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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H il verrait un grand type en uniforme vert-de-gris la défaire avec frénésie. (133)

« Mais qu’est-ce que fichait ici cette belle tige ? » Reprenant ses esprits il abandonnait son vélo le long d’une palissade de chantier pour lui emboîter le pas. Marcher avec des talons aiguilles est un art, une esthétique qui ne va bien qu’aux déjà grandes. Celles qui veulent se hausser, tricher, ne font que se dandiner telles des dindes ridicules se promenant au milieu des flamants roses. Jeanne, avec ses abdos en béton de tenniswoman, enchaînait ses courtes foulées avec une fluidité qui conférait aux ondulations de sa croupe ferme un tangage harmonieux. Comme pour ajouter à la difficulté, la mâtine, portait une jupe droite étroite qui limitait l’allonge de ses compas. Toutes autres que la belle Jeanne, eussent sautillé, se serraient tordues les chevilles sur un macadam inégal, empli de nids de poules, auraient perdues de leur superbe. Elle altière, le buste projeté, le menton tendu sans arrogance, déjouait tous les pièges et filait vers le quartier des ambassades. Benoît laissait entre eux une belle distance afin de ne pas se faire repérer. Son avantage c’est qu’à aucun moment elle ne pouvait l’imaginer présent à Berlin-Est. À plusieurs reprises, alors qu’elle attendait aux feux tricolores pour traverser une avenue, en se plaçant dans un angle mort, il pouvait l’observer de profil. Souriante, à peine maquillée, les deux premiers boutons défaits de son corsage blanc donnaient à sa poitrine exposée une candeur mystérieuse. Pour lui, il ne faisait aucun doute elle se rendait à un rendez-vous galant.

 

Même si ça peut paraître étrange cette perspective le portait au plus haut point d’ébullition. Elle éveillait en lui l’instinct de voyeur. Son imagination carburait à plein régime. Il la voyait entrer dans un grand hôtel. Monter dans une chambre où l’attendrait un hiérarque du régime. Il soudoierait le portier et la suivrait. À l’étage il volerait un passe pour se glisser dans la chambre voisine. Avant même que les deux amants aient eu le temps de s’étreindre il aurait enjambé tous les obstacles pour se retrouver sur le balcon. Bien sûr la porte-fenêtre serait entre-ouverte et le vent gonflerait légèrement les rideaux. Sous cette protection illusoire il verrait un grand type en uniforme vert-de-gris la défaire avec frénésie. D’abord le corsage d’où jailliraient ses seins qu’il désenclaverait d’un geste sec. La fermeture-éclair de la jupe droite filerait le long de sa hanche laissant jusque ce qu’il faut d’espace pour que le cylindre de tissu entame une descente au long de ses cuisses gainées de soie couleur chair. L’émotion l’étreindrait face au spectacle de Jeanne, debout, poitrine nue, en porte-jarretelles prête à subir l’assaut de son amant. Celui-ci lui intimerait l’ordre d’ôter son petit slip de dentelle. Elle s’exécuterait avec grâce dans une gestuelle lente qui offrirait à Benoît la vision sublime de ses fesses hautes. Il en tremblait de désir. Oui il la prendrait en levrette, offerte à son va-et-vient asynchrone de type ridicule avec son pantalon tire-bouchonné sur ses chevilles. Il enrageait. Jeanne se faisait poissonnière, charretière, exhortait son étalon à plus de vigueur, le suppliait de la réduire à l’état de putain. Imperceptiblement Benoît s’était rapproché d’elle et il ne s’aperçut même pas qu’ils se trouvaient face à une grille encadrée par deux guérites où deux factionnaires, munis de kalachnikov, arboraient sur leurs casquettes et leurs uniformes l’étoile rouge de l’Union Soviétique

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