Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 06:15
« Boire a été rabaissé à un acte social et économique, provoquant des injonctions hygiéniques dont le but déclaré est la préservation de l’équilibre de la Sécu. Pour le dire clairement, je me fous de la santé publique. Cette santé-là n’est qu’une affaire de statistiques pour laquelle les corps ont la minceur d’unités arithmétiques »

Dans une tribune publiée par le quotidien Le Figaro le vendredi 13 juillet, 64 châteaux et domaines dénoncent « la transformation d'un produit d'excellence distribué dans le monde entier en un bien délictueux à travers l'apposition de pictogrammes mortifères sur les femmes enceintes et les mineurs ».

 

« Comment, pouvez-vous nous demander, Madame la Ministre, de sacrifier tout ce travail et cette réputation en imposant sur nos étiquettes une image de peur, conçue pour faire peur ? »

 

« Ce n'est pas avec des pictogrammes répressifs sur les étiquettes de nos vins que vous résoudrez le problème sérieux de santé que pose la consommation d'alcool de certains mineurs et femmes enceintes »

 

Le pictogramme qui est le plus souvent présent. Mais il est parfois affiché dans des dimensions très réduites. Le volet prévention du plan santé du gouvernement, dévoilé le 26 mars, prévoit d'augmenter « significativement » la taille du pictogramme "interdit aux femmes enceintes" sur les bouteilles d'alcool (vin compris).

 

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question » selon Baudelaire.

 

Qui n'est jamais sorti de l'enclos de la sèche sobriété n'a qu'une connaissance étriquée de la vie et de lui-même. Il faut oser les expériences qui nous portent aux limites de la conscience, car l'ivresse est aussi un mode exaltant d'appréhension du Réel, comme l'ont montré jadis les poètes chinois et les mystiques persans, amateurs de poésie et de vin.

 

Le secret en serait-il perdu dans nos sociétés partagées entre l'euphorie artificielle des rave-parties et la prophylaxie maussade des hygiénistes ?

 

« Sans chimères et sans ivresses, la vie ne connaîtrait que des passions tristes » affirme Georges Picard.

 

 

« Du bon usage de l’ivresse »  réhabilite une conception intimiste des ivresses maîtrisées, qu'elles soient ivresses du vin, de la mystique ou de la poésie, ivresse des sens ou ivresse de l'esprit.

 

 « Georges Picard est de ces écrivains qui jouent le sens de leur vie dans la littérature et y sacrifie leur existence sociale. Fils d'ouvrier, employé dans une usine à sardines puis journaliste à «60 millions de consommateurs», Georges Picard est l'auteur de quinze livres à la musique délicate. Il est un peu notre Cioran, l'amertume et le goût du désastre en moins. Comme le génial ­Roumain, il a sacrifié dans sa jeunesse à l'illusion de changer le monde par la violence, avant de devenir athée en politique. Comme lui, il a beaucoup vagabondé à travers la France, à vélo et surtout à pied, pour tenter de trouver un sens à sa vie. Enfin, il a préféré le retrait aux tapages médiatiques et vit comme un anachorète en plein Paris, dans son appartement du XVe arrondissement. »

 

Un extrait de cet opus : le premier chapitre Boire au corps vivant.

 

« Il ne m’est jamais arrivé de croire que l’ivresse soit un moyen de combattre l’ennui pour la raison que je ne m’ennuie guère, très peu souvent et jamais longtemps. Mais que l’ivresse soit plus un moyen qu’une fin n’est pas absolument prouvé. On peut avoir envie de s’enivrer sans véritable raison, ou pour la raison légère de se sentir léger. Boire procure une illusion éphémère qui n’est pas sans agrément. Mais peut-être y-a-t-il quand même autre chose de plus dans ce désir d’étourdissement. Je ne suis pas du genre à rouler sous la table, ni même à picoler très souvent. Trop boire tue la soif et anesthésie les sensations fines.

 

Mauvais chemin. Il faut plutôt se mettre en disposition et s’arrêter très vite en évitant les alcools forts qui abrutissent *. Un verre de bon vin a ma préférence. J’affirme qu’il est d’une grande conséquence de s’enivrer qu’à un moment choisi, après s’être débarrassé de ses soucis car, à les prendre avec soi, on est à peu près sûr de les excéder jusqu’au pessimisme. Mieux vaut s’enivrer quand on est heureux ; la tristesse déteint partout et décolore tout. Le vin triste est une malédiction. L’ivresse permanente aussi, je le soutien contre Baudelaire et son comminatoire : « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question ». Certes, il précise qu’on peut s’enivrer « de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise » mais l’ivresse permanente, même l’ivresse de poésie est soûlante à la longue. Je prends le contre-pied de cette curieuse hygiène existentielle, d’un romantisme quelque peu exalté, quoi conduirait, si on pouvait l’appliquer, à une espèce de folie monotone et vite retombante.

 

L’idée serait plutôt de s’enivrer rarement pour conserver de la fraîcheur aux sensations aériennes et colorées que procure une ivresse maîtrisée. Ce n’est pas tout à fait un art, ni même une technique ; c’est presque déjà une esthétique. Peut-être suffirait-il de s’enivrer dix fois dans sa vie, à condition de préparer ces expériences et d’en exploiter ensuite intensément le souvenir. L’époque ne nous y prépare guère qui nous voue au quantitatif, à la répétition boulimique et morose de la consommation répétitive.

 

S’enivrer : vous voulez dire se soûler, se beurrer, se torcher ? Qui croit que se cuiter étanchera jamais une certaine soif peut cuver sans moi. Non que je sois moi-même toujours capable d’une telle économie vitale : je ne peux qu’envier les vrais épicuriens, puristes du plaisir mesuré. Comme la majorité des gens, sans doute, je goûte mal à la vie, faute d’un clair parti pris. Quand on ne peut contraindre ses appétits, au moins devrait-on avoir la ressource de les déchaîner à la façon rabelaisienne, buvant « pour la soif advenir et éternellement ».

 

Au lieu de quoi, nous buvons la plupart du temps sans authenticité ni conscience, rarement à la bonne mesure. Comment tirer philosophie de ce train médiocre ? Si les Dieux n’ont plus soif, c’est que nos libations ne les sollicitent plus. Les dieux antiques s’enivraient pour exalter le lyrisme surnaturel de leur état. En contrepartie, les hommes s’enivraient pour glorifier les dieux et participer à la griserie dionysiaque de la Création. C’était le temps héroïque des ivresses magiques. Dans un monde matérialiste, l’hydromel est un breuvage de dupe. Quant au sang du Seigneur, il y a belle lurette qu’il n’irrigue plus que les esprits complaisants envers un sacré de routine. Même la dive bouteille provoque des aigreurs aux derniers fidèles de Bacchus. Boire a été rabaissé à un acte social et économique, provoquant des injonctions hygiéniques dont le but déclaré est la préservation de l’équilibre de la Sécu. Pour le dire clairement, je me fous de la santé publique. Cette santé-là n’est qu’une affaire de statistiques pour laquelle les corps ont la minceur d’unités arithmétiques. Je préfère boire un corps vivant, chaud, frissonnant, éphémère, singulier. Le sacré, c’est la réalité de ce corps qui passe  si présent et bientôt éternellement absent. Je n’en vois pas d’autre. »

Partager cet article

Repost0

commentaires

pax 14/07/2018 10:03

Ce dessin me fait penser à c'te blague du prisonnier dans sa cellule les yeux rivé sur sa télé, dés qu'il rentrait des douches ou d la promenade hopla, devant la télé et tard le soir et tôt le matin. Un jour on lui demande pourquoi cette addiction : " Mais je croyais que sa faisait partie de la peine !"

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents