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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 07:00
Éric Holder, dans Bella Ciao : « Pour vivre, il trouve un contrat de 100 jours chez Franck Pottier qui « fournit depuis 1968 le prestigieux domaine de M, en carassons, des piquets de vigne. » dans le Médoc

Les Pottier sont aussi propriétaires du château Cantara un « cru artisan » qui ambitionne à la qualification de « cru bourgeois »

 

Myléna en avait assez. Je n’ai pas attendu qu’elle me largue, c’est moi qui suis parti. Au bord de l’océan, pour en finir. Quand j’ai repris pied sur le rivage, j’étais dessoûlé, nu comme une bête et ne possédais plus rien. Passé un rideau de pin, on voyait des vignes. J’y ai trouvé un emploi d’ouvrier agricole. Franck ne m’a pas épargné, avec lui on ne prend guère de gants. Les mains deviennent comme des pelotes d’aiguilles. J’ai continué à boire. J’ai appris cependant à travailler sans relever la tête. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, s’il y a un espoir au bout. Le mien était de regarder mes enfants en face. Et de reconquérir ma belle.

 

 

C’est une vieille chronique du 2 octobre 2009

 

Les mots du travail de la vigne : les oubliés de la vigne ... qui me semble aller comme un gant avec la précédente.

 

« Sur les carassons, ou échalas, courent des fils de fer tendus, le maillage sur lequel la vigne va croître. Autrefois en vaillant bois d’acacia, à présent en pin, les piquets doivent être souvent remplacés. C’est par milliers que chaque année, au milieu de l’automne, la vendange achevée, le domaine de M. en commande à Franck. »

 

« Franck me montra la Renault Express qu’il me confiait, un véhicule utilitaire chargé d’une brouette, d’un tas d’outils d’où dépassait le manche d’une pelle, et des centaines de pieds de vigne à complanter.

 

Complanter, c’est remplacer, dans les allées, les ceps qui, pour une raison ou pour une autre, ont péri. Beaucoup de cabernet sauvignon, un peu de merlot, du petit verdot, voilà un des secrets du château Cantara.

 

« La vigne est constituée d’un réseau de fil de fer à plusieurs niveaux, dans lequel nous enfouissons les mains, le maillage, donc. On a vu la foudre, empruntant ce chemin, griller l’employé comme tranche de lard dans la cheminée »

 

« Les parcelles de vigne, parfois situées à des kilomètres les unes des autres, portent des prénoms de femmes. Laurence, Béatrice, Marlène... »

 

« Une autre fois, il me montre un aste (courson) élevé en arceau. Des feuilles nouveau-nées, rose fuchsia, translucides, le transforment en diadème barbare, scintillant dans l’humidité de l’aurore. »

 

« Franck a trois autres ouvriers. J’entends qu’il leur dicte des ordres, sur son portable. Certains taillent – nous sommes fin février –, un autre acane, c’est-à-dire attache, avec des liens blancs, les astes au maillage. Ce boulot est réservé aux filles, qui ont des doigts plus fins. Je trouve dans les vignes des traces de leur activité, sans les croiser cependant. 

 

-         Moi aussi, j’aimerais bien tailler...

 

-         Laisse tomber, dit-il avec tant de fermeté que je comprends qu’une partie de la récolte serait compromise »

 

« Dans la vigne est venu le moment d’espourguer, d’épamprer, un travail minutieux qui consiste à ôter des astes les bourgeons prétentieux. Les quelques-uns que nous laissons, à certains emplacements, s’appellent des cots. Ils pousseront en branches »

 

« À l’automne précédent, après la vendange, ont été descendus les deux fils de fer sous lesquels le raisin poussait. Avec l’apparition du feuillage et de minuscules grappes, il faut les remonter, les tendre entre eux au moyen d’agrafes. L’opération est appelée « relevage »

 

« Nous relevons côte à côte, alternativement à droite et à gauche, chacun s’occupe de deux rangs. Eux finissent toujours les premiers. Quoi que je fasse – tâchant d’imiter leurs gestes sûrs, l’autorité avec laquelle ils ramassent d’un coup le feuillage sur les fils –, je patauge en arrière. Ils terminent chaque fois mes rangs, s’en excuseraient presque »

Simple, la langue d’Eric Holder reste toujours empreinte d’une grande poésie qui fait doucement rentrer son lecteur « dans une dimension différente du temps, celle de trouver des formes aux nuages, d’isoler des chants d’oiseaux, de poursuivre une rainette, tandis que les villes vont au train qu’on leur connaît ». Il a ce talent de faire naître tout un monde, une atmosphère, d’un détail, un coin de ciel « délayé de lait », le motif d’un foulard « cher aux peintres préraphaélites anglais » ou une odeur « d’enfants aimés, de mimosa, de vanille, de lys ».

 

Parfois un peu trop elliptique et souffrant par moment d’un léger manque d’aspérités, Bella Ciao reste néanmoins le très élégant et court récit d’un morceau de vie en forme de résurrection. Fut-elle à la dure.

 

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commentaires

pax 20/09/2018 07:24

Tu charges la barque ce matin,triste Taulier.Tu files le train à Cesbron ou Vandermeersch chantres du petit peuple oublié de l'histoire.Tu te le permets penses tu car cette dernière journée de grand beau temps annoncé serait de nature à nous faire mieux supporter de tels tableaux. Pour moi il n'en est rien, je n'ai jamais adhéré à ce mensonge hypocrite clamant que la misère serait moins pénible au soleil. Bon, le temps de changer de mouchoir et vais me recoucher. Dieu voulant, dieu aidant,a demain avec un peu moins de bon temps et des chroniques " ensoleillées".

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