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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 06:00
Ne dites pas à ma mère, qui est au ciel, que je suis bootlegger de vin nu elle croît que je suis, comme Me Morain, avocat pénaliste…

Quand à 70 ans tu n’as pas publié un livre sur le vin nu tu as raté sa vie…

Michel Houellebecq La possibilité d’une vigne.

 

C’est mon cas, j’aurais dû faire avocat pénaliste comme Me Morain qui vient de vinifier sans soufre et sans poudre de perlin pinpin un Plaidoyer pour le vin naturel.

 

 

Ha ! les Plaideurs de ce cher Jean Racine star du Lagarde et Guichard de ma jeunesse studieuse ! (ne pas confondre avec Butane et Degaz)

 

PETIT JEAN, traînant un gros sac de procès.

 

Je lui disais parfois : « Monsieur Perrin Dandin,

Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin.

Qui veut voyager loin, ménage sa monture ;

Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. »

Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé,

Et si bien fait, qu'on dit que son timbre est brouillé.

Il nous veut tous juger les uns après les autres.

Il marmotte toujours certaines patenôtres

Où je ne comprends rien. Il veut bon gré, mal gré,

Ne se coucher qu'en robe, et qu'en bonnet carré. 

Il fit couper la tête à son coq de colère,

Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire :

Il disait qu'un plaideur, dont l'affaire allait mal,

Avait graissé la patte à ce pauvre animal.

 

Avant de transgresser comme tout addict de vin nu, je digresse ce qui est une bonne façon de progresser dans ma « plaidoirie »

 

Oui, tel le Laboureur et ses enfants de Jean de La Fontaine, au crépuscule de ma vie, je bats ma coulpe, en effet même si j’ai eu droit au doyen Bouzat, horreur, malheur, je me suis vautré avec délice dans les grands arrêts de la jurisprudence administrative, ce droit public qui attire des sourires ironiques sur les lèvres des civilistes.

 

Certes, j’étais un véritable Paganini du commentaire d’arrêt et le doyen Yves Prats, frère de Bruno alors propriétaire du château Cos d’Estournel et du château Petit Village m’accompagna dans l’écriture d’une thèse sur le cochon qui fit de moi un docteur.

 

Ironie de l’Histoire les propriétés des Prats furent vendues à l’inventeur d’Aoste, de Cochonou, de Justin Bridou, l’exécrable Michel Reybier (je l’ai reçu au 78 rue de Varenne)  ICI

 

Ha ! les Grands Arrêts de ma jeunesse folle de 68 hard non révisé !

 

  • Tribunal des conflits - 8 février 1873 – arrêt Blanco

 

  • 30 mars 1916 – arrêt Compagnie générale d'éclairage de Bordeaux

 

  • 28 mai 1954 – arrêt Barel

 

Je digresse encore, mais je transgresse aussi :

 

Avant de croiser le sémillant Me Morain, j’imaginais l’avocat pénaliste tel qu’une déjantée du barreau, pénaliste elle-même, Hannelore Cayre, l’avait décrit dans ses petits polars jubilatoires d'avant son best-seller La Daronne.

 

En effet, son personnage fétiche, Christophe Leibowitz-Berthier, était un avocat cynique et pétochard, alcoolo, un pervers polymorphe que la gente judiciaire surnommait « l'étron », qui défendait la lie ordinaire des prétoires : proxo, dealers, détrousseurs de matos électronique, souvent commis d'office... et en profitait, c'est lui qui mène le récit, pour tirer des scuds sur ces chers collègues et porter un regard sans concession sur le quotidien de la justice ordinaire.

 

« Doué en rien et bon à tout, je m'étais inscrit après le bac sur les conseils de mon père dans ce qui était d'abord une fac de droite avant d'être une fac de droit. »

 

ICI 

 

Ne vous méprenez pas, n’y voyez aucune ironie, j’ai radicalement changé d’avis avec notre Me Morain qui, même s’il liche des vins nu chez ce déjanté de Seb Demorand, adore la bonne chère de Table, de Passerini et autres omnivoristes, fait ses courses à Terroirs d’Avenir, s’encanaille à la Bellevilloise avec Antonin, est lui du genre BCBG, tendance Arnys, dans un polar à la Giancarlo De Cataldo (juge auprès de la cour d’assises de Rome) on l’aurait surnommé « l’élégant »

 

J’ai écrit sur cet espace de liberté : « L’élégance est imperceptible, intangible. La vraie, loin de n’être qu’un signe extérieur, exprime souvent une façon d’être, une forme discrète d’alliance de beauté physique et morale. Ma mère couturière avait coutume de dire, face à un beau modèle, bien porté : quelle allure ! François Baudot, dans son livre L’allure des Hommes, écrit « Mélange de magnétisme et de mouvement, l’allure ne tient ni aux moyens des individualités qui l’expriment, ni au milieu dont celles-ci sont issues. » Le vêtement porte en lui des signes qui ne trompent pas. Seconde peau, « à peine moins sensible, moins éruptive, moins vulnérable que la nudité, son enveloppe en dit souvent plus long. »

 

Attention, il n'est pas écrit sur mon front : critique, alors ne vous attendez pas que, comme Bob l'enclume, je notasse sur 100 la régalade d'Eric Morain, je vais me contenter de gambader dans les prés verts (pas mal, non) où paissent de paisibles vaches normandes aux yeux tendres qui, le soir venu, iront donner leur lait cru à la fermière pour qu'elle fasse un camembert sincère comme les aime tant notre adorateur des vins à poils durs.

 

Trêve de digression oiseuse passons au brillant plaidoyer de Me Morain pour les vins qui puent.

 

Si j’avais été son éditeur, par bonheur pour lui ce que je ne suis pas, comme je suis un nostalgique des films de Claude Sautet… j’aurais donné comme titre à son opus :

affiche du film Vincent, François, Paul et les autres

Sébastien, Dominique, Olivier, David, Alexandre et les autres…

En sous-titre : ode au vin nu

 

Depuis Alice Feiring je suis résolument vin nu. 

 

Résultat de recherche d'images pour "Alice Feiring  vin nu. "

 

Comme Sébastien Lapaque, l’érudit préfacier, je sais gré à Éric Morain de n’être pas tombé dans l’ornière de la définition du vin naturel, d'avoir avec élégance toujours, évité de distribuer des bons et des mauvais points, de se laisser aller à tracer des lignes de démarcation.

 

Moi, le vieux blanchi sous le harnois des AOC du baron Le Roy je ne peux pas piffer les cahiers des charges, les ODG, les dégustateurs de défauts, les organismes de contrôle, les fossoyeurs de l’esprit des origines.

 

17 juin 2010

1ière Déclaration de l’Origine : un acte fondateur à relire avec attention

 

« Le 25 juin 1948, à Deauville, à l’initiative du Syndicat de la marque d’origine « Pays d’Auge » se tenait, sous la présidence du baron Le Roy président de l’INAO, le 1ier Congrès de l’Origine. A la fin du dîner de clôture, auquel le Ministre de l’Agriculture de l’époque n’assistait pas, le baron Le Roy « qui a présidé tous les travaux de la journée avec infiniment d’autorité et d’entrain » soumettait à l’assemblée un projet de DÉCLARATION. Mise aux voix, elle fut adoptée à l’unanimité. Pour les congressistes elle devait devenir « la charte des produits d’origine en créant l’unité de doctrine ».

 

ICI

 

Le vin nu est l’expression ultime de l’espace de liberté que nous appelions de nos vœux dans Cap 2010, alors, de grâce, ne l’enserrez pas dans des chaînes, ne lui flanquez pas des boulets aux ceps !

 

Je m’enflamme comme Me Morain qui rive le clou aux procureurs « ceux qui nous traitaient de bio-cons il y a déjà 20 ans… » ceux qui ont « raté le vent de l’histoire » à qui il ne reste plus que « l’ambition de la girouette »

 

Souvenir du zozotant Edgard Faure. À moins de 21 ans, il s’installe comme avocat après avoir été élu 2ième secrétaire de la conférence du stage, pépinière des futures élites de la « République des avocats » « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ».

 

Notre brillant avocat agite ses manches, il pourfend, il raille, il joue comme le chat avec sa pelote, il harangue « Mon client est désormais partout, il drague la jeunesse et séduit les rues de la soif, il bouscule le déjeuner du dimanche chez belle-maman, il ne se déguste pas, il se partage, c’est là sa seule raisin d’être, raison d’être pardon. On dit qu’il a goût de sueur, c’est sans doute qu’il a replacé le soufre par la souffrance ; on l’accuse de puer la serpillère mal essorée, c’est qu’il préfère le risque au confort ; on dit qu’il sent la bouse de vache, c’est qu’il a délaissé le laboratoire pour la terre. »

 

J’imagine la tronche de Vincent Pousson le pourfendeur des vins d’évier, pardon des vins déviés, et celle de Nicolas de Rien, le bedeau de Butane et Degaz, à la lecture de cette plaidoirie.

 

C’est du pur jus d’avocat, avec jusque ce qu’il faut de parti pris et d’une once de mauvaise foi.

 

Viennent ensuite 5 histoires : celle de Sébastien Riffault, de Dominique Derain, d’Olivier Cousin, David Léclapart et d’Alexandre Bain…

 

Les choses de la vie, du Sautet toujours…

Résultat de recherche d'images pour "les choses de la vie"

 

Arrivé à ce stade de ma chronique je ne sais plus où j’en suis, j'ai perdu les pédales, je suis épuisé, j'ai l'impression d'entendre Ange Poli, alors président de la Chambre d’Agriculture de Haute-Corse, me dire, en mon bureau de la galerie Sully, lassé par mes remarques sur la calamiteuse gestion de sa chambre consulaire :  « Monsieur Berthomeau, vous me fatiguez… »

 

Alors, afin de me sortir du guêpier dans lequel Éric Morain m’a fourré en me dédicaçant, avec une trop abondante brassée de fleurs, sa plaidoirie pour le vin nu, pour conclure cette chronique, totalement à côté de la plaque, j’ai convoqué Gérard Miller, la plus belle langue de pute de Paris, grand adorateur du Président Mao qui déclarait que « La Révolution n’est pas un dîner de gala... », pour qu’il accouche d’une critique digne de ce nom.

 

Je vous la livre brute de cuve :

 

« Sans contestation possible, le petit livre d’Éric Morain, sera le Petit Livre Rouge du XXIe siècle, car il marque le début de la Longue Marche qui conduira les larges masses assoiffées de nature au Pays des 100 fleurs de vignes centenaires, comme Mao le proclamait « La bouse de la vache est plus utile que les dogmes : on peut en faire de l'engrais. » et « C'est quand la merde et le pet sont sortis que le ventre est soulagé ! »

 

Grâce à lui les hipsters tatoués, les bobos des villes et des champs, les foodistas en tongs Giucci, les chefs de bouiboui où 2 carottes et un navet anémique se battent en duel aux côtés de lichettes de bœuf Wagyu, les sommeliers déjantés, les cavistes branchés sur courant alternatif, et bien sûr les vignerons naturistes, en une nouvelle Révolution Culturelle terrasseront les tigres de papier en graffant sur les murs de l’INAO des dazibaos vengeurs, iront bécher pendant leur week-end ou leurs RTT le terroir anémié pour terrasser la glyphosate et ressusciter les vers de terre.

 

Comme me le rappelait mon petit camarade Philippe Sollers, lui aussi maoïste, « Le Grand Timonier variqueux, dans son petit livre rouge, avait déclaré pour stimuler les larges masses : « Mourir, c’est toujours grave ; mais mourir pour le peuple, c’est léger comme une plume… »

 

Oui, votre plume est légère cher Eric Morain et avec vous je m’écrie : « Feu sur le quartier général ! Un slogan fantastique »

 

 

En librairie le 2 mai éditions Nouriturfu 6 bis rue du Repos, 75020 Paris 14 euros

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commentaires

pax 12/04/2019 18:57

Ouh la la ! Il y a du vent dans les voiles. Notre cher Taulier nous sert de temps en temps une chronique de cette eau si j'ose écrire,dure à suivre, qui part de tous les cotés. On dirait une mitraillette bloquée en position de tir qui échappe des mains du tireur et tournoie dans tous les sens sous l'effet des reculs de chaque balle qui s'échappe. Trop à dire, la mouche du coche amusée, compte les victimes, essaye de comprendre les second degré et rend les armes devant la profusion. ( les éructations ? ) Pour une fois j'ai laissé passer une journée au lieu de répondre du tac au tac à la lecture "au cul du camion" de la chronique de 6 heure du mat.
Mais puisque le point de départ ( en te relisant, Cher Taulier, tu vois ou te conduit ta pensée virevoletante ce jour ?) est l'avocat pénaliste * je vais devenir un peu plus grave et recommander la lecture de "La Robe Noir" de Françoise Cotta chez Fayard. Il s'agit d'une avocate qui a consacré sa vie à la défense des obscurs et sans grade de la délinquance. Elle nous livre le récit d'un monde que l'on soupçonne peut être pour certain mais dont on méconnait les tenants et les aboutissants et le désespoir qui pourrait en saisir plus d'un, mais pas elle tant elle reste, au ras des pâquerettes et ne se paye pas de mots et ne s'arroge pas le droit de donner des leçons. Un livre qui peut faire pendant à l'entretien de Gaël Giraud quand il décrit les situations catastrophiques qu'on trouve à notre porte comme dans le reste du monde.
* on ne sait pas vraiment ce que Hannelore Cayre, appelée à la rescousse pour le besoin de la démonstration ,vient faire là mais c'est le moment de rappeler que ceux qui n'ont pas été séduit par les chroniques ou le Taulier nous en recommandait la lecture, c'est le moment de s'y mettre. Un régal de fin lecteur !

Pierre Masson 12/04/2019 09:29

J'ai commis l'erreur de servir un vin d'Alexandre Bain au Cercle des oenophiles. Ce vin normalement tranquille s'apparentait plus à un effervescent et je laisserai à d'autres ce genre d'expérience .
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