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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 06:00
« Ma principale objection contre la notation des vins est qu’elle se fonde sur la plus fausse des sciences. » Jim Harrison

En bon lecteur-chroniqueur un peu glandeur, genre fainiasse, je n’ai aucune coquetterie d’auteur, dès qu’un gars plus pointu que moi défouraille avant moi sur un bon bouquin, je pioche sans vergogne.

 

Ainsi, j’achète un Jim Harrison Un sacré gueuleton. Manger, boire et vivre, je commence à le lire et je me dis « Coco, chronique ! » lorsque je tombe sur Jacky Durand dans Libération et là, face à un concurrent de plume estimé, je cite :

 

« Jim Harrison y apparaît tour à tour bec fin, glouton, érudit sans fin mais avec une faim aussi imprégnée d’élégance qu’un baba au rhum quand il s’agit de se consacrer à l’archéologie d’un romanée-conti ou d’une langue de bœuf : «Je suis ce matin d’une nervosité extraordinaire, car à l’aube j’ai retiré de leur saumure deux langues marinées. Je n’ai jamais fait mariner de langue et cette denrée n’est pas disponible dans le Montana.»

 

Il défouraille sa goinfrerie comme ses crises de cafard. Sans l’hypocrisie d’un mangeur de club sandwich. Il engloutit comme il déglutit. Sans vergogne mais avec la franchise pointilliste de ses tirs de chevrotine les jours de chasse : «Avis à certains de vos lecteurs gauchisants, postillonneurs, écolo-gagas : je tue presque tout ce que je mange - canards, cailles, chevreuils, grouses, bécasses, truites, saumons, crapets, l’humble carpe (la carpe croustillante et épicée du Hunan). Ces chochottes devraient savoir que, d’un point de vue technique, leurs germes de soja hurlent quand on les arrache de terre. Tout ce qui vit finit en étron

 

Jim Harrison aimait citer Horace : «Un buveur d’eau ne sera jamais poète». Aux médecins qui s’étonnaient de le voir toujours en vie en dépit de ses excès, il fournissait une explication simple : «le vin».

 

ICI 

 

 

Bon nombre de considérations sur le vin sont problématiques et ouvrent des conjectures quasi infinies. Par exemple, quel est le sexe du vin ? Et ne nous embourbons pas dans un marigot quand nous réfléchissons à cette question, un piège imbécile où tombent tant d’œnologues professionnels ? Le cérémonial de la dégustation sombre parfois dans la parodie, mais c’est le cas d’autres rituels pratiqués par certains professionnels, depuis le savant fou jusqu’au politicien au cœur pur, en passant par la vertueuse stripteaseuse.

 

Néanmoins, il est toujours bon d’interroger la terminologie de nos enthousiasmes. Nous pouvons dire que le vin est essentiellement féminin, car il vient de la terre et nous ne disons pas « notre père la terre ». Les meilleures choses sont féminines, y compris les femmes et nous permettre cette association, c’est procurer à notre imagination une énergie inaccessible à toute autre terminologie. Les vins criards, excessifs, mauvais, sont bien sûr masculins.

 

[…]

 

Depuis ma plus tendre enfance campagnarde, je cueille les framboises, les mûres, les myrtilles ainsi que d’autres baies, mais je dois dire que je ne retrouve pas ces saveurs uniques dans le vin, contrairement à de nombreux autre amateurs qui me semblent parvenir à les y déceler. Mon honnêteté peut-être naïve m’empêche d’utiliser ces termes qui feraient mentir mon goût.

 

[…]

 

Il existe une vraie possibilité – et je le dis avec ma modestie habituelle – que je ne raconte pas des sornettes. Ainsi, mes notes sur les vins corses que j’ai goûtés n’ont pu être publiées qu’en étant copieusement expurgées. Peut-être bien qu’un vin ne devrait pas être autorisé à me rappeler « les cuisses d’une fille riche lassée jusqu’à l’épuisement », l’un de mes descriptions les plus innocentes. À l’inverse, on peut dire de vins en pichet qu’ils sont rustres, abrupts, un peu sales, évoquant le souvenir de vestiaires après le match de football par chaude soirée de septembre. Ce genre de choses. Inéluctablement, un truc mauvais en évoque un autre.

 

[…]

 

Avec le vin, nous redevenons des étudiants qui se demandent si leur professeur a corrigé leur brillante dissertation avant ou après  le dîner, avant ou après avoir baisé, avant ou après son fantasme habituel sur Ava Gardner dans la piscine. Ma principale objection contre la notation des vins est qu’elle se fonde sur la plus fausse des sciences.

 

[…]

 

J’ai passé un sacré bout de temps avec jeanne Moreau, l’actrice française, et le Cayron me rappelle Jeanne Moreau à vingt-huit ans, légèrement agacée parce que vous avez oublié de lui offrir des fleurs, mais parfaitement exquise dès qu’on partage une bouteille de Cayron avec elle.

 

En bonus :

 

« Amoureux des femmes, il ne peut s'empêcher d'évoquer entretemps la comédienne Jeanne Moreau et sa voix si particulière... « A New-York, lorsque je lui ai apporté des fleurs et une bouteille de champagne Cristal, Jeanne Moreau m'a récité un poème français qui parlait de tourterelles. Un timbre de voix peut se révéler plus aphrodisiaque que des seins ou des huîtres ».

Aventures d'un gourmand vagabond, Jim Harrison, Editions 10/18

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commentaires

Pierre Masson 20/11/2018 12:45

Moi aussi élevé à la campagne, familier du potager et des vergers, cueilleur de myrtilles et framboises en Savoie, je m'extasie après 25 ans de dégustations sur ceux qui reconnaissent après une gorgée tous ces fruits et autres épices que j'ai tant de mal à identifier.

pax 20/11/2018 07:21

Bonus ? L'article de la mort est féminin...

pax 20/11/2018 07:07

" Le tord boyaux a le goût du malheur " réplique cueillie dans un film noir cette semaine

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