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21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H La coalition de Morice qui allait des Indépendants&paysans jusqu’à certains membres de la SFIO violemment anti-communistes et antigaullistes était dans le collimateur d’Olivier Guichard, maire de la Baule, grand baron gaulliste, le patron de la région (97)

Homme de l’ombre, vaguement affairiste, nègre d’un Ministre en vue et de quelques pointures du régime, infiltré dans la GP,  Benoît n’avait que peu d’occasion de montrer sa tronche en des lieux où certains fouilles merdes de la presse ou des bourrins de la grande maison mal intentionnés auraient pu faire des recoupements, il se gardait bien d’apparaître aux premières loges lorsque son Ministre montait à une tribune ou passait dans les médias. Il avait mieux à faire. S’il fit une entorse à cette précaution élémentaire ce fut pour les beaux yeux de Chloé. Son sémillant Ministre devait se rendre à Nantes à un meeting dans le cadre des élections municipales de mars 1971. La ville tenue par André Morice, le père de la ligne électrifiée à la frontière tunisienne d’une Algérie qu’il voulait garder française, représentait un bastion de droite que les gaullistes voulaient voir tomber. La coalition de Morice qui allait des Indépendants&paysans jusqu’à certains membres de la SFIO violemment anti-communistes et antigaullistes était dans le collimateur d’Olivier Guichard, maire de la Baule, grand baron gaulliste, le patron de la région. Ce soir-là, Benoît, en retrouvant Chloé au café de Flore, avant qu’ils aillent se plonger dans la tabagie d’une réunion clandestine de la GP qui se tenait dans l’appartement d’un écrivain sympathisant, tout près, 30 rue Jacob, évoquait le discours qu’il venait d’écrire pour ce meeting. À la réflexion, en écrivant, un détail lui était revenu : il avait glissé dans l’entame du discours une violente attaque contre ceux qui, comme Morice, comme les socialistes de Guy Mollet, avaient envoyés mourir dans les djebels de braves petits gars du contingent. Sa charge avait beaucoup plu au bel Albin, il l’avait fait venir dans son bureau. « Pourquoi ne m’accompagneriez-vous pas dans ce déplacement, ce que vous avez écrit est fort. Faites-moi ce plaisir ! » Il n’avait dit ni oui, ni non. Pour forcer sa décision, en le reconduisant, il avait ajouté « Guichard me retient chez lui, à la Baule, pour le week-end, l’air marin vous fera du bien vous êtes tout pâlichon ».

 

Chloé harnachée en révolutionnaire de base : pataugas, jean crade, col roulé élimé et parka délavée, ne lui laissait pas le temps de finir sa phrase « Je veux que tu me fasses découvrir le passage Pommeraye mon beau... »  Quelques jours avant ils étaient allés voir Lola de Jacques Demy à la Pagode. Bêtement Benoît rétorquait « C’est un coup monté... » Chloé le regardait interloquée « Monté par qui ? » Il balbutiait « Non je débloque. Le bel Albin veut que je l’accompagne, alors... » Elle lui ébouriffait les cheveux d’un geste tendre « Toi tu es fatigué, tu en fais trop en ce moment... » Benoît éclatait de rire « Oui belle intrigante, l’air marin me fera du bien. » Chloé lui tirait le lobe de l’oreille droite « Et pourquoi tu te marres sale petit collabo ? » Le garçon, planté face à eux, attendait qu’on lui passe commande, avec la patience de celui qui, à tout moment de la journée, devait subir les caprices des habitués. « Champagne ! » « Deux coupes donc... » s’enquerrait le serveur qui les savait abonnés au demi de bière. Abandonnant son ton de matamore Benoît le détrompait « Non, une bouteille Laurent-Perrier Grand Siècle... » Décontenancé il battait en retraite en bousculant au passage Philippe Sollers qui faillit en avaler son fume-cigarette.  Chloé le grondait « Tu humilies le petit personnel maintenant. » Benoît protesta de ma bonne foi. Sollers en passant près de leur table adressait un petit signe de la main à Chloé. Elle l’ignorait superbement. Pour la calmer Benoît lui promettait de faire des excuses au garçon. L’arrivée tonitruante d’Edern Hallier faisait diversion. Benoît en profitait pour placer son arme secrète « Le garçon est un de mes indics... » Chloé bondissait « Menteur ! » D’une voix monocorde il déclinait le nom, prénom, âge, adresse de celui qui, totalement tétanisé, se tenait face à nous en pointant la bouteille de champagne tel un obus. Chloé grinçait « Salaud ! »

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