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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 07:00
Azélina Jaboulet Vercherre d’1 plume vive et acérée « Osez toutefois intimer votre désaccord à certains haltérophiles du goût lorsqu’ils menacent de vous emporter dans leur chausse-trappe majeure : l’affluence d’informations imbuvables. »

J’avoue : ils me saoulent !

 

Qui ?

 

« Certains  spécialistes du vin, thuriféraires du « tout arôme »

 

« … qui nous abreuvent d’arômes de roses et de pivoines, parfois dans les variantes séchées et, pour les légumes, concassées, rôties ou braisées. Abondance de biens nuit parfois : ces descriptifs nous rappellent assez peu le vin et frisent le dogmatisme. »

 

 Azélina Jaboulet Vercherre est bien gentille, je penche plutôt pour le pédantisme.

 

Sur Twitter, une communicante, s’esbaudit, nous tartine une « explosion de pivoine et de fruits noirs », ça fait genre, prétentieux et creux. Mais bon ça plaît aux clients.

 

Moi ça me gonfle grave.

 

Et, comme le hasard est mon allié, j’ai cherché dans ma pile de livres non-lus et j’y ai trouvé l’opus d’Azélina Jaboulet Vercherre : Le vin, entre nature&culture chez Féret 2016 service de presse. Je le feuillette, en lecture diagonale rapide et je trouve mon bonheur.

 

 

Petite remarque en passant, avoir le privilège d’associer un prénom rare et un nom connu c’est un sacré privilège dans la vie que l’on vit. Ceci écrit ça n’enlève rien aux mérites d’Azélina Jaboulet Vercherre.

 

Voici un petit aperçu de sa plume vive et acérée.

 

« Certains  spécialistes du vin, thuriféraires du « tout arôme », s’évertuent à décortiquer les vins comme s’ils étaient issus d’essences parfois bien curieuses. Ces dernières décennies ont en effet vu naître un fascinant engouement pour les recherches de notes confiturées, beurrées, briochées (ambiance petit-déjeuner, avec option de transfert du buveur beurré à son breuvage, de bon matin), tabagiques ou zoologiques (certains vins sentiraient même la fourrure), florales (variant de la fleur blanche fraîche à la pivoine séchée), mycologique (donnant dans l’organisme biologique haploïde sans chlorophylle et hétérotrophe appelé champignon), empyreumatiques (résultant du brûlage des douelles assemblées en fûts) ou carbonifères, amyliques (il paraît que certains vins sentent le vernis à ongles et que dans ce cas c’est un défaut – sans blague), hespérides (pour un zeste de mythologie) ou lithiques (le plus souvent qualifiées de « minérales ». Sucer des cailloux à l’apéritif est peut-être une bonne base de régime hypocalorique).

 

L’arôme de « pierre à fusil » présente une difficulté supplémentaire puisqu’elle nécessite une association perceptive pacifique, tandis qu’une aspiration « cristalline » emmène vers une étude de biologie moléculaire.

 

La géologie éclaire la notion de typicité des vins en fonction du terroir. Difficile cependant, pour la plupart d’entre nous, d’avoir couramment recours à ce savant terreau pour qualifier ce qui se trouve dans un verre, tant les strates dont la succession forme la « terre de vignes » sont nombreuses et leur superposition complexe. Plus troublant encore : les substances odorantes composent le vin (comme les aliments) par centaines de molécules.

 

La richesse lexico-sémantique complique le discours, que l’on appelle alors jargon. Indispensable à la précision du discours, il est généralement incompréhensible pour quiconque se trouve à l’extérieur des cercles d’initiés : trop  de technicité le défie. Voilà qui sert la réflexion des spécialistes nourrit la langue française et rend parfois justice aux crus dont la grandeur est  difficile à décrire avec de simples mots du langage courant. Le maniement de ces notions par de très estimables experts du vin, fruit de la vertueuse alliance du talent et du travail, a de quoi séduire les connaisseurs par la discipline requise. Les plus brillantes personnalités en la matière sont de véritables virtuoses, œuvrant à la connaissance des meilleurs vins et à l’épanouissement de leurs adeptes. Il arrive que des arômes se dessinent clairement dans votre esprit.

 

Cette évaluation suivant votre profil sensoriel s’explique par l’analyse scientifique.

 

Osez toutefois intimer votre désaccord à certains haltérophiles du goût lorsqu’ils menacent de vous emporter dans leur chausse-trape majeure : l’affluence d’informations imbuvables. Il arrive que de telles envolées complexent inutilement l’amateur de vin en l’assommant de concepts bizarres, soulignant ainsi à mauvais escient son illettrisme en la matière. Les débauches de termes maraîchers, cuisiniers, tabagiques ou forestiers tendent à irriter certains viticulteurs qui peinent à les associer à leurs soins patients et passionnés. Les buveurs n’y retrouvent pas non plus leur nez lorsque la corne d’abondance de la métaphore aromatique s’étend jusqu’aux connotations métalliques flirtant avec de surréalistes bananes molles. L’intérêt d’employer des mots que l’on ne connaît guère ou que l’on situe mal dans son contexte sensoriel est au mieux aléatoire, quand la surabondance de termes juxtaposés de manière hétéroclite ne mène pas à des associations répugnantes sur fond d’éponge en daube u sous-bois dormant. Franchement, avez-vous souvent une envie incoercible de trouver du cuir mijoté aux épices relevées de notes miellées et herbacées dans votre vin ? Que le soulier rissolé reste un hommage à Chaplin : inutile de suivre sa recette pour en faire un mets – ou, pire encore, un vin.

 

Le spectre de la caricature guette le débutant lorsqu’il veut singer ces professionnels en étalant une quantité de bouquets trop importante pour son univers sensoriel – et conceptuel – propre. Les colonnes destinées aux néophytes ont fini par être touchées par cette taxinomie perturbante. Que faire de tous ces savants mots, concepts, échantillons et banques d’arômes dont regorgent les comptes rendus de dégustation ?

 

Le passage du cercle professionnel au monde profane se fait aujourd’hui sans décodage.

 

Plutôt que de nous en lamenter, reconnaissons le désir de classifier comme un trait humain traditionnel. Tâchons simplement d’esquiver le péril principal : sa capacité de nuire au plaisir de l’amateur. Il lui appartient d’établir son vocabulaire à la mesure de ses ambitions. Les initiés montrent la route ; les profanes sont libres d’en suivre les méandres analytiques – ou non.  

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commentaires

pax 17/09/2018 17:38

Chronique qui renvoie au " Qu'est ce que boire" de François Caribassa signalé et recommandé il y a peu par le Taulier. Moi, ces collectionneurs d'équivalences vins/arômes me gonfle. Que de salamalec avant de porter le verre à la bouche. Je les déteste comme l'autre n'aimait pas le femmes qui couchent le premier soir car il faut attendre tout l'après midi.
Même chose pour les " tout terroir " et ce mot minéralité à la mode mis à toutes les sauces et qui veut dire tout et son contraire.
Il serait temps qu'on s'organise et que l'on crée des groupes recherchant le nez des cépages dans les fleurs et autres porteurs d'arôme. Ouvrez une banane, bon sang mais c'est bien sur ...cela sent le gamay !

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