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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 07:00
Ouvéa, les accords Matignon sous Rocard, 30 ans après les Calédoniens sont appelés à répondre à la question suivante :

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

 

174 154 électeurs qui pourront défiler dans l'isoloir. La composition du corps électoral pour cette consultation a fait l'objet d'âpres négociations, si bien que les non-Kanaks arrivés après 1993 ne pourront pas faire entendre leur voix. Les Kanaks, eux, qui ne représentent plus que 39% de la population, sont sur-représentés. Ils forment même 63% de ce corps électoral, selon le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

 

« J’ai confiance. » C’est par ces mots qu’Edouard Philippe a conclu son discours devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, mardi 5 décembre, dernier jour de son séjour sur le territoire. Un déplacement de quatre jours durant lesquels il aura rencontré l’ensemble des responsables politiques du territoire et des trois provinces, échangé longuement avec chacun avant de s’adresser aux élus en ce jour anniversaire de la mort des « dix de Tiendanite », dix jeunes Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, massacrés dans une embuscade le 5 décembre 1984, et sur la tombe desquels il s’était recueilli deux jours plus tôt.

 

4 avril 2006

 

Le Caillou

 

En juin 1988 je quitte les rives "verdoyantes" du port de Gennevilliers pour rejoindre le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Villeroy comme directeur-adjoint du cabinet du Ministre. J'occupe le plus beau bureau du lieu, vaste il donne sur le petit parc : aujourd'hui c'est celui du Ministre. Mon portefeuille : les 30 000 fonctionnaires, les relations avec les OPA, les DOM-TOM, la Corse et les Courses : de quoi occuper mes journées.

 

Alors pourquoi ce titre d'aujourd'hui : le Caillou ?

 

Vais-je vous parler des galets roulés de Châteauneuf -du-Pape ? Non, je suis trop ignare des choses du terroir. Les accords de Matignon ça vous dit quelque chose ?

 

1936 ?

 

Non ceux du 26 juin 1988 !

 

La poignée de mains Lafleur-Tjibaou c'est loin, vous avez oublié. Et pourtant, sur le Caillou – la Nouvelle Calédonie – ces deux-là, quelques temps avant, ne semblaient pas fait pour s'entendre. Le sang avait coulé. Rocard nommait une mission de conciliation emmenée par Christian Blanc pour renouer les fils du dialogue, sortir des postures, retrouver la confiance, aller à l'essentiel : les accords Matignon c'est un feuillet dactylographié.

 

 

L'encre était à peine sèche que Rocard demandait à Henri Nallet de se rendre sur le Caillou. Je suis du voyage. Une trentaine d'heures de vol jusqu'à Nouméa sur UTA. Nous allons d'abord à Wallis et à Futuna en Transaal. Touffeur. L'administrateur supérieur en uniforme blanc, son chauffeur pieds nus, les rois, les églises et les cases, des îles sans pêcheurs : encore un mauvais coup des missionnaires, les petits cochons noirs, le bout d'un monde immobile. Nous enverrons aux femmes de Futuna des machines à coudre...

 

Retour à Nouméa, la résidence du Haut-Commissaire, un parfum colonial, mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme : le Nord, territoire kanak, puis les éleveurs caldoches, enfin l'île de Lifou et son jeune chef à l'écharpe rouge qui a fait ses études à la Sorbonne, danses traditionnelles des guerriers lances à la main, on palabre, on mange des ignames, on crapahute, le FLNKS et le RPCR, le début d'un processus de paix...

 

Une anecdote pour finir ce petit papier : « Jacques Lafleur ne boit jamais une goutte d'alcool, il pourrait en mourir. Mais par un bel après-midi d'hiver austral, seul dans sa propriété d'Ouaco perdue dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, il s'est versé une coupe de champagne... »

 

 Le pari du grand chef blanc l'Express du 02/09/1988 par Florent Leclerc. Sabler ou sabrer le champagne pour la paix tout est toujours possible chers lecteurs... 

 

Quelles sont les forces politiques en présence ?

 

La famille indépendantiste dispose de 25 élus sur 54 au Congrès de Nouvelle-Calédonie, l'instance législative locale. Elle est dominée par le FLNKS, un regroupement de quatre partis politiques, qui appelle le "peuple kanak" à "conclure un combat qui dure depuis 164 ans". Plus radical et très minoritaire, le Parti travailliste prône, lui, "une non-participation massive" au référendum, qu'il juge trop ouvert aux non-Kanaks. "Nos militants joueront aux boules ou iront à la pêche", prévient son leader.

 

En face, les non-indépendantistes sont majoritaires au Congrès, avec 29 membres. Divisés, ils mènent campagne sur le terrain autour de slogans tels que "La France est une chance" ou "Pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix". En mai, ils ont reçu le soutien (timide) d'Emmanuel Macron. En visite à Nouméa, le président de la République n'a pas souhaité "prendre parti dans ce référendum" mais a affirmé que "la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie".

 

Lire l’article ICI 

 

Dans le roman à 4 mains d’Évelyne Pisier et Caroline Laurent Et soudain la liberté, la jeune Lucie (Évelyne Pisier) arrive avec ses parents à Nouméa en provenance de Saigon, « Hô Chi Minh et Giáp étaient grand vainqueurs. La France balayée, cèderait le terrain aux Américains », « Le voyage fut éprouvant : une vingtaine d’heures, avec deux escales en Australie, pour parcourir les 7500 km qui les séparaient de Nouméa. »

 

« La Nouvelle-Calédonie était une toute petite colonie, mais il s’y était passé des choses. Le Code de l’indigénat avait été aboli le 7 mars 1944. Depuis 1946, les Canaques disposaient d’un droit à la nationalité française pleine et entière. En d’autres termes, ils pouvaient voter, circuler, être propriétaires, accéder aux institutions et créer leur parti, ce qu’ils n’avaient pas tardé à faire. »

 

Lucie allait à l’école des sœurs, à la naissance de son frère, sœur Marie de Gonzague la trimballe dans toutes les classes pour « annoncer l’heureuse nouvelle à tes camarades. » Pensez-donc, un garçon !

 

« Dans chaque classe où s’arrêtait sœur Marie de Gonzague, Lucie annonçait la bonne nouvelle et les enfants applaudissaient. Lorsqu’elle arriva devant le bâtiment réservé aux Canaques, l’enseignante lui fit signe de se taire. Elles entrèrent par une porte de service et, silencieusement toujours, s’approchèrent.

 

Par la grande fenêtre, Lucie les vit. Ils étaient au moins quarante, entassés les uns sur les autres, indisciplinés, sales et joyeux. Eux aussi portaient l’uniforme, mais aucun n’avait de chaussures. Un petit garçon récupéra un crayon avec ses doigts de pieds et le fit sauter à hauteur du bureau. Des filles, au fond de la salle, se tiraient violemment les cheveux, pendant qu’une autre, très grosse, attaquait sa troisième banane. Un brouhaha de français et de canaque parvenait aux oreilles, dans lequel perça soudain un rot sonore, lâché par la petite boulotte. Lucie fit une grimace de dégoût. « Tu vois, chuchota la sœur au menton fripé, voilà des choses que l’on ne verra jamais chez les Blancs. » Et elle l’entraîna vers la sortie.

 

Comme André Desforêt, sœur Marie de Gonzague croyait en l’inégalité des races. Le spectacle de ces sauvages était à ses yeux un argument suffisant. Depuis de nombreuses années, les pères maristes tentaient de les faire progresser grâce à l’enseignement religieux, mais le chemin serait long. La nonne sourit à Lucie. « Dieu a fait ainsi les hommes. Différents les uns des autres. » Elle ne lui parla pas des terres canaques spoliés par les colons ou des bidonvilles dans lesquels s’aggloméraient comme des grappes les familles, et où le Christ n’avait envoyé ni l’eau courante ni l’électricité.

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