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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 06:00
« Les vins de Brie, boisson du menu peuple sont très propres, à cause de leur dureté, à être convertis en vinaigre… »

Je vois venir, avec leurs gros sabots, les détracteurs des vins d’évier, ces breuvages dit naturel qui tournent si facilement au vinaigre.

 

La Brie, plus connu pour son fromage, cousin germain de l’emblématique camembert, qui a depuis longtemps larguée ses vaches laitières, était aussi jusqu’à la fin du XIXe siècle une région vinicole.

 

Détail d’importance, cette province abrita l’aigle de Meaux, Jacques-Bénigne Bossuet, et en nos temps contemporains, Jean-François Copé, dit Cococoe ICI  

 

« Le vin de Brie était d’une qualité assez médiocre pour n’en permettre le débit que dans le département  déclarait le conseil général en 1801. En 1911, on estimait peu alcoolisé et par conséquent de qualité médiocre à l’exception des crus de Nanteuil-sur-Marne et de Citry, analogues aux vins de Champagne.

 

 

Cette mauvaise qualité était à l’origine de la vinaigrerie de Coulommiers qui « facilitait la consommation des vins de Brie. » (délibération du conseil général 1801)

 

Un vieux dicton disait que le in de Brie faisait danser les chèvres.


Boileau, le caustique, considérait l’usage de ce vin comme une punition :

Je consens de bon cœur, pour punir ma folie

Que tous les vins, pour moi, deviennent vins de Brie.

 

 

Le chemin de fer a tué les vins de Brie !

 

Les vins des grands vignobles ne pouvaient y arriver, les routes vicinales étaient difficilement praticables pour les lourds charrois de tonneaux, alors que ceux produits en abondance sur les coteaux briards étaient écoulés par les débitants locaux et les habitants des plaines.

 

Dans les cabarets et les auberges, on ne buvait que du vin du pays ; on n’y connaissait, en effet, ni le café ni les apéritifs et l’on n’avait pas encore l’habitude de distiller les marcs pour en faire de l’eau-de-vie. Au contraire, le vigneron arrosait ses marcs avec de l’eau, les laissait fermenter et obtenait de la piquette ou boisson pour sa consommation habituelle.

 

Dans les débits, souvent indiqués par un rameau de verdure, le bouchon, qui indiquait que l’on vendait des boissons au détail, on ne connaissait que le vin. Souvent, la bouteille était en permanence sur la table attendant la pratique.

 

L’avènement du chemin de fer permit l’arrivée des vins du Midi, à des prix imbattables et surtout de meilleure qualité. Dès 1888, les paysans briards commencèrent à arracher leurs vignes pour les remplacer par des poiriers et des pommiers.

 

Dans la première moitié du XXIe siècle c’était le Meunier le cépage dominant, ainsi appelé à cause de la poussière cotonneuse qui garnissait – comme de la farine – ses feuilles ; il était aussi connu comme plant de Brie. Il donnait un vin plat, de peu  de garde et de peu de couleur, mais il était robuste, mûrissait de bonne heure et coulait rarement. Il y avait aussi le gouas ou gouois, en briard, ou gouais ou mieux gouet, une variété dont l’origine semble être le village de Gouais (autrefois Goix), cépage le plus répandu dans les vignes du nord de la France, à maturité tardive et qui en 1914 était encore cultivé en Savoie.

 

Après l’anéantissement du plant local par le phylloxéra, le conseil général décida le 11 septembre 1894, de réaliser des champs d’expérience de vignes américaines, l’othello rouge, le noa blanc, puis certains de ces cépages furent plantés, les uns tels quels, les autres greffés à des cépages français.

 

En effet, les vignes avaient été attaquées en 1881 par le phylloxéra constaté d’abord à Château-Landon puis en 1885 par le mildiou constaté à Dormelles et à Thomery.

 

Et puis, en Brie, les gelées printanières sont fréquentes, alors les méfaits d’un coup de gel tardif sur une vigne qui était la seule ressource d’un « bricolier » briard…

 

Déjà, en 1895, A.Rayer, vice-président de la Société d’Agriculture de Provins, estimait prochaine la disparition de la vigne.

 

18 000 ha en 1860

5000 en 1890

555 en 1929

210 en 1958

 

Le rendement moyen 18923/1933: 25 hl/ha

 

En 1949, ce qui reste du vignoble est du chasselas de treille de Fontainebleau, apporté de Cahors il provenait de la treille du Palais, plantée à la fin de la Régence et restaurée en 1804.

 

Chasselas de Thomery

 

Chasselas dore Fontainebleau 1819

 

Le chasselas francilien compte deux variétés : celui de Thomery et le chasselas doré de Fontainebleau. Le premier, plus connu, à la réputation d’un raisin de luxe, dû à sa méthode de conservation de grappe « à rafle fraîche ». Cette méthode de conservation unique lui donne sa réputation… et son goût. Le procédé est simple : dans un récipient sont mélangés de l’eau et du charbon de bois en poudre, dans lequel est plongée l’extrémité du sarment. Cela permet de conserver le raisin tout en le laissant s’enrichir en sucre.

 

La culture du chasselas aurait débuté vers 1730 à Thomery et devient rapidement un raisin de table des plus réputés. Cette année-là fut construit un mur pour sa culture, et c’est alors que naquit la culture du chasselas sur espalier. Les siècles qui suivent, le chasselas devient un fruit de renom, et des techniques de conservation sont imaginées pour pouvoir le consommer plus longtemps.

 

C’est au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que sa production va ralentir, la main d’œuvre étant devenue trop coûteuse

 

La technique de récolte du fragile chasselas est en effet très minutieuse, puisque  chaque grappe doit être étalée sur une cagette, sur une seule couche pour ne pas être altérée.

 

Les vignes nécessitent au préalable de nombreux soins : aération du feuillage, éclaircissage des grappes pour ne laisser que les plus gros grains… Autant d’étapes préliminaires qui impliquent un réel savoir-faire.

 

Puis la récolte, qui débute en septembre, se fait sur plusieurs passages, selon la maturité des plants de chasselas.

 

 

LE CHASSELAS DE THOMERY, UN PATRIMOINE RÉCEMMENT DISPARU

Serge Schall

Publication : samedi 2 mai 2015

 

ICI 

 

Comme tous les vignobles de la région parisienne, celui de Thomery fut attaqué en 1850 par l’oïdium qui entraîna de gros dégâts. Fort heureusement, les traitements au soufre, appliqués dès 1852, sauvèrent les récoltes. En 1885, le mildiou fut tant bien que mal contenu par des sulfatages.

 

Tandis qu’en 1890 tout le vignoble français était ravagé par le phylloxera, Thomery, sans doute protégé par Bacchus y échappa, tandis que l’arrondissement de Fontainebleau fut touché. Mais avant que l’utilisation de plants greffés américains, résistant à ce puceron soit généralisée, les ceps et le bois de vigne ne pouvaient plus être exportés hors de la circonscription. Ce fut un coup dur pour les grappes de Thomery expédiées accrochées à leur petit bout de sarment. Mais le raisin de Thomery réussit à se relever, en même temps que tout le vignoble français.

 

Le déclin vint plus tard, au tournant des années 1930. La méthode de culture en espaliers adossés à des murs, très coûteuse en main-d’œuvre, n’a pas supporté la concurrence du Chasselas de Moissac, son quasi frère du Sud. Par ailleurs, les bons raisins de table en provenance d’Italie et d’Espagne s'affirmèrent comme de sérieux concurrents.

 

Le glas sonna en 1941, lorsque les chemins de fer cessèrent d’accorder un tarif préférentiel au raisin de Thomery. En 1960, un dernier sursaut vint du regroupement en coopérative (les Vergers de Thomery) mais au début des années 1970, la culture entra définitivement dans le passé. Les murs furent abattus pour ouvrir de grands terrains à la construction immobilière. La glorieuse histoire d’une spécificité fruitière venait d'être rangée dans les souvenirs de notre patrimoine.

 

Cette chronique est le fruit de la lecture de cet ouvrage :

 

 

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