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21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 06:00
Pourquoi Macron ressort Pompidou, le marronnier du « c’était mieux avant », de la naphtaline ?

« Evelyne Richard gravit les marches du perron de l’Elysée et salue avec une pointe de nostalgie les journalistes qui patientent derrière un cordon. La septuagénaire est un fil tendu entre deux présidents de la République, deux époques distantes d’un demi-siècle : celle de Georges Pompidou, qu’elle a servie comme attachée de presse dès son élection, en 1969, et d’Emmanuel Macron, son dernier patron. Celui qu’elle a connu au moment de tirer sa révérence, en 2017.

 

En cette fin d’après-midi, mercredi 19 juin, « l’impératrice de l’Elysée », comme l’appelaient certains rédacteurs, est venue écouter le chef de l’Etat rendre hommage à son lointain prédécesseur, à l’occasion du cinquantenaire de son élection. M. Macron devait d’abord s’exprimer en ouverture d’un colloque organisé, le lendemain, par l’institut Georges-Pompidou. Mais c’était sans compter les obligations du Conseil européen, qui se réunit au même moment à Bruxelles. Le président de la République a donc invité les protagonistes du colloque à boire une coupe de champagne sous la verrière de la salle des fêtes de l’Elysée.

 

Alain Pompidou, le fils du défunt président, est là, tout comme l’historien Eric Roussel, auteur d’une biographie de référence sur le natif de Montboudif (Cantal). Les journalistes Michèle Cotta et Patrice Duhamel, deux témoins de l’époque, ont aussi fait le déplacement. »

 

Les années Pompidou: était-ce le bon temps? Jacques de Saint Victor dans le Figaro

 

Ce que Pompidou a eu de séduisant pour les Français et que Macron veut imiter Christine Clerc Journaliste, grand reporter et auteur dans le Huffpost

 

Il y a cinquante ans, Georges Pompidou succédait au général de Gaulle à la présidence de la République. La Ve République allait devoir fonctionner sans son fondateur. Ce «quinquennat» fut un temps de prospérité qui, cependant, vit poindre les germes des crises que nous connaissons.

 

Mais Pompidou fut avant le Premier Ministre du Général succédant à Michel Debré.

 

Le 8 avril 1962, au lendemain du référendum par lequel le peuple français venait d’approuver les accords d’Évian, de Gaulle lui fait part de sa décision : « Une phase de mon action est terminée. Il faut donc changer de Premier Ministre. Je vais faire  appel à vous et vous n’avez pas le droit de refuser. »

 

Pierre Viansson-Ponté écrit dans son édito du Monde :

 

« Il n’a que des amis parmi les dirigeants des partis. Il n’a pas d’existence politique, pas de relief, pas de passé et doit tout au Général. Il ne fera donc pas écran entre lui et la foule à laquelle il entend plus que jamais. Sympathique et peu compromettant… il sera un excellent exécutant… Au moins on comprendra bien que cette fois-ci c’est de Gaulle qui gouverne seul. On ne l’opposera plus à son Premier ministre. Il n’y aura plus de domaine réservé : au président les grandes affaires et les grandes batailles ; au Premier Ministre la gestion au jour le jour, les corvées et les petites escarmouches. »

 

C’est un inconnu pour la majorité des Français.

 

Il a « un nom qui a l’air de se moquer du monde » dira un jour de Gaulle qui plaide en sa faveur et fait la joie des chansonniers. Sa silhouette ronde, trapue et d’allure débonnaire ne peut que plaire au peuple  de terriens » note Éric Roussel son biographe.

 

« Curieux contraste entre « son œil de curé et son œil de canaille », l’étrange mobilité d’un visage qui, habituellement, peut soudain se métamorphoser, sous l’effet de l’émotion ou de la colère, en masque d’empereur romain.

 

Il fumait

 

Mitterrand en 1994 :

 

« Mélange assez exceptionnel de fils du peuple et d’intellectuel très brillant, Georges Pompidou était, comme Édouard Herriot, l’archétype de ces hommes politiques que les Français aiment spontanément parce qu’ils peuvent se reconnaître en eux. »

 

Premier non-parlementaire à accéder depuis des lustres à la charge de chef de gouvernement, surprend la classe politique, c’est une figure complexe « Raminagrobis » selon Mauriac.

 

Pierre Mendès-France écrit dans l’Express un article retentissant : « Non, décidément, nous n’avons pas le droit de  savoir pourquoi, dans le sérail, le changement de grand vizir a été ordonné et quelles conséquences politiques en découleront. Pompidou a-t-il seulement discuté avec les chefs des partis qu’il a reçus ? Étrange délibération d’ailleurs, poursuivie en l’absence du seul homme qui commande et qui décide. »

 

« … rue de Varenne, dans le bel hôtel XVIIIe qui abrite ses services, cela ne l’empêche pas d’aménager un bureau à son goût et, au bout de quelques semaines, les visiteurs auront la surprise de voir trôner dans la pièce où il travaille, non le traditionnel portrait de Richelieu, mais des tableaux abstraits. Avec cet admirateur de Nicolas de Staël et de Soulages, l’art du XXe siècle entre dans les palais nationaux. »

 

Il avait Pierre Juillet « Dès 1962, Pierre Juillet a eu de l’influence. Il avait le privilège de pouvoir entrer à tout instant dans le cabinet du Premier ministre. Hors hiérarchie, il avait la haute main sur les fonds secrets et s’occupait de tout le secteur politique en compagnie d’Olivier Guichard. »

 

 L’OAS a adopté la stratégie de la terreur.

 

Le 22 août au Petit-Clamart, sur la route de Villacoublay, la DS du Général où ont pris place, à l’avant, le chauffeur Francis Marroux et le colonel Alain de Boissieu et, à l’arrière le Général et tante Yvonne, essuie le feu nourri d’un commando de l’OAS. En quelques secondes, la DS est criblée de plus de cent projectiles, l’un d’eux se fichant dans le pavillon arrière, à quelques millimètres de la place qu’aurait dû occuper le Général qui, par miracle, sur l’injonction de son gendre, s’est aplati sur la banquette tout comme sa femme.. Finalement, à l’intérieur de la voiture, personne n’est touché.

 

De Gaulle lâchera sur le tarmac de Villacoublay « Cette fois c’était tangent. »

 

Deux jours après l’attentat, de Gaulle convoque Georges Pompidou afin de lui faire part d’un projet envisagé depuis longtemps : l’élection du Président de la république au suffrage universel direct.

 

Le 19 septembre, en Conseil des Ministres, il confirme et ajoute que – en violation flagrante de la Constitution – cette réforme constitutionnelle se fera par la voie du référendum, sans consultation du Parlement, Georges Pompidou approuve l’initiative :

 

« Les élite politiques, continuent d’être obsédées par le souvenir du bonapartisme. Mon général, tout l’effort que vous avez déployé depuis vingt-deux ans a consisté justement à supprimer tout le poids du précédent bonapartisme qui a écrasé la IIIe République. Vingt-deux ans de gaullisme ont effacé aux yeux du peuple français la tache du bonapartisme.

 

La IIIe et la IVe République ont été vouées à l’impuissance pour n’avoir depuis Mac Mahon, se donner des hommes capables de les diriger. »

 

Il conclut : « L’État est un corps sans tête depuis Mac Mahon… Il ne faut pas s’embarrasser de juridisme. »

 

Pour Gaston Monnerville Président du Sénat c’est une forfaiture…

 

Il y eut mai 68, le départ du général à Baden-Baden sans que son Premier Ministre n’en soit informé, il s’en irrite « certes ce départ a été une réussite… Mais je n’en avais pas moins été traité avec ce qui m’apparaissait à ce moment-là comme une singulière désinvolture. »

 

Mitterrand note :

 

« À l’inverse du général de Gaulle, Georges Pompidou a tenu. Il a eu une méthode assez habile alliant la souplesse a une certaine fermeté policière. Seul de tous les ministres, il n’a pas perdu son calme. De Gaulle au contraire, n’a pas senti la situation et son départ pour Baden-Baden, quel qu’ait pu être l’objet, est tout de même sans exemple dans l’Histoire. Un Président de la République qui quitte Paris pour aller à l’étranger sans prévenir personne, cela ne s’est jamais vu. »

 

Après le raz-de-marée gaulliste, la victoire est totale, et tout le monde sait, et plus encore le Général, que Pompidou a été l’artisan de ce succès dépassant toutes les espérances, Georges Pompidou est brutalement remercié et remplacé à la surprise générale par Maurice Couve de Murville.

 

Georges Pompidou, qui selon François Mauriac « saura se rendre inoubliable » se retrouve simple député du Cantal.

 

André Malraux porte ce toast « Monsieur le député du Cantal, je bois à votre destin. »

 

Il s’installe boulevard de Latour-Maubourg entouré de Michel Jobert, Édouard Balladur, Marie-France Garaud et Pierre Juillet.

 

Et puis il y eut sa déclaration de Rome « Si le général de Gaulle venait à se retirer, je me porterai candidat à sa succession. Pour succéder au général de Gaulle il faut deux conditions : qu’il ait quitté la présidence et que son successeur soit élu. Ce n’est, je crois, un mystère pour personne que je serai candidat à la présidence de la République lorsqu’il y en aura une. »

 

Émoi.

 

De Gaulle mécontent fait diffuser une dépêche « Dans l’accomplissement de la tâche nationale qui m’incombe, j’ai été le 19 septembre 1965 réélu président de la République pour sept ans par le peuple français. J’ai le devoir et l’intention de remplir ce mandat jusqu’à son terme. »

 

Le 27 avril 1969, tout est fini. Le général a perdu son dernier combat, le non l’emporte nettement et, peu après minuit, le 28, l’AFP publie le communiqué suivant :

« Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi.

« Signé : Charles de Gaulle »

 

Charles de Gaulle :  A Quiet Holiday

 

La suite est connue ce sera l’étrange confrontation entre « bonnet blanc et blanc bonnet » Pompidou-Poher.

 

Le président de la République par intérim, Alain Poher, accueillait ce 20 juin 1969 Georges Pompidou sur le perron de l’Élysée.

Affiche: Daniel Marty.

Pour la petite histoire laissons la parole à une spécialiste Christine Clerc :

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« Georges Pompidou, qui se fait photographier avec sa femme Claude au balcon  et dans les canapés du palais de l’Elysée, réussit à incarner à la fois ces aspirations contraires: modernisateur affiché, il clame “Chère vieille France! La bonne cuisine, les Folies bergères, c’est terminé! Notre révolution industrielle est largement entamée.” Afin que cela se manifeste clairement, il ne se contente pas de lancer le grand projet sidérurgique des hauts fourneaux de Fos-sur-Mer. Il affiche son goût de l’art moderne. Il veut incarner aussi la nouvelle société des loisirs: l’été, au Fort de Brégançon, le nouveau président ne craint pas de se laisser photographier en caleçon de bain aux commandes d’un hors-bord comme lorsque, Premier ministre, il passait ses vacances en Bretagne avec Claude. On ne le voit plus au volant de la Porsche qu’il a offerte à sa femme et avec laquelle il passait prendre ses dossiers le samedi matin à Matignon avant de gagner leur maison de campagne. Mais le couple donne des dîners d’artiste et des soirées cinéma. En robe courte dévoilant ses longues jambes et même une fois en long short de satin rose, Claude affiche une élégance française jugée d’avant-garde et qui suscite, comme les robes de Brigitte Macron, beaucoup de commentaires admiratifs ou agacés. Les premières nuits à l’Elysée, les Pompidou accrochent aux murs de leur nouvelle demeure des toiles de Soulages et d’Alechinsky, en attendant de confier à des designers contemporains comme Paulin la création d’un petit salon, d’une chambre et d’une salle de bains. Ensemble, tous deux vont créer, en plein cœur de Paris, le Centre d’Art contemporain qui portera le nom de Pompidou. Voilà pour la symbolique du changement. »

 

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Mais la force de Georges Pompidou, c’est aussi de savoir rassurer. Le fils d’instituteur et petit-fils d’agriculteur natif de Montboudif (Cantal), le brillant normalien fou de poésie n’a pas eu besoin de lire les ouvrages à la mode de sociologues américains comme Laurence Wylie, auteur d’un autre best-seller de l’époque “Un village en Vaucluse” pour savoir que la France demeure un peuple de paysans, attaché, tout autant qu’à la fameuse “libération sexuelle”, à “la bagnole” et à la modernisation de leur maison, à la vie de famille, à la sécurité et même à l’autorité. Doté d’un physique solide (on ne sait pas encore que la maladie qui l’emportera s’est déclarée dès 1968), il est décrit ainsi par le baron Guy de Rothschild qui, durant quatre ans, lui a fait découvrir le monde de la finance et des affaires: “L’oeil droit est celui du bon vivant qui aime l’argent, le plaisir et la douceur de l’existence… le gauche, froid, dur, impérieux, est celui de l’homme qui ne cède pas”. Pompidou le moderne tient à montrer son attachement à la société paysanne traditionnelle en faisant servir à l’Elysée du petit salé aux lentilles et en retournant parfois à Montboudif. Pompidou l’autoritaire, jugeant que la nouvelle révolution industrielle secoue bien assez les Français, met en garde son premier Ministre Jacques Chaban-Delmas et ses ministres contre des réformes de société trop brutales: “Arrêtez d’emmerder les Français!”

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