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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H La France éternelle des champs se voyait ravaler, par des technos comme René Groussard, au rang d’un secteur comme les autres à moderniser à marche forcée. (103)

Au cours du dîner qui suivit le meeting las des mondanités Benoît entreprit son cher Ministre sur la fin des Paysans, un thème auquel il n’était pas insensible mais qui défrisait les caciques du syndicalisme agricole. La 1ière chaîne de la Télévision, dans son émission Hexagone avait mis le feu aux poudres. En effet, la vision duale de l’agriculture exprimée dans le documentaire très réaliste, Adieu coquelicots, signé de François-Henri de Virieu chroniqueur au journal Le Monde cristallisait le malaise identitaire des gaullistes et des dirigeants paysans. Oser mettre en avant que l’avenir était ce GAEC de l’Isère avec son étable de 1000 vaches laitières, ses deux éleveurs, dont l’un d’eux était prof de maths constituait un crime de lèse-agriculture familiale. La France éternelle des champs se voyait ravaler, par des technos comme René Groussard, au rang d’un secteur comme les autres à moderniser à marche forcée. Ironiquement Benoît soulignait, face au bel Albin médusé, et à un Préfet au bord de la défaillance, que le mémorandum Mansholt publié à la fin de 1968 et le Rapport Vedel affirmaient sans détour qu’une partie de la paysannerie était condamnée à terme et qu’elle devait se reconvertir. Pour Sicco Mansholt 80% des exploitations étaient trop petites. La pilule était amère, même pour les modernistes, tel Michel Debatisse car le diagnostic des « technocrates » mettait à nu les ambigüités de leur propre pensée. En effet, martelait Benoît, comment pourraient-ils concilier leur stratégie économique de modernisation qui jetait sur le bord du chemin beaucoup de paysans et le mythe de l’unité paysanne chère à la FNSEA. Faisant étalage de ses lectures il citait une tribune de Maurice Papon au Monde « Mansholt et Malthus », publiée le 8 avril 1969, qui usait de sa rhétorique pour stigmatiser ce plan qui « était une erreur à l’échelle de l’histoire » car il risquait « d’amplifier le risque de massification urbaine sur lequel la société urbaine sera sans doute obligée de revenir pour survivre ». Un visionnaire le Maurice de Vichy !

 

Face à un tel déluge de mots, et surtout au silence quasi-religieux qui s’était installé autour de la table Chloé elle-même le contemplait avec un étonnement sidéré. « Pour une fois tu parlais vraiment avec tes tripes, sans calcul, tu vivais ton sujet comme si pour toi l’enjeu touchait à ce que tu as de plus profond... » lui fit-elle remarquer lorsqu’ils se retrouvèrent dans l’immense chambre que leur avait alloué le Préfet. Avachi sur une bergère Benoît lui répondait qu’elle touchait juste, que lui le fils de paysan vendéen ne pouvait rester indifférent à cette fameuse « Révolution Silencieuse » qui allait broyer beaucoup des siens. Du petit cartable qui l’accompagnait toujours il tira une coupure des débats à l’Assemblée Nationale où, Michel Cointat, se livrait à un grand moment de démagogie qui devrait figurer dans une anthologie de la pensée agrarienne. Se levant et se juchant sur le velours cramoisi de la bergère il le déclamait, Chloé applaudissait.

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