistes le présentèrent comme le meilleur économiste de France je fus loin d’être convaincu.

 

L’Humanité écrivait RAYMOND BARRE NE DORT PAS, IL RÉFLÉCHIT...

Le Jeudi, 5 Février 1998

 

RAYMOND BARRE ne dort pas pendant les réunions, il réfléchit. Le maire de Lyon ne s'assoupit pas à l'Assemblée nationale où lors des conseils municipaux, il se concentre. Les clichés sur l'ancien premier ministre ne tiennent pas. Raymond Barre sait tout ou presque sur sa ville, sa région, le pays. A Lyon, une équipe renouvelée lui assure des informations de première main. Et l'ancien premier ministre conserve ses réseaux nationaux et ses relations internationales, à Davos et ailleurs. Raymond Barre, intelligence cultivée et honnêteté personnelle reconnue, remplit, sans faille, son contrat: il est l'homme du capital avec un œil et les deux oreilles attentives sur la région Rhône-Alpes. »

 

Et puis patatras Raymond Barre, le meilleur économiste de France avait un compte en Suisse

 

Le Canard Enchaîné révèle qu’une enquête a été ouverte au sujet d’un compte en Suisse ouvert au nom de Raymond Barre. A la mort de l’ancien Premier ministre, et ancien maire de Lyon, en 2007, le compte affichait un montant considérable : 11 millions de francs soit l'équivalent de 6,78 millions d'euros, non divulgués au fisc français.

 

Pour l’historien, cette annonce n'est pas une mince surprise. Et d’abord, tout simplement, pour celui qui connaît les différentes fonctions occupées par Raymond Barre au cours de sa longue carrière. On a du mal à voir comment il aurait pu mettre une telle somme de côté. Raymond Barre fut en effet professeur, il a travaillé à la Commission européenne, puis il a occupé différents postes ministériels, dont celui de Premier ministre (1976 et 1981) et celui de maire de Lyon (1995 et 2001).

 

Pas vraiment de quoi dégager une telle somme. Cette annonce est également une surprise davantage politique, compte tenu de son discours, notamment à Matignon car Raymond Barre, c’est l’homme de la lutte contre l’inflation, qui passe par une maîtrise des dépenses publiques avec un grand plan d’austérité dès le mois d’austérité.

 

Faire disparaître la fraude fiscale

 

Et dans cette image de sérieux, et de rigueur, il y a aussi une dimension fiscale. La lutte contre les fraudeurs, Raymond Barre en hérite. C’était l’un des grands axes du gouvernement précédent, le gouvernement Chirac, avec le ministre de l’économie Fourcade qui en avait fait une priorité en 1975. Mais Barre la poursuit.

 

Dans son discours de politique générale d’octobre 1976, il déclare notamment : « La justice sociale ne repose pas seulement sur un effort de solidarité nationale, mais aussi sur une réduction des illégalités. La première démarche en ce domaine est de faire disparaître la fraude fiscale. Celle-ci crée des privilèges iniques auxquels les Français sont de plus en plus sensibles. » 

 

Outre la lutte contre la fraude fiscale, Raymond Barre s’engage plus largement en faveur de la transparence fiscale. C’est toujours à l’Assemblée nationale, mais quelques jours plus tard qu'il déclare : « Le gouvernement comprend le souci exprimé par beaucoup de Français de faire disparaître certaines zones d'ombre qui existent dans la fiscalité française. Il est prêt à renforcer la transparence fiscale.

 

La lutte contre la fraude fiscale touchera quelques célébrités, comme Charles Aznavour ou Michel Polnareff, et on assistera à une multiplication de contrôles fiscaux de commerçants dont certains s’achèveront dramatiquement par des suicides, des cas très médiatisés à l’époque.

 

Un système fiscal baroque

 

Mais dans le même temps on accusera le gouvernement Barre de ne pas en faire assez pour les fraudeurs en col blanc, et notamment de protéger quelques fraudeurs grâce à une disposition de 1977. A partir de cette date, la poursuite pénale des fraudeurs ne peut être déclenchée qu’à l’initiative de l’administration fiscale, qui dépend du ministère du budget, uniquement sur avis favorable de la Commission des infractions fiscales (CIF), créée en 1977.

 

C’est ce qu’on appelle le fameux "verrou de Bercy". Evidemment, rien ne permet d’affirmer, malgré les révélations du jour, qu’il s’agissait alors d’éviter à l’avenir des poursuites pénales pour tel ou tel fraudeur fiscal qui aurait un compte dans une banque helvétique.

 

Pour finir, écoutons Raymond Barre à l’Heure de Vérité, présentée par François-Henri de Virieu, en 1984 et en 1987. Et à la lumière des révélations du jour par le Canard enchaîné, on ne peut que souscrire à ces propos : « Nous avons un système fiscal dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est baroque et ce n'est pas un joli baroque. Je vous réponds honnêtement parce que nous sommes à L'Heure de Vérité. Nous avons un système fiscal qui marche sur la tête. »

 

Citations de Raymond Barre

 

La France vit au-dessus de ses moyens.

La meilleure façon de résoudre le chômage, c'est de travailler.

Les fonctionnaires sont des nantis.

Je préfère être impopulaire qu'irresponsable.

L'utilité est une notion qui se distingue de la morale et de l'hygiène.

Il faut être crédible pour être écouté.

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commentaires

Aredius44 09/07/2019 18:41

... j'ai connu un autre faux dormeur : Olivier Guichard. Je me souviens à Fontevraud. Il avait les yeux fermés, mais quand il a pris la parole il a répondu point par point au conférencier précédent. A Oxford, c'est une pratique courante. On ferme les yeux pour bien écouter. La première fois c'est perturbant quand on fait une conf, mais quand les interventions arrivent, on comprend.

JACQUES BERTHOMEAU 09/07/2019 18:45

Guichard en effet, dont j'ai connu la fille dans la saga de ses châteaux bordelais, était un gros matou. Pour ma part, j'ai beaucoup pratiqué ce sport lors des interminables réunions avec les dirigeants agricoles.

Aredius44 09/07/2019 11:29

J'ai encore les deux tomes. Les trois premiers livres achetés en première année de sc. éco...avec le code civil. La reliure a tenu malgré le nombre de pages. Ouf, il y avait les ouvrages de Jean-Marie Albertini pour comprendre. Dont son fameux "Les rouages de l'économie nationale".

JACQUES BERTHOMEAU 09/07/2019 11:32

j'avais aussi les Albertini

pax 07/07/2019 19:47

Cahuzac, Fillon, Barre ! C’est grave docteur ?
On serait tenté de paraphraser La Fontaine dans « Les animaux malade de la peste » Ils n’étaient pas tous pris, mais tous étaient tricheurs ! A quoi pouvait bien penser « l’homme carré dans un corps rond » comme il se décrivait lui même se qualifiant par ailleurs d’inclassable. Aujourd’hui on le sait, ce prévaricateur jouait dans la cour de la concussion.
La grande question, pour les trois, étaient ils conscients, se marraient ils au moins, ce qui pourraient être une excuse, ou étaient ils dans le déni complet ?
Bernard Maris avançait que l’économie contemporaine ne pouvait s’analyser et se comprendre qu’en compagnie de Keynes et de Freud.

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