Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 06:00
Outing : oui j’ai fumé par plaisir, oui je bois du vin, de la bière un peu, des spiritueux peu, par pur plaisir… pour autant, c’est vérifié, je ne suis pas alcoolique…

Le jour où les grands esprits de la Santé Publique auront le courage et l’honnêteté de m’expliquer comment on devient alcoolique je prêterai à leur discours soit prohibitionniste, soit hypocritement hygiéniste ou carrément moralisant, une oreille très attentive.

 

Celui qui a le mieux décrit les démarches addictives, le craving est, ou était un brillant médecin, devenu alcoolique : Olivier Ameisen.

 

Le craving est un terme importé des États-Unis, venant du verbe « to crave » qui signifie « avoir terriblement besoin », « avoir très envie », « être avide de ». Le craving convoque donc le désir, la pulsion, le besoin, l’envie, toujours doublé d’un caractère irrépressible et irrésistible.

 

Très bien décrit dans la littérature par des auteurs dépendants à l’alcool comme Jack London dans « John Barleycorn » ou Malcolm Lowry dans « Au-dessous du volcan », le craving a fait et fait toujours l’objet de multiples recherches pour tenter de démonter son mécanisme. De très nombreux modèles théoriques ont été élaborés.

 

ICI 

 

Tous les alcoologues patentés, ceux de l’ANPAA et les blouses blanches de l’INCA, ont moqué Ameisen, son combat pour le baclofène, qui lutte contre le craving, qui n’est pas un médicament miracle mais un moyen utile pour surmonter le sevrage. Ils débitent toujours les mêmes antiennes pour masquer leur échec face au fléau de l’alcoolisme, font de la lutte contre la publicité l’arme fatale : franchement à qui fera-t-on croire que c’est le vecteur primordial du passage à l’acte et plus encore de l’addiction ? On va me balancer les jeunes, perméables, sensibles aux postures pour s’affirmer, mais est-ce vraiment le flacon, quel qu’il soit qui les mène à boire plus que de raison ? La réponse est non.

 

Alors, faute d’intelligence, je ne suivrai pas tout ce beau monde, qui dit se soucier de ma santé, sur son terrain biaisé. Ce ne sont pas, loin s'en faut, les meilleurs du corps médical, je suis bien aise de ne pas avoir eu besoin de leurs brillants services.

 

J’ai passé le cap des 70 balais sans être addictif à l'alcool ou au tabac et je n’ai pas à subir leur catéchisme.

 

Pour autant, je ne suivrai pas non plus le discours un peu simpliste de l’actuel Ministre de l’Agriculture, en effet on peut devenir alcoolique en buvant du côtes-du-rhône ou du vin à deux balles acheté en GD pour ceux qui n’ont pas les moyens ou des vins plus onéreux pour ceux qui boivent pour lutter contre leur stress au boulot ou le burn-out  ou en glissant vers l’addiction sous le couvert de la dégustation ou de leur goût pour les grands vins.

 

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, l’ingestion massive ou répétée d’alcool de quelque nature qu’il soit peut mener à l’alcoolisme. Au cours de ma longue carrière, dans ou au contact du monde du vin, j’ai croisé nombre d’alcooliques qui ne se vivaient pas comme tels.

 

Ceci écrit, je ne réfute pas que la consommation du vin, dans beaucoup d’occasions, relève de la convivialité, de la sociabilité, et qu’il existe dans notre vieux pays une culture du vin. C’est vrai je ne bois jamais seul  mais je ne vois pas au nom de quoi, surtout de la fameuse modération, je ne m’offrirais pas le plaisir de l’ivresse qui ne débouche pas sur le caniveau ou d’affreuses gueules de bois.

 

Le cas célèbre d’Hervé Chabalier, le fondateur de l’agence CAPA, qui se lichait lorsqu’il était au sommet de son addiction alcoolique jusqu’à 3 litres de vin blanc par jour est là pour tempérer les emballements.

 

30 septembre 2009

L'accusé le ballon de petit blanc de Chabalier s’en sort blanchi ICI 

 

Les causes de l’alcoolisme d’Hervé ne tiennent pas à une attirance particulière pour le vin mais à des accidents de la vie : la mort de sa petite sœur en Afrique suite à une vaccination contre la rage à la suite de la morsure d’un chien qu’il avait imposé à ses parents où il se découvre égoïste et coupable ; sa vie de grand reporter qui l’entraîne souvent au bord des bars ; son tempérament impérieux, égotique, de patron d’une grande agence de presse... Bref, oui l’alcoolisme est une maladie qui peut toucher n’importe qui et, tous, autant que nous sommes, ne pouvons rester indifférent au lot de souffrance qu’elle entraîne pour l’alcoolique lui-même et ses proches.

 

Oui, le plaisir, j’ai aussi fumé, des cigarettes roulées, des cigares, des biddies, par plaisir et parce que le tabac est un excellent excitant intellectuel : n’en déplaise aux gilets jaunes travailler sous les ors de la République ce n’est pas une partie de plaisir. J’ai arrêté de fumer car je n’y trouvais plus, justement, du plaisir.

 

Les cigarettes des grandes marques sont bourrées de substances favorisant l’addiction et mon récent séjour dans le service de pneumologie  de l’hôpital Cochin m’a fait mieux encore comprendre les ravages du tabac.

 

Je suis né dans un pays, la Vendée, ravagé par le fléau de l’alcoolisme, inconsciemment j’en ai été vacciné, immunisé, mais j’ai pu aussi constater l’inefficacité des ligues de vertu, de l’approche purement médicalisé. L’alcoolisme puise ses racines dans le terreau de notre société, dans tous les milieux, il n’y a pas de parcours unique menant à l’alcoolisme.

 

Pierre Mendès-France avait raison, dans l’Eure dont il était l’élu, le Calva faisait des ravages.

 

J’ai, au titre du cabinet du Ministre de l’Agriculture, suivi pas à pas l’élaboration de la loi Evin qui doit bien peu de chose au Ministre mais tout à Claude Got. Entre parenthèses, Jérôme Cahuzac n’est pour pas grand-chose dans cette loi, sauf son soutien indéfectible au groupe des 5.

 

C'est Got qui parle : «  Moi j'ai envie d'être efficace. Et aujourd'hui, rien ne se fait sans les médias. C'est pour cela que nous avons adopté un travail de lobbying. »

 

Étonnant travail, en effet ! Pour la première fois en France, un aréopage de médecins s'est constitué en groupe de pression. À l'américaine. Un groupe efficace, à moitié clandestin, organisé et sachant user de tous les relais. Un groupe qui a une longue histoire derrière lui.

 

Voir ICI  

31 mars 2008

La stratégie du Go de Claude GOT 

 

En ce temps-là, les gens du vin n’était guère soucieux de Santé Publique, appuyés qu’ils étaient non sur un lobby du vin mais sur ce que Roland Barthes a appelé dans Mythologies :

 

«  Le vin est senti par la nation comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante espèces de fromages et sa culture. C'est une boisson totem, correspondant au lait de la vache hollandaise ou au thé absorbé cérémonieusement par la famille royale anglaise. Bachelard a déjà donné la psychanalyse substantielle de ce liquide, à la fin de son essai sur les rêveries de la volonté, montrant que le vin est suc de soleil et de terre, que son état de base est, non pas l'humide, mais le sec, et qu'à ce titre, la substance mythique qui lui est le plus contraire, c'est l'eau. »

 

Ce faux-débat, où chacune des parties campe sur des positions irréductibles, est très représentatif de l’incapacité qu’il y a dans notre pays à affronter la réalité, à sortir de son entre-soi,  à traiter les problèmes avec sérénité et efficacité, on se fait plaisir, on se congratule, on se balance des statistiques brutes, des études plus ou moins faisandées, on se réfugie dans des images d’Epinal, on agite des peurs légitimes, sans pour autant faire reculer de façon significative la maladie qu’est l’alcoolisme.

 

C’est toujours la faute des autres.

 

Je trouve ça très gilets jaunes.

 

Même le Vatican s'y met ce dimanche :

 

Le Père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation avec les lectures du deuxième dimanche du temps ordinaire année C.

 

Le récit des noces de Cana nous est familier. De manière étonnante, l’évangéliste Jean ne se focalise pas sur les mariés, mais plutôt sur un point très pratique des festivités : le vin de la fête risque de manquer. Du coup, nous sommes conduits à regarder non pas les mariés, mais Jésus et sa mère (car c’est Marie qui alerte Jésus en lui disant : « ils n’ont pas de vin ») ainsi que les serviteurs (car ce sont eux qui, en suivant les instructions données par Jésus (« remplissez d’eau les cuves » puis « maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas ») sont les témoins privilégiés du signe que Jésus accomplit : l’eau est changée en vin ! 

Une déclaration qui tache

21 janvier 2019BrèveSociété

Le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Didier Guillaume, a déclaré sur un plateau de télévision que le vin « n’est pas un alcool comme les autres ». Tant pis si tous les professionnels de santé dénoncent depuis des années les mythes qui relativisent la dangerosité de la consommation quotidienne de cette boisson alcoolisée.

On ne sait s’il avait trop bu ou reçu trop de pots-de-vin pour débiter de telles âneries. Il suivait peut-être seulement les recommandations de la conseillère à l’agriculture de l’Élysée, Audrey Bourolleau, qui dirigeait encore récemment Vin & société, un des principaux lobbies du monde viticole.

Pour peu que ces derniers insistent, ce bon Didier Guillaume et ses collègues du gouvernement, finiront par dire que le pinard devrait être obligatoire dès le biberon, pour que vive la France

 

« La démission gouvernementale face à l’alcool est scandaleuse »

Le plan national adopté fin 2018 conforte les pires craintes concernant la complaisance, si ce n’est la complicité, des pouvoirs publics et du lobby des alcooliers, déplorent plusieurs médecins dans une tribune au « Monde ».

Par Collectif Publié hier à 19h00, mis à jour à 06h36

 

Tribune. Entre Noël et Nouvel An, après dix mois de tergiversations, la publication en catimini du Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 conforte les pires craintes sur l’inertie des pouvoirs publics en matière de consommation d’alcool.

Malgré les 49 000 morts par an et le coût de 120 milliards d’euros infligé chaque année par ce produit aux Françaises et aux Français, le plan de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), au terme d’une analyse brillante et incontestable, s’arrête brutalement au seuil de l’action, perdant toute ambition de réussir.

Alors que la politique de lutte contre le tabac montre qu’une action constante et ­résolue obtient des résultats (baisse historique des ventes de cigarettes de 10 % en 2018), la démission gouvernementale face à l’alcool est insupportable et scandaleuse. Ce fardeau pour la société française est dû à une des plus fortes consommations au monde.

Aucune ­mesure d’encadrement

Le plan est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les « prémix » à base de vin échappent même à toute mesure.

Le vin bénéficie aujourd’hui d’une quasi-exemption fiscale (3 centimes de taxe par bouteille), ce qui laisse une marge énorme qui aurait permis d’abonder un fonds de prévention alcool. Au ­contraire, le plan a préféré squatter le Fonds tabac, diluant ainsi ses capacités d’action.

Le plan s’alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d’alcool mais se contente de cette inquiétude. S’il constate la pression publicitaire pour l’alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d’encadrement, même pas la limitation de l’affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n’est fixé.

Malgré l’engagement solennel pris le 6 septembre 2017 par la ministre et le président de la Mildeca de rendre le pictogramme d’avertissement « femme enceinte » plus visible, la taille du pictogramme n’est toujours pas arbitrée ; c’est pourtant une décision simple et à coût nul pour les finances publiques.

Il est vrai que le lobby de l’alcool ­considère qu’informer les femmes serait « anxiogène », sinon « mortifère ». Quel aveu et quel cynisme ! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l’enfant est honteux et impardonnable, qu’il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux. L’information sur le nombre de calories des boissons ­alcoolisées est aussi reportée à des temps meilleurs ; pourtant, un verre de vin apporte 80 à 100 calories !

Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une « contribution » uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisqu’aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool.

Pour le gouvernement, la responsabilité ne ­repose que sur les victimes et non sur l’industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) qui les pousse à consommer. Au moment où même le Conseil économique, social et environnemental préconise clairement d’écarter le lobby alcoolier de la politique de santé, le gouvernement lui fait la part belle.

Complaisance à rebours de l’opinion

Cette complaisance est d’autant plus coupable qu’elle va à rebours de l’opinion, car 60 % des Français souhaitent une taxation plus forte et 70 % une ­interdiction de la publicité pour les boissons alcoolisées (sondage de la ­Ligue nationale contre le cancer de juin 2018).

Il est également vrai que les Français sont désabusés car deux sur trois d’entre eux pensent que les producteurs empêchent la mise en place d’une politique de santé efficace. (NDLR ça sort d'un chapeau messieurs et la dame, grosse fake new) Ils ont hélas raison. On peut se demander qui, aux plus hautes sphères de l’Etat, s’emploie à faire échouer toute mesure efficace pour réduire les risques et dommages de l’alcool en France.

Et les récentes déclarations du ministre de l’agriculture Didier Guillaume sur la différence totalement fantasmée entre le vin et les autres alcools pour la santé ne peut qu’alimenter la suspicion.

Refusant toute référence à un hygiénisme d’un autre temps, nous affirmons notre attachement aux institutions. Dans cet esprit, nous en appelons solennellement au président de la République afin qu’il cesse de sacrifier les intérêts supérieurs de la santé des Français au profit d’intérêts particuliers.

Nos concitoyens, et particulièrement celles et ceux qui dénoncent l’absence de considération à leur égard et qui sont les premières victimes de décisions fondées sur le marché, sont en droit d’espérer une politique de santé à la hauteur de nos ambitions.

Bernard Basset, médecin de santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie nationale de médecine ; Claude Got, professeur honoraire, université René-Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie (SFA) ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, président du Collège universitaire des enseignants en addictologie (Cunea) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI, président du Fonds actions addictions ; Nicolas Simon, professeur de médecine Aix-Marseille Université, président de l’Anpaa.

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

pphilippe 22/01/2019 18:45

Bonsoir Jacques
Dommage, les vignerons sont passés à côté de la prévention, las.
J'adore la position des grecs anciens, j'ai déjà du l'écrire dans ces colonnes, ou ailleurs.
Les grecs anciens considéraient que le vin pur était une boisson de barbare. Pour autant, celui qui ne buvait que de l'eau était tenu à l'écart de la société, pourquoi ? Parce que si le vin est un danger, celui qui n'en boit jamais le fuit (le danger) et donc, n'a rien à apporter à la société.
Je trouve cette position très ... moderne, nous devrions nous en inspirer.
Belle journée

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents