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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige (138)

Emma avait fait entrer le petit rouquin qui s’empiffrait de gâteaux en buvant un soda. Benoît fit part de mon marché avec lui. Emma s’expliqua en allemand avec le gamin qui, le nez dans la crème, l’écouta sans broncher. Pour elle il valait mieux que ce soit elle qui s’occupe de l’acquisition du fameux ballon car la détention d’un aussi gros billet vert par un gamin éveillerait les soupçons et le risque était grand que la police politique remonta la filière. Benoît en convint en ajoutant qu’ils désiraient aussi que les risques qu’ils prenaient pour eux aient une contrepartie. Emma se récriait « Si vous voulez que Conrad vous fiche à la porte proposez-lui vos dollars. » Le dit Conrad plongé dans l’observation attentive des genoux de Jeanne restait de marbre. Quand Benoît lui communiqua le numéro de Sacha il fronçait les sourcils et se récriait « Mais c’est le préfixe des numéros du 103 de la Ruschestrasse. Qu’est-ce que vous voulez au juste ? Me compromettre ? Qu’est-ce qu’un vieux débris comme moi peut-il encore gêner ? Vous êtes qui ? » Benoît soupira « Un agent dormant des services français... » Conrad branlait sa belle tête « Mais alors qu’est-ce que vous foutez ici en cavale ? » Jeanne prenait les devants « C’est à cause de moi ! » Cette seule déclaration rassurait le vieil homme qui se levait en enjoignant Benoît de le suivre « Venez ! Votre ami il mange à quel râtelier lui ? » La réponse de Benoît ne parut pas le surprendre « Il n’en sait rien lui-même... »

 

Sacha au téléphone fit l’âne qui veut avoir du foin, il se rua avec complaisance dans l’histoire de réponse à sa demande d’acquisition des œuvres complètes de Lénine. Pour ne pas éveiller les soupçons d’éventuelles et quasi-certaines grandes oreilles l’entretien fut assez bref. Sans que Benoît ait la peine de le lui demander Sacha lui fixait un rendez-vous à l’Alte Nationalgalerie sur l’île aux Musées pour le lendemain à l’heure du déjeuner. Y aller présentait le risque de se voir contrôler mais Conrad auprès de qui il s’en inquiétait le rassura illico « La clandestinité je connais » et il entraînait Benoît à l’étage dans son bureau encombré de livres et de piles de paperasses recouvertes de poussière. « Donnez-moi vos papiers d’identité ! » S’asseyant derrière sa table sous une lampe très puissante, avec un soin d’horloger, Conrad entreprenait l’extraction de la photo du passeport de Benoît. Toujours méticuleux et précis, penché sur son ouvrage, il indiquait qu’il allait lui établir un passeport de la République algérienne démocratique et populaire. « Pour vous ça présentera un double avantage : d’abord celui de la langue, vous pourrez vous exprimer en français ou en anglais sans que les nombreux gardes-chiourmes qui ne manqueront pas de vous contrôler s’en étonnent, ensuite vous bénéficierez du fait que dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige. Deux précautions valent mieux qu’une. En plus avec vos cheveux frisés et votre teint mat ça n’éveillera aucun soupçon... » Benoît était bluffé mais il s’inquiétait « Et Jeanne ? » Conrad sans lever le nez lui rétorquait « Elle sera votre femme, une bonne musulmane dont nous pourrons camoufler la beauté par trop occidentale sous un beau foulard et des vêtements bien amples... »

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