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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 06:00
J’aime expliquer et convaincre, je tiens ça de mon père…

Mon premier job salarié, j’avais 18 ans, j’entamais ma seconde année de Droit, je voulais ne plus être une charge pour mes parents, je l’ai occupé comme prof à mi-temps au CEG de Pouzauges ; un établissement de l’enseignement catholique bien sûr, j’ai fourni mon certificat de baptême et le curé-doyen, à qui je venais d’acheter sa 2CV, m’a pistonné.

 

J’étais le bouche-trou, en dehors de l’histoire-géo en 6e, la direction me fourgua tout ce que les autres profs ne voulaient pas : le dessin et la musique. Je fis l’objet d’une inspection pendant un cours d’histoire, le censeur me félicita mais me reprocha de n’avoir rien préparé par écrit. Je lui répondis que ça me permettait de mieux coller à l’attention de mes élèves.

 

J’aime improviser, capter l’attention de mon auditoire, le convaincre.

 

Mais si je vous parle de ma première expérience de prof c’est que j’ai dû affronter l’indifférence de mes mouflets de 6e en cours de musique. Comment les intéresser à autre chose que les chansonnettes dont ils étaient friands ?

 

J’ai réfléchi, tâtonné, et puis j’ai choisi de leur faire découvrir en leur faisant auditionner les disques:

 

  • Carmen de Bizet

 

  • Chansons éternelles de France de Guy Béart.

Et ils ont mordu à l’hameçon mes petits loulous dont les parents travaillaient chez Fleury-Michon, tant et si bien qu’ils m’ont offert, le 33 tours de Guy Béart, lors de mon départ.

 

 

 

Bien plus tard, lorsque je me suis retrouvé, d’abord au cabinet de Michel Rocard Ministre de l’Agriculture, j’ai dû monter en tribune à de multiples congrès dont sont friands les adhérents des syndicats spécialisés de la FNSEA, et y’en a une flopée.

 

Et c’était dans un climat hostile, nous négociions l’élargissement du Marché Commun à l’Espagne et au Portugal, deux anciennes dictatures, je dis ça pour les gilets jaunes, afin de les amarrer à la démocratie.

 

Souvenir d’un Congrès des Vignerons alors  en Caves Particulières, le premier où un représentant du Ministre allait, c’était à Blois, le  Président et ses sbires me servirent des discours incendiaires, limite insultants, je débitais le mien mezzo voce, sur le ton de la confidence, ils m’écoutèrent religieusement, m’applaudirent et m’invitèrent au banquet d’après congrès ; je déclinai.

 

Puis devenu directeur du cabinet du Ministre de l’Agriculture, sous Michel Rocard Premier Ministre, je me tapai encore les congrès importants, Louis Mermaz détestait ces cérémonies où il se faisait houspiller. Je n’avais plus le temps de me taper l’écriture des discours, les conseillers du cabinet avec les services tartinaient des laïus impossibles.

 

Les discours écrits, trop bien écrits par les technos des services, sont des carcans, les suivre c’est ramer, perdre pied et couler. Alors, un jour, au Palais des Congrès de la Porte Maillot, devant l’Assemblée des planteurs de betteraves, Confédération Générale des planteurs de Betteraves (CGB), des bien-pourvus par la PAC, des qui n’aimaient pas la gauche, 1500 personnes (les épouses sont invitées), un discours du Président George Garinois franchement hostile, nous négociions la première réforme de la PAC, je me suis dit mon gars faut que tu le prennes à son propre jeu.

 

Ce que je fis en montant à la tribune, dans un silence même pas poli. Je tenais à la main les feuillets de mon discours écrit, avec une théâtralité que j’assume je le déposai sur le pupitre en proclamant à l’assistance qu’il contenait tout ce qu’ils attendaient, qu’il ferait les délices du Betteravier Français mais que j’allais répondre point par point aux mises en cause du Président.

 

Ce que je fis, en mêlant ironie politique et bonne connaissance des quotas sucriers, la salle m’écouta, ne broncha pas, je plaidai, en me servant un peu de la cote de mon Premier Ministre au zénith de sa popularité, que nous n’avions aucune leçon à donner mais que nous n’en n’avions aucune à recevoir sur le dossier de la réforme de la PAC où la FNSEA et ses gros spécialisés les céréaliers et les betteraviers tenaient un double langage.

 

11 janvier 2015

La betterave fourragère, potagère, sucrière la bonne à tout faire même le degré du vin…

 

« Le président Garinois n’aimait guère le Président de la République de l’époque et, dans son discours, sans notes, avaient lourdement moqué le couple Kohl-Mitterrand. Applaudissements nourris pour le Président qui entamait son dernier mandat. Je monte à la tribune avec mes feuillets mais au lieu de les poser sur le pupitre je les tends au Président Garinois en lui disant « je vous confie ces pages qui feront le suc du rédacteur-en-chef du Betteravier Français… » Rires dans la salle, ce qui était déjà une performance de la part d’un représentant d’un Ministre de Gauche.

 

Et je me lançai dans une improvisation qui répondait point par point à l’ironie de ce cher Garinois. Je mouillais le maillot, soulignant à plaisir le génie des sucriers à se préserver de la concurrence du sucre ACP ou du fameux aspartam… La salle surprise par mon audace m’écoutait. J’en profitais pour lancer quelques piques sur la nécessaire évolution des prix face à la concurrence de l’éthanol. Bref, je ne fis aucune concession et, à ma grande surprise, je fus applaudi chaudement. Rassurez-vous c’est plus la performance que le fond de mes propos qui déclencha ces bravos. Le Betteravier Français me consacra même son édito ce qui bon pour l’ego.

 

C’était un peu décousu mais sans rien concéder la salle en fin de parcours m’applaudit.

 

Par la suite, dans mes missions de médiation, lorsque je tenais le soir mes réunions dans les salles communales, j’aimais me colleter à mes plus farouches contradicteurs jusqu’à pas d’heures.

 

Suis ainsi fait mais rassurez-vous dans le privé, comme sur les réseaux sociaux, je m’abstiens de toute joute avec  des interlocuteurs enfermés dans leurs certitudes, des obtus quoi…

 

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