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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Mais nous ne faisions rien dans son bureau à l’ambassade. Vous faisiez quoi alors ? Je lui donnais des cours de français. (135)

Estomaquée mais enfin silencieuse, Jeanne tendait deux tickets au contrôleur du tramway. Benoît l’entraînait au milieu du wagon. Elle s’asseyait en tirant sur son bout de jupe droite. Il se penchait vers elle raide comme la justice pour lui murmurer à l’oreille « Rassurez-vous, je ne baise qu’avec consentement » Elle lâchait entre ses belles dents « Goujat ! » Benoît lui prenait la main « C’est la seule thérapie que j’ai trouvé pour lutter contre votre panique. Désolé ! » Il sentait sa main moite frémir et, sourcils froncés, elle retrouvait un peu de sérénité : « Vous êtes vraiment désolé ? » Il lui caressait la joue « Mais oui je le suis la belle mais l’heure n’est pas, selon votre expression, à jouer les jolis cœurs. En peu de mots dites-moi ce qui vous est arrivé à l’ambassade ? » Inquiète de nouveau Jeanne jetait un regard circulaire pour s’assurer qu’aucune oreille ne trainait près d’eux. Elle inspirait une bouffée d’air. Le tramway s’immobilisait. Deux policiers en uniforme montaient. Jeanne frémissait. Il l’attirait vers lui. Elle se laissait aller. « Ne vous inquiétez pas, ces deux-là ne sont au courant de rien. Dites-moi tout pour que je puisse valider la petite idée qui me trotte dans la tête. » Benoît sentait le gras de sa cuisse se presser contre la sienne. Son érection fut immédiate. Jeanne dans un souffle murmurait « Vous avez un plan pour me sortir de là ? » Il opinait.

 

-         Wladimir s’est tiré une balle dans la tête.

-         Qui est Wladimir ?

-         Mon amant.

-         Mais encore ?

-         Le premier secrétaire de l’ambassade d’URSS à Berlin.

-         Vous l’avez connu comment ?

-         Lors d’un tournoi de tennis.

-         Où ?

-         Ici.

-         Et comment ça s’est passé ?

-         Dans les vestiaires.

-         Ok, mais après...

-         Il m’a délivré un sauf conduit et je le rejoignais à l’ambassade.

-         Etrange comme procédure...

-         Pourquoi parlez-vous de procédure ?

-         Il était marié ?

-         Je suppose que oui.

-         Ça ne vous a jamais étonné qu’il affiche sa liaison avec vous de façon aussi ostensible à l’ambassade ?

-         Mais nous ne faisions rien dans son bureau à l’ambassade.

-         Vous faisiez quoi alors ?

-         Je lui donnais des cours de français.

-         Vous plaisantez...

-         Non, je lui enseignais vraiment le français et sa secrétaire assistait à mes cours.

-         Mais alors, vous faisiez ça où et quand ?

-         Chez moi.

-         Chez vous, à l’Ouest...

-         Oui.

-         Comme c’est étrange...

 

« Votre Wladimir voulait passer définitivement à l’Ouest... » Jeanne se crispait. Benoît lui serrait très fort le poignet : « L’heure n’est pas aux cachoteries. Dites-moi tout ce que vous savez ! » Elle soupirait « Mais je ne sais rien... Wladimir n’était pas très bavard... » Benoît changeait de pied pour la déstabiliser « À votre avis, pourquoi s’est-il suicidé ? » Sa réponse le laissait pantois « Qui vous a dit qu’il s’est suicidé ? » Il ricanait « Vous ! » Butée elle répliquait « Wladimir n’était pas homme à se tirer une balle dans la tempe ! » Furibard il la tançait « Alors, donnez-moi votre version... » Jeanne fronçait les sourcils et lâchait, comme à regret, « Ce sont ses créanciers... » Le déstabilisé c’était lui « Ses créanciers, quels créanciers ? » Elle minaudait « Ceux à qui il empruntait de l’argent... » La moutarde lui montait au nez « ça suffit, crachez-le morceau, le temps presse ! » Jeanne tirait un petit mouchoir pour se tamponner les yeux. « Vous n’allez pas pleurnicher ! » Elle se cabrait « Non, dès que je suis contrariée je fais de la conjonctivite. » Benoît éclatait d’un petit rire nerveux « Pas possible, vous êtes contrariée, mais qu’est-ce qui peut bien vous contrarier ? Moi ?» À son grand étonnement elle posait sa tête dans le creux de mon épaule en chuchotant « Bien sûr que non, je vous trouve formidable... Vous avez des nerfs d’acier... Un peu comme Wladimir...» La comparaison l’emplit cette fois-ci d’une réelle hilarité. « Jeanne nous sommes à Berlin-Est, moi sans sauf-conduit, vous, si je puis dire, vous avez un macchab sur les bras, et vous ne trouvez rien de mieux à me dire que je suis superman. Nous nageons dans le bonheur. Pourquoi votre beau Wladimir avait-il des dettes ? » La réponse fusait « Il jouait ! » Les neurones de benoît opéraient une connexion rapide. « Au poker ? » Elle opinait. « Où ? » Elle murmurait « au consulat ». Tout devenait limpide. Il vérifiait son intuition : « Ses partenaires : des américains, sans doute... » Elle hochait la tête.

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