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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 09:10
1 vigneron d’1 région où l’on ne peut plus boire l’eau du robinet répond à  Emmanuel Ferrand et à Marion Sépeau Ivaldi « Pauvre Galilée ressorti à toutes les sauces, pauvre martyr de l’obscurantisme... La religion hier, aujourd’hui, cet âne de citoyen. J’ai du mal à placer Monsanto au même niveau que Galilée... »

Avant de lire ce qui suit pour ceux qui ne l’aurait fait consulter ma chronique du 18 août 2018

 

Haro sur les consommateurs, la FNSEA et ses séides Marion Sepeau Ivaldi et Emmanuel Ferran montent au créneau pour défendre Monsanto : ils nous disent quelle est la vraie guerre à mener…

ICI 

 

Encore un « c’est pas moi c’est lui » qui ne fait rien avancer, au contraire. Oui, il y a une guerre à mener, et elle est peut-être déjà contre notre attitude vis à vis des traitements : prendre comme excuse que l’autre salit aussi pour ne pas bouger est de l’aveuglement, pas de la raison.

 

D’ailleurs en parlant de raison.  «… le déploiement de la technologie et de l’innovation pour que chaque décision technique soit fondée sur un raisonnement scientifique ». 

 

Ça me fait doucement rire ce genre de phrases ronflantes, qui servent aussi d’excuse.  Joli mélange de concepts qui échappent en grande partie, dans l’enthousiasme de sa croisade, à cette pauvre éditorialiste : technologie, technique, science, tout cela mélangé dans une seule phrase.

 

Bravo, belle maîtrise des éléments de langage ! 

 

Mais est-ce que cela apporte une information ?

 

Une idée ?

 

Que nenni, as la moindre.  Elle duplique juste, en plus policé disons, le : «Alors foutez nous la paix !! et faites-nous confiance !! » d’Emmanuel Ferrand. Mais la teneur est bien la même, mais en pire presque : Circulez, il n’y a rien à voir, nous on sait, c’est fondé car c’est scientifique.

 

Mais c’est le début de quoi comme discussion ?

 

La demande de ses concitoyens est un élément majeur à intégrer dans une réponse technique, ce qui nous éloigne fort heureusement du diktat scientiste de Mme Marion Sépeau Ivaldi.

 

Pauvre Galilée ressorti à toutes les sauces, pauvre martyr de l’obscurantisme... La religion hier, aujourd’hui, cet âne de citoyen. J’ai du mal à placer Monsanto au même niveau que Galilée... Je dois me forcer. La science a du bon, elle nous apprend déjà le doute, et si je me souviens bien de mes cours de philo, le cardinal  Bellarmin lui reprochait déjà de présenter l’héliocentrisme comme la seule vérité. 

 

Mais de ce débat fondateur au glyphosate, victime de la vindicte « politique médiatique », il y aurait comme un amoindrissement, non ?

 

On a les controverses philosophiques qu’on mérite.  Mais ce succédané de débat manque la question de fond, qui est celui de notre modèle de production, fondé sur les traitements.

 

Traitements en général, qu’il soit chimique ou bio et un éditorial d’une revue avec un minimum d’ambition aurait été de poser la question à ce niveau : le modèle de production convient-il  encore à la société ?

 

Pour répondre aux propos douteux de M. Ferrand sur 45, il nous sera peut être reproché demain d’avoir été complice d’un empoisonnement. Le contrat social n’est plus le même, il faut faire avec.  Cherchons la réponse, elle sera à terme tout aussi raisonnable et scientifique.

 

 

En Bourgogne, le micmac aquatique d’Etais-la-Sauvin

 

Depuis près de deux ans, les habitants de la commune doivent se passer d’eau courante. En cause : une présence trop importante de pesticides dans la nappe phréatique.

 

Par HENRI SECKEL Étais-la-Sauvin (Yonne), envoyé spécial

 

On peut manifestement vivre sans eau courante, les 840 habitants d’Etais-la-Sauvin y parviennent depuis bientôt deux ans. Il y a bien de l’eau aux robinets de ce village de l’Yonne situé à quarante kilomètres au sud d’Auxerre, mais on n’a pas le droit de la consommer, ordre de la préfecture, qui a donc contraint la mairie à fournir de l’eau en bouteille en quantités industrielles. Evidemment, cela complique un peu l’existence.

 

Au seul restaurant du bourg, le patron dilue son pastis dans de la Cristaline, fabrique ses glaçons avec de la Cristaline, fait bouillir sa potée auvergnate, spécialité de la maison, à la Cristaline. A la boulangerie, éclairs et mille-feuilles sont préparés à la Cristaline. Dans les foyers, on lave la salade à la Cristaline, la tétine du bébé aussi, et les enfants prennent des douches plutôt que des bains, pour éviter d’ingurgiter trop d’eau courante.

 

Impossible, pourtant, de faire respecter l’interdit préfectoral à 100 %. A l’Ehpad, les soixante-dix résidents avalent une soupe à la Cristaline, mais ceux atteints d’Alzheimer oublient qu’on leur a dit de ne pas boire l’eau du robinet. Dans les jardins, on ne peut pas remplir les piscines gonflables de Cristaline, alors, quand les bambins boivent la tasse, c’est de l’eau courante. Quand on est lassé de se laver les dents à la Cristaline, on les rince normalement, même si c’est défendu.

 

De toute façon, une bonne partie des citoyens d’Etais passent outre la consigne de la préfecture, à commencer par le premier d’entre eux : « Moi, j’ai toujours bu l’eau du robinet », dit fièrement le maire, Claude Macchia, qui n’a pas l’air particulièrement mal en point du haut de ses 71 ans. Et qui, aujourd’hui, ne prend pas de risque, car l’eau courante, interdite à la consommation, est en fait… potable. Voilà où l’on en est de cet absurde micmac aquatique au cœur de la Bourgogne, à mi-chemin entre querelles de clochers dérisoires et enjeux sanitaires, commerciaux et sociétaux majeurs.

 

L’eau, enjeu hautement symbolique

 

Point de départ de cet imbroglio d’une complexité formidable : le 16 octobre 2016. Une analyse de la nappe phréatique d’Etais-la-Sauvin, menée par l’Autorité régionale de santé (ARS) de l’Yonne, y révèle la présence trop importante de plusieurs pesticides, notamment le métazachlore, utilisé pour la culture du colza. Principe de précaution : la préfecture interdit dès lors la consommation de l’eau – uniquement pour les femmes enceintes et les nourrissons par périodes, pour toute la population la plupart du temps.

 

Que faire ? Construire une unité de traitement pour assainir l’eau de la nappe phréatique ? La municipalité n’en a pas les moyens. Se raccorder à la Fédération des eaux Puisaye-Forterre, réseau local mieux équipé qui alimente déjà vingt-sept communes alentour ? Hors de question pour le maire de renoncer à sa ressource, garantie d’une eau à un prix imbattable, et enjeu hautement symbolique : « Notre réseau date du début des années 1960. Avant, on devait tirer l’eau du puits, et on se lavait dans un grand bac, à l’éponge. La première douche que j’ai prise, j’avais 14 ans, j’en aurais pleuré ! Subitement, on ouvrait le robinet, et il y avait l’eau sur l’évier, vous vous rendez compte ? Mais c’est merveilleux ! Mon pépé et mon frère ont fait les tranchées à la pioche pour mettre l’eau ici, et aujourd’hui, tout est balayé d’un coup de crayon. Ça fait mal. Nous avons toujours eu de l’eau saine, et maintenant nous sommes pollués par les pesticides. »

 

Ces pesticides, d’où viennent-ils ? « A 98 % », assure Claude Macchia, de chez un certain François Durand : « C’est un agriculteur qui habite sur la commune voisine, dans le département de la Nièvre [une route tient lieu de frontière avec l’Yonne]. Il traite ses champs, en toute légalité certes, mais ses eaux arrivent dans notre captage. C’est aussi simple que ça. »

 

Il suffirait donc de le convaincre de passer au bio, ou d’envoyer l’eau de ses champs ailleurs ? « Mais ça ne vient pas de chez moi, répond calmement M. Durand. Le maire se trompe de cible, j’en ai assez de cette instruction à charge. » L’agriculteur estime qu’il paie la « jalousie » que suscite son vaste domaine, et le fait qu’il ne soit pas étaisien : « C’est plus simple d’incriminer quelqu’un d’ailleurs. » Il a « la preuve absolue » que ce n’est pas lui : « Une étude a été confiée en 2017 à la chambre d’agriculture de l’Yonne pour déterminer l’origine des pesticides. Pourquoi les résultats n’ont-ils jamais été publiés ? »

 

Ils le seront le 18 septembre, assure-t-on à la chambre d’agriculture où, en attendant, on estime que « M. Durand ne peut être tenu pour unique responsable. L’ensemble des parcelles situées sur le bassin d’alimentation du captage est concerné par un risque de transfert, vers l’eau du captage, des molécules utilisées par les agriculteurs. » Traduction : dans la nappe phréatique d’Etais-la-Sauvin arrive aussi l’eau des champs de plusieurs agriculteurs d’Etais-la-Sauvin, qui utilisent du métazachlore. Or, six agriculteurs siègent au conseil municipal du village. Ainsi, et l’ubuesque confinerait là au scandaleux, il n’est pas impossible que des élus d’Etais-la-Sauvin « polluent » l’eau d’Etais-la-Sauvin…

 

« Sujet qui fâche »

 

« On évite d’en parler au conseil municipal, c’est un peu le sujet qui fâche », admet Nicolas Gauthier, l’un des six agriculteurs élus – pas sur la liste du maire, en ce qui le concerne – qui précise que ses champs ne se trouvent pas sur le bassin-versant dont les eaux s’écoulent vers la nappe phréatique. « La première fois qu’on a entendu parler de ça, je me suis dit que nous, les agriculteurs, allions sûrement avoir des problèmes, qu’il y aurait des parcelles qu’on n’aurait plus le droit de cultiver, etc. Mais non. On nous a dit “c’est en vente libre, c’est légal, vous pouvez continuer à travailler”. »

 

« Vu les doses détectées par les analyses, ça ne peut pas être que M. Durand. On pollue notre eau nous-mêmes ! », s’étrangle Rémy Moulin. Cet agriculteur bio, qui ne siège pas au conseil municipal, a un jour suggéré que tout le monde abandonne les pesticides, afin de retrouver une eau saine : « Je n’ai reçu que des sourires moqueurs, et un agriculteur qui est un élu m’a dit “t’as qu’à faire comme nous, bois du rouge.” »

 

Bannir les pesticides : seul l’Etat pourrait prendre cette décision compliquée, contraire aux intérêts économiques des agriculteurs – rendement moindre – et, à plus grande échelle, de la France – exportations moindres –, sans même parler de ceux de l’industrie phytosanitaire. « D’accord, mais enfin, il faut savoir quelle société on veut, soupire Philippe, Etaisien depuis une vingtaine d’années. Une autre agriculture doit être possible. C’est important l’eau, quand même, non ? »

 

Ça l’est tellement que Claude Macchia a tout de même fini, à contrecœur et contraint par la préfecture, par accepter d’être raccordé au réseau de la Fédération des eaux Puisaye-Forterre, le temps de trouver une solution pour débarrasser son captage des pesticides. Depuis début juillet, une eau certifiée conforme par l’ARS arrive donc au robinet des habitants. Qui n’ont pourtant toujours pas le droit de la boire.

 

Le problème se niche cette fois dans les tuyaux vétustes du réseau d’Etais-la-Sauvin. Plus de la moitié de l’eau (propre) qui y circule se perd dans la nature en raison de fuites, à cause desquelles « la Fédération n’est pas en capacité d’alimenter Etais à 100 % », assure la préfecture, car, « si la Fédération alimentait Etais en totalité, ce sont les communes en bout de réseau qui n’auraient plus de pression à leur robinet ». Dans ces conditions, la préfecture redoute que le maire ne rouvre les vannes de son eau au métazachlore, et maintient donc son interdiction.

 

De son côté, la Fédération des eaux Puisaye-Forterre dément : « On peut sans problème alimenter Etais à 100 %. C’est un argument que met en avant la préfecture pour faire pression sur la commune d’Etais. » Et l’obliger à refaire sans traîner ses quarante kilomètres de tuyauterie souterraine, voire à renoncer à sa souveraineté sur la gestion de l’eau – qu’il faudra de toute façon abandonner en 2026. Claude Macchia promet que les travaux seront bouclés avant 2019. Cela mettrait fin à une situation qui, pour saugrenue qu’elle soit, n’est pas unique : selon l’ARS, « une quinzaine de communes sont concernées par des interdictions d’eau », rien que dans l’Yonne. Où l’on n’a pas fini de boire de la Cristaline.

 

Par HENRI SECKEL Étais-la-Sauvin (Yonne), envoyé spécial

 

Publié Hier à 05h20

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commentaires

Henri 22/08/2018 08:20

A Ferrals-les-Corbières on ne pourra bientôt plus boire ni d'eau ni de vin. Le projet d'usine de bitume a été validé par les maires de Lézignan-Corbières et de Ferrals qui se contrefoutent de la production vinicole.
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