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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 06:00
Ce que les gilets jaunes veulent dire, contrairement à Onfray, Zemmour&Co, les si près du peuple, je ne comprends pas…

De nos jours plus personne n’ose avouer face à des questions complexes, inédites, sans précédent, « je ne comprends pas ce que cela veut dire… »

 

Tous ceux qui ont accès à l’expression, et ils sont nombreux avec la facilité qu’offrent les réseaux sociaux, livrent des réponses tranchées correspondant très souvent à leur appartenance à un bloc de pensée ou d’absence de pensée, pour ou contre le pouvoir, mélange d’exécration, de colère, de frustration.

 

Et puis, bien sûr, il y a les hauts parleurs, qui se disent intellectuels, bien au chaud, bien nourris, qui claironnent au bas peuple ce qu’il faut penser.

 

Et puis, il y a les tenants du pouvoir, et leurs supporters, qui se défendent  bien souvent avec un argumentaire pas très convaincant.

 

Et puis, il y a les exploiteurs d’audience, les chaînes dites d’infos en continue qui « tueraient père et mère » pour gagner quelques bouffeurs de tout et de rien.

 

Et puis, il y a les récupérateurs, des deux extrêmes, ceux qui se raccrochent à tout ce qui peut foutre la merde, ils ne reculent devant rien pour envoyer Macron dans le fossé.

 

Et moi, je ne comprends pas, mes références historiques, mon expérience du pouvoir, ne me donnent pas les clés d’explication d’un mouvement né grâce aux réseaux sociaux.

 

Alors, je cherche, je cherche à comprendre, même si ma position de Parisien privilégié, de mon passé au pouvoir, me discrédite aux yeux des défenseurs autoproclamés du peuple.

 

Mon père m’a inculqué que servir le bien public était une fierté, j’en suis fier et je ne me vois pas entonner les couplets de certains gilets jaunes.

 

Comprendre, ramener ce fatras à une forme de rationalité, on ne gouverne pas avec des slogans, preuve en est que ceux des campagnes électorales sont aussitôt bafoués, on dirige un pays, si tant est qu’on puisse le faire dans le nôtre, en élaborant des compromis avec les forces en présence. Se contenter de ne rien faire a été la règle de ces dernières décennies.

 

Pour élaborer mon approche je vais écrire une énormité : combien de gilets jaunes fument ?

 

Ça coûte très cher de fumer, on engraisse l’Etat de taxes et l’on a le choix.

 

Autant je suis prêt à comprendre celles et ceux qui n’ont pas le choix pour aller au travail, autant je ne suis pas très adepte de la fiscalité punitive, autant je voudrais bien qu’on m’explique comment on réclame plus de services publics, ou du moins leur non disparition ou leur éloignement, tout en proclamant son hostilité à la fiscalité.

 

J’ai connu, lors de la première réforme de la PAC, la révolte des céréaliers du Gers et d’Eure-et-Loir qui a donné naissance à la Coordination Rurale, des gens qui se disaient libéraux tout en se goinfrant du soutien des prix par l’Union Européenne – beaucoup sont aujourd’hui des gilets jaunes – ils ont menacé de bloquer Paris avec leurs gros tracteurs.

 

La Coordination rurale compte poursuivre son « blocus »

C. B. - LES ECHOS | LE 16/09/1993

 

Le mouvement anti-Blair House a reçu le soutien de quelques syndicats agricoles européens. Il pourrait cependant ne pas avoir assez de souffle pour durer jusqu'au 20 septembre.

 

Les agriculteurs qui manifestaient hier n'ont pas réussi à empêcher réellement l'accès à la capitale. La Coordination rurale, qui avait organisé le « blocus de Paris " pour marquer son opposition au volet agricole du GATT, n'en a pas moins affiché sa satisfaction. L'opération avait avant tout pour but d'alerter l'opinion et de maintenir la pression sur le gouvernement, avant le Conseil du 20 septembre, où les ministres des Affaires étrangères et de l'Agriculture des Douze se réuniront pour décider d'une attitude commune sur le préaccord de Blair House.

 

« C'est un harcèlement autour de Paris et non pas un siège pour affamer les Parisiens », a expliqué Jacques Laigneau, président de la Coordination rurale. Fort de son expérience de juin 1992, où un premier blocus contre la réforme de la PAC avait rapidement été démantelé par les forces de l'ordre, le mouvement s'est organisé en équipes motorisées autonomes et très mobiles. Les manifestants (quelque 10.000, selon la Coordination) étaient prêts à lever les barrages dès l'arrivée des forces de l'ordre, pour les reformer un peu plus loin.

 

Résultat: plus d'une vingtaine de barrages ou d'« opérations escargots » en constant déplacement durant la journée sur les routes et autoroutes de la grande couronne, à une quarantaine de kilomètres de Paris.

 

L'accès à l'aéroport Charles-de-Gaulle a été rendu difficile en début de matinée et la ligne du TGV Atlantique a été plusieurs fois bloquée. Selon le Centre régional d'information et de coordination routière, la manifestation n'a, dans l'ensemble, que faiblement perturbé la circulation. Malgré le mot d'ordre d'éviter tout affrontement à Paris, deux manifestants ont été arrêtés après avoir tenté d'échapper à des motards.

 

Dans l'après-midi, les agriculteurs mobilisés ont privilégié les barrages filtrants, qui permettent de distribuer des tracts aux automobilistes. Ils entendaient réaffirmer leur rejet du préaccord. « Nous demandons au gouvernement d'opposer sans délai son veto aux accords de Blair House et de convaincre avec énergie ses partenaires européens de rétablir la préférence communautaire », a précisé Philippe Arnaud, secrétaire général de la Coordination. Le mouvement réclame aussi d'être reçu par le gouvernement pour expliquer sa position. Créée fin 1991 pour rassembler les opposants à la réforme de la PAC « déçus » par les grandes organisations, la Coordination ne fait en effet pas partie des interlocuteurs du gouvernement. Jean Puech, le ministre de l'Agriculture, avait d'ailleurs mis en garde, mardi, les agriculteurs contre l'« isolement » que provoque ce type d'opération.

 

La coordination rurale émanait de dissidents de la FNSEA, donc d’un syndicat, avec des moyens, de la logistique alors que le mouvement des gilets jaunes est une galaxie territoriale, sans leader crédible, aux revendications hétéroclites, contradictoires.

 

Faire céder le gouvernement, le faire reculer, fait partie de notre ADN national mais et après ?

 

On ne fait la paix qu’avec ses ennemis mais encore faut-il les identifier pour renouer les fils avec eux…

 

Alexis Spire directeur de recherche au CNRS.

 

Il a publié, en septembre, Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, aux Editions du Seuil. Dans un entretien au Monde, il analyse le mouvement des « gilets jaunes » avant la mobilisation de samedi 17 novembre.

 

  • Cette mobilisation des gilets jaunes est-elle originale ou s’inscrit-elle dans d’autres mouvements historiques contre les hausses d’impôts ?

 

C’est un mouvement qui ne ressemble pas tellement aux mobilisations des années 1980-1990 autour des prix du carburant, qui étaient surtout portées par des syndicats de transporteurs et des professionnels de la route.

 

Il diffère aussi du mouvement des « bonnets rouges » qui était impulsé dès le départ par le Medef local et la FDSEA [fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles], et qui était ancré territorialement, en Bretagne.

 

Dans le cas des gilets jaunes, il n’y a pour l’instant aucune organisation qui structure le mouvement et les foyers de la contestation sont très dispersés. Ce sont les réseaux sociaux et le très fort écho médiatique qui rendent possible l’existence de cette mobilisation qui prétend rester à distance de toute forme d’organisation politique et syndicale.

 

  • Certains ont parlé de nouvelle « jacquerie », d’autres de poujadisme

 

On peut voir une parenté avec les jacqueries dans le sens où elles étaient des explosions populaires qui rassemblaient dans les campagnes bien au-delà des seuls travailleurs agricoles et qui n’avaient pas de représentant mandaté ni de vision cohérente de l’émancipation. Autre point commun, ces mouvements étaient dirigés contre la noblesse qui était vue comme une caste sourde aux difficultés rencontrées par le peuple.

 

La comparaison doit néanmoins être nuancée. L’Ancien Régime était le règne de l’arbitraire et les inégalités fiscales étaient criantes. Les jacqueries partaient à l’assaut des châteaux en s’alliant parfois aux bourgeois des villes. Elles s’accompagnaient d’une grande violence de la part des insurgés mais aussi dans la répression qui en découlait.

 

Un point commun avec le poujadisme est le même discours anti-élites, qu’elles soient politiques ou économiques. Le thème des petits contre les gros est un fil rouge des mobilisations contre l’impôt mais ça ne suffit pourtant pas à en faire un énième mouvement poujadiste, car ce n’est pas la même morphologie sociale.

 

En 1953, ce sont des indépendants qui s’opposent à un nouveau mode de contrôle fiscal mis en place par l’administration. En prétendant fédérer les automobilistes, le mouvement des gilets jaunes s’adresse à un public très large et peut rassembler des catégories socio-professionnelles qui ne sont pas habituées à manifester ensemble, notamment des salariés subalternes et des petits indépendants. Cette alliance qui ne va pas de soi rappelle davantage les bonnets rouges, mais rassemble beaucoup plus largement dans tous les territoires où on ne peut pas se passer de la voiture.

 

  • Les gilets jaunes parlent des hausses de prix du carburant comme d’une goutte d’eau ayant fait déborder le vase. Pourquoi maintenant ?

 

Le carburant est un déclencheur d’un sentiment général d’injustice fiscale. L’idée qu’il y a trop de taxes et de prélèvements n’est pas nouvelle, elle existe depuis des années et elle a été nourrie par la succession des scandales fiscaux : il y a eu les affaires Bettencourt, Cahuzac ou Thévenoud, les Panama Papers, Paradise Papers et autre Luxleaks. Plus récemment, la quasi-suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune [ISF] a accentué l’idée que ceux d’en haut s’en sortent sans rien payer quand ceux d’en bas supportent tout.

 

Mais l’enquête statistique que j’ai menée dans le cadre de mes recherches sur un échantillon de 2 700 contribuables, révèle que c’est tout le rapport à l’Etat et aux services publics qui est aujourd’hui grippé. Paradoxalement, le sentiment qu’il y a trop d’impôt et de taxes est plus partagé dans les classes populaires, davantage bénéficiaires des politiques sociales, que dans les classes supérieures.

 

L’une des raisons est que les contribuables du bas de l’échelle sociale ne voient plus la contrepartie de ce qu’ils payent. Il n’est pas surprenant que le mouvement ait pris dans les zones rurales ou les villes moyennes : ce sont ces territoires qui ont pâti du recul et de la dégradation des services publics depuis plus de dix ans.

 

Ils ont vu partir les tribunaux, fermer les hôpitaux et disparaître les trésoreries. La contrepartie de l’impôt n’est plus tangible. Ils ont l’impression d’être prélevés pour entretenir le train de vie somptuaire des élites politiques.

 

Donc il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette contestation du système fiscal : il ne s’agit pas de revendiquer moins d’Etat. En cela, le mouvement actuel diffère du Tea Party apparu entre 2008 et 2010 aux Etats-Unis. Alors que le Tea Party était un mouvement libertarien, contre toute intervention de l’Etat fédéral, les Français sont encore très attachés aux services publics et au modèle de protection sociale.

 

Propos recueillis par Aline Leclerc

 

Lire Carburants : les raisons de la colère

A RÉDACTION D'ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES

16/11/2018

 

Samedi 17 novembre, les gilets jaunes seront de sortie. Pointant du doigt la hausse des prix des carburants et de la fiscalité, ces automobilistes mécontents ont-ils raison de se considérer comme des « vache à lait » ? Sont-ils frappés indifféremment ?

 

Est-il possible d’imaginer une fiscalité écologique sur les carburants qui ne soit pas punitive, à tout le moins pour les ménages les plus pauvres et pour toutes celles et ceux dont la voiture est l’unique moyen de locomotion pour aller travailler ? Qui sont d’ailleurs ces Françaises et Français qui empruntent le plus leur voiture ? Alternatives économiques est allé dénicher des graphiques inédits pour mieux cerner le phénomène. Ce dossier spécial compile également des pistes de solution et des analyses sur notre consentement à l’impôt.

 

ICI 

 

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commentaires

janluc bastos 19/11/2018 09:11

combien étaient-ils pour manifester contre les morts en méditerranée ?

pax 19/11/2018 07:40

Bravo, Taulier, de citer Alternatives Economiques qui, soit dit en passant, fonctionne en scoop. Ce point mérite d’être salué dans un monde ou tout est argent. Ils abordent les sujets avec «une neutralité bienveillante » gage de sérieux et savent, comme tu le soulignes, dénicher, graphiques et infos originales mais vérifiées et qui rangent les propos de la presse dépendante et des news réduits au format de catalogue de pub au rang de discours partisans qui ne trompent plus personne.
Jean Viard, sociologue spécialiste des territoires mais aussi du temps libre, mérite aussi d’être suivi, écouté et lu. Il a des explications sur les phénomènes actuels étayées et frappées au coin du bon sens mais qui bousculent les idées reçues. De ces explications découlent des actions qui, si elles ne sont pas prises en compte sont inquiétantes pour l’avenir et retardent d’autant l’avenir de ce nouveau monde qui nous a été annoncé.

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