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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 06:00
Klement Voroshilov, Maxim Gorki, Joseph Stalin  Global Look Press

Klement Voroshilov, Maxim Gorki, Joseph Stalin Global Look Press

Djougachvili, Iossif Vissarionovitch dit Staline

 

Pechkov, Alexeï Maximavitch, dit Gorki Maxime

 

En russe, les noms de personnes se composent du prénom, du patronyme (formé sur le prénom du père, en – evna ou – ovna pour les femmes, en – evitch ou – ovitch pour les hommes) et du nom de famillee (par exemple, Maria Fedorovna Andreëva, Alexeï Maximavitch Pechkov)

.

Nommer ou interpeller quelqu’un par son prénom et son patronyme est une marque de respect.

 

Lire un roman traduit du russe est un réel chemin de croix car il faut mémoriser nom et prénom, dans le roman Diavolina de György Spiró il y a un index de 9 pages et demi des noms.

 

9782330118341.jpg

 

« Entrée comme bonne dans la maison du grand écri­vain russe Maxime Gorki, celle qu’il surnomma Diavolina (diablesse) devint avec le temps son infirmière, sa confidente, son rempart contre le monde.

À l’automne de sa vie, elle se souvient. Avec iro­nie, humour et perspicacité, elle fait le portrait de son maître, mais aussi de son entourage : H. G. Wells, Romain Rolland, Moura Budberg, Nina Berberova, Stanislavski, Lénine, Staline, Molotov… et se délecte de leurs faiblesses et hypocrisies. Ici, c’est une femme du peuple qui observe sans concession ceux qui pré­tendent le diriger en son nom…

 

Le romancier et homme de théâtre hongrois György Spiró parvient à rendre palpables toutes les facettes et contradictions de la vie de Maxime Gorki – loin des stéréotypes et des livres d’histoire – grâce à cet impertinent récit de celle qui accompagna sa vie sans jamais devenir sa femme.

 

« Inculte, rigide, violente, limitée, hypocrite, pudibonde, jalouse, méchante, bornée, glaciale, cruelle, le type même de la nouvelle génération de communistes. »

 

« En dépit d’un index à mon goût un rien sommaire, le lecteur est assommé par une profusion de noms, de présences autour de Gorki. Pas toujours facile de démêler qui ils sont et surtout quelle fut leur place dans les saloperies, surveillances et délations, qui pullulaient dans la cours du grand auteur. Il faut abandonner sa posture de surplomb, accepter cette version de l’histoire pour jouir de toute sa virtuosité, son très haut comique d’un point de vue attendrie mais jamais dupe pour raconter les « haines tenaces {qui} sous-tendaient cette compagnie. » Un regard domestique, proche de tout ceci mais assez en retrait pour en voir les dissimulations nous offre alors un portrait assez saisissant de Gorki, de ses silences et de ses protestations, les manières dont il voulait aider les écrivains et dont son soutien fut un piège. Sans doute fallait-il alors toute cette présence pour donner à voir cette surveillance sans visage, cette trahison sans nom, cette responsabilité à la fois individuelle et collective. »

 

ICI 

 

EXTRAIT

 

Peu de temps avant que Gorki ne meure :

 

« Krioutchkov est venu nous annoncer qu’il avait reçu un appel téléphonique – Staline, Molotov et Vorochilov devaient venir.

 

Alexis (n.d.l.r. Gorki) s’est animé. Même Vorochilov ?

 

Krioutchkov et Timocha ont cru qu’il s’agissait d’une manifestation de joie, et j’ai failli éclater de rire : il tenait Vorochilov pour un crétin.

 

Ils sont arrivés ivres et ont demandé du vin rouge. Le chef de cuisine est allé chercher en toute hâte trois bouteilles de bourgogne et les a ouvertes.

 

Staline était furieux de nous voir nous presser autour d’Alexis. Moura, qui était assise à son chevet toute vêtue de noir, lui déplaisait. Qui est cette femme en noir, une bonne sœur ? Krioutchkov lui a expliqué qui elle était. Staline  a dit qu’il manquerait juste qu’elle tienne une bougie, puis il a dit en me montrant du doigt que la femme en blanc qui le soignait pouvait rester, mais les autres du balai ! Moura, Katerina et Timocha se sont éclipsées, honteuses. Krioutchkov les a suivies. Staline a encore aperçu Iagoda, en bas, et lui a crié brutalement d’aller au diable. Iagoda s’est retiré. Rakitski avait déjà quitté la pièce en douce, en entendant arriver la voiture.

 

[…]

 

Ils avaient bu leur vin ; Staline a demandé du champagne, on en a apporté. Staline, le grand guérisseur des peuples, a dit à Alexis de ne pas boire. Les autres buvaient. Comme si nous étions à un repas funèbre avant l’heure. Vorochilov était cramoisi ; en partant, il a embrassé Alexis sur la joue.

 

Staline, Molotov et Vorochilov sont revenus le 12, à deux heures du matin, ils ont eu du mal à descendre de voiture. Parmi les médecins, Kontchalovski était de garde, les autres dormaient ; il est entré, ressorti, et a déclaré qu’Alexis dormait et qu’il n’allait pas le réveiller. Les trois ivrognes se sont à nouveau entassés dans leur voiture. Je n’aimais pas Kontchalovski, c’était une enflure, mais il avait fait preuve de courage, vu qu’il aurait pu en prendre pour dix ans.

 

[…]

 

En apprenant que les dirigeants revenaient, je lui ai fait neuf injections de camphre, soit vingt centimètres cubes, ce que tus les livres interdisent. Alexis s’est animé. Nous l’avons assis dans son fauteuil, je lui ai lavé le dos, mis du talc sur ses escarres, et il a dit : C’est le paradis. Speranski est revenu à la charge avec le bêtabloquant, mais je ne lui en ai pas administré. Quand les visiteurs sont rentrés, Alexis leur a parlé avec ardeur de la situation des paysans français. Staline et les camarades étaient embarrassés. Alexis me faisait des clins d’œil. J’ai tourné le dos pour qu’on ne voie pas rire. Il avait l’impression de les avoir vaincus, il tenait des propos hors sujet, et ils étaient obligés de l’écouter. Il avait de nouveau roulé Staline. C’était sa principale occupation depuis des années.

 

Les dirigeants ont bu deux bouteilles de vin chacun, puis sont repartis.

 

NB. Gorki était tuberculeux depuis l’âge de 11 ans et en ce temps-là il n’existait pas de médicament pour l’éradiquer.

 

Krioutchkov Piotr Petrovitch (1889-1938) secrétaire de Gorki et amant de Maria Fiodorovna accusé de l’assassinat de Gorki fusillé

 

Timocha Pechkova Nadejda Alexeïevna (101-1971) épouse de Maxime le fils de Gorki

 

Molotov  Viatcheslay Mikhaïlovitch (1890-1986) diplomate soviétique membre du Politburo de 1926 à 1957

 

Vorochilov Kliment Iefremovitch (1881-1969) militaire et homme politique soviétique

 

Moura, Budberg née Zakrevskaïa, Maria Ignatevna (1992-1974) secrétaire maîtresse de Gorki et de H.G. Wells

 

Katerina Pechkova Ekaterina Pavlovna (1876-1965) ex-épouse de Gorki, mère de Katia et de Maxime

 

Iagoda Guenrikh Grigorievitch (1891-1938) chef de la Tchéka police secrète soviétique amant de Timocha liquidé par Staline.

 

Rakitski Ivan Nikolaïevtich peintre

 

Kontchalovski médecin de Gorki accusé de l’assassinat de Gorki fusillé

 

Speranski médecin de Gorki  lui s’en ai tiré

 

Tout de même, que savait-il (Aragon)  sur le Goulag?

 

Pierre Daix : La capacité des hommes à vouloir croire est immense. Ceux des années 30 ont misé sur Staline contre Hitler. Evidemment, le pacte germano-soviétique a dessillé les yeux de la plupart. Pas ceux d'Aragon. Gorki, l'homme des exclus, considérait le goulag comme une extraordinaire école de rééducation. En 1935, Aragon l'a simplement cru. Mais dès 1952 il a commencé à savoir des choses et l'on peut à juste titre lui reprocher de ne jamais s'être expliqué sur le sujet. C'était son côté membre du comité central.

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commentaires

pax 10/03/2019 07:28

Cette caractéristique du grand roman russe amène à imaginer ce que serait le livre "Anna Karénine" rien qu'en supprimant les multiples noms et surnoms des personnages.Combien de page en moins ?
Mais finalement le nombre de page importe peu car comme disait l'autre *quel sens de l'humour que ce Tolstoï qui écrit un ouvrage de 1000 pages et le nomme Guère Epais.
* Dans un article de Charlie Hebdo l'été dernier

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