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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 09:50
The Promise of Money, 2003, Damien Hirst

The Promise of Money, 2003, Damien Hirst

Hasard de la programmation de mes chroniques la revue Sesame publie 2 chroniques de Stéphane Thépot sur l’abatage à la ferme.

 

A l’origine, la Mission Agrobiosciences (MAA) a été créée en 2000 par l’ancien président du centre Inra de Toulouse, Jean-Claude Flamant, et un journaliste indépendant, Jean-Marie Guilloux. Cette structure nouvelle, pensée comme un espace singulier, hors institution, de médiation et d’instruction des tensions entre recherche, société et décision publique, s’est donnée d’emblée pour mission, aux plans national et européen, l’analyse des questions vives qui traversent la société, dans le champ de l’agriculture, de l’alimentation et des sciences et techniques du vivant.

 

Privilégiant le débat multi-acteurs et la veille analytique, son équipe a progressivement développé une ingénierie d’échanges et d’éclairage des controverses, mobilisant un large réseau de savoirs et d’acteurs : chercheurs, universitaires et formateurs de toutes disciplines, milieux agricoles, représentants associatifs, pouvoirs publics, etc.

 

C’est dans ce contexte que la MAA et l’Inra n’ont cessé d’approfondir des relations de confiance. Et c’est tout naturellement qu’en juillet 2016, l’équipe toulousaine rejoint l’institut de recherche, sans changer ni son esprit, ni ses manières de faire.  Mais avec pour activité supplémentaire la création de la nouvelle revue Sesame, héritière de l’ancien Courrier de l’Environnement de l’Inra.

 

Son « ADN » ? Ainsi que l’indique clairement Philippe Mauguin, PDG de l’Inra et directeur de la publication, dans son édito du premier numéro : « Sesame n’est pas un nouveau support de communication et n’ambitionne pas de porter la voix officielle de l’Inra. Ce positionnement est souhaité et assumé ; il permettra le débat d’idées en confrontant les positions de personnalités de cultures et d’horizons variés ».

 

Mourir dans la dignité : les animaux de ferme aussi

par Stéphane Thépot

 

Faut-il tuer le bétail comme du gibier ou robotiser les abattoirs ? Face aux critiques des organisations animalistes, des éleveurs multiplient les pistes pour « humaniser » le sacrifice des animaux de boucherie et raccourcir les distances, géographiques et culturelles, avec les consommateurs.

 

« J’attends toujours mon procès », dit tranquillement Stéphane Dinard. Cheveux longs et boucle à l’oreille, ce paysan atypique élève des cochons en plein air, des petites vaches rustiques, quelques moutons et des volailles en liberté sur les six hectares hérités de ses grands-parents en Dordogne. En 2016, il s’est rendu à l’Assemblée nationale pour expliquer pourquoi et comment il tuait lui-même ses bêtes depuis presque dix ans, avec « un pistolet de calibre 22 ». « Il s’agit d’une pratique beaucoup plus répandue qu’on ne le croit et qui a suscité l’étonnement souvent, et la réprobation parfois, des membres de la commission », note le rapporteur de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie1. Signe des temps, l’aveu public de l’éleveur du Périgord vert a moins choqué que les vidéos tournées par des militants de la cause animale pour dénoncer des actes de cruauté dans les abattoirs.

 

Calibre 22

 

Stéphane Dinard raconte avoir vu les gendarmes arriver dans sa ferme quelques jours seulement après son audition par les députés. Les fonctionnaires chargés de la sécurité alimentaire sont venus faire leur inspection dans la foulée. « Ils m’ont assuré que je pourrais obtenir un agrément sans problème », affirme l’éleveur-abatteur en faisant visiter la salle de découpe qu’il a construite lui-même, équipée de bacs en acier inoxydable. L’abri au fond du jardin où l’animal abattu est suspendu pour être dépecé et éviscéré est, pour sa part, plus précaire. Stéphane Dinard en convient. Il se dit prêt à investir 5 000 euros dans un « caisson » mobile pour traiter la carcasse et apporter les déchets jusqu’à l’abattoir de Bergerac si nécessaire. Mais l’éleveur ne veut plus conduire ses animaux dans ces lieux où l’on tue à la chaîne. « Mes bêtes sont habituées à vivre en plein air, elles ne veulent pas monter dans une bétaillère. À chaque fois qu’on approchait le camion, c’était une journée rodéo », se désole l’homme. Adepte de la vente directe, il n’a abattu que cinq animaux en 2018. L’ancien titi parisien, qui a occupé de nombreux emplois intérimaires en banlieue avant de revenir « au pays », a été contraint de rechercher à nouveau un travail en dehors de son exploitation pour compléter les maigres revenus de sa miniferme.

 

Ne pas traiter les bêtes comme du bétail

 

L’éleveur et abatteur intermittent de Dordogne n’est pas un cas isolé. Il est même devenu la figure de proue du collectif « Quand l’abattoir vient à la ferme », lancé en 2015 par Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue chercheuse à l’Inra, spécialisée dans les relations de travail entre animaux et humains. Militant dans l’âme, Stéphane Dinard assure avoir croisé d’autres paysans qui tuent eux aussi leurs animaux en dehors du cadre légal dans pratiquement tous les départements où il s’est rendu avec l’association. Par compassion. Ces éleveurs disent préférer respecter leurs animaux jusqu’à la fin plutôt que la réglementation, qui ne tolère les « tueries particulières » de mammifères que pour un usage domestique et non commercial. Ces « maquisards » pourront néanmoins bientôt sortir de la clandestinité. Un article de la loi Egalim, votée en mai 2018, ouvre en effet la porte à l’expérimentation des « abattoirs mobiles » pendant quatre ans. Le décret d’application qui encadrera les différentes solutions à l’étude, plus ou moins matures selon les régions et les filières, est en cours de finalisation. Il est attendu avec intérêt par d’autres éleveurs, qui ne veulent plus voir (mal)traiter leurs bêtes « comme du bétail » au moment crucial de leur sacrifice. La Confédération paysanne, qui s’est fortement mobilisée pour faire adopter ce texte, dispose de sa propre tête d’affiche : Émilie Jeannin, éleveuse de vaches charolaises en Bourgogne.

 

A suite ICI
 

 

En France, le débat généralement tabou sur la fin de vie des animaux de rente s’est longtemps focalisé sur la question des abattages « rituels ». La viande halal ou casher nécessite de faire appel à des sacrificateurs agréés par des représentants des religions musulmane et juive qui ne sont généralement pas salariés des abattoirs. De nombreuses associations dénoncent, dans le sillage de la fondation Brigitte Bardot, les dérogations à l’obligation d’un étourdissement préalable à la saignée des animaux, fixé par un décret de 1964. La presse régionale fait aussi régulièrement état de la découverte « d’abattoirs clandestins » à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd, faute de la présence des services vétérinaires obligatoires au moment d’égorger des moutons. Lors des travaux de la commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, le député François Pupponi (PS), ancien maire de Sarcelles (Val d’Oise), a tenu à souligner que sa commune disposait d’un « abattoir mobile » spécialement dédié à cette journée. Dès 2004, Manuel Valls avait inauguré un abattoir similaire à Évry (Essonne), comme le confirme son fabricant, une entreprise spécialisée dans le matériel pour abattoirs de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Il s’agissait en réalité de conteneurs équipés et montés sur des remorques. Ces abattoirs modulaires, transportables et temporaires, n’ont qu’un lointain rapport avec un véritable abattoir mobile, agréé pour fonctionner toute l’année. Ils répondent à la demande de consommateurs urbains éloignés des abattoirs fixes, mais pas à celle des éleveurs ruraux. Certains moutons vendus en Île-de-France pour l’Aïd sont importés en bétaillères depuis l’Espagne.

 

Une formule d’abattage pérenne

 

Il existe pourtant au moins un camion-abattoir qui a déjà circulé en France. L’engin a été construit par un carrossier spécialisé dans les transports frigorifiques en Ardèche pour un couple d’éleveurs ovins de Bourgogne. Son prix est évalué à 300 000 euros. Une délégation d’éleveurs du Var a rendu visite au fabricant et a pu échanger avec le couple d’exploitants. La chambre d’agriculture du Var était intéressée par cette solution mobile, car il n’existe plus aucun abattoir dans le département. Pour l’Aïd, la préfecture du Var a autorisé six « abattoirs temporaires » en août 2018, dont trois exploitations agricoles. On est donc déjà dans le cas d’un abattage « à la ferme ». Au-delà de cette fête rituelle, la chambre d’agriculture souhaitait développer une formule d’abattage mobile pérenne. Mais l’investissement nécessaire pour faire agréer le camion en abattoir permanent a été évalué à plus d’un million d’euros. La chambre a donc décidé de jeter l’éponge et s’oriente désormais vers une formule « modulaire » fixe.

 

La suite ICI 

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