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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 06:00
Faut bien sortir le président de l’interprofession à Montmartre, ça lui fait plaisir…

Puisque j’en suis à évacuer mes souvenirs, dans les premiers temps de mon blog j’ai accepté de faire le parcours du « journaliste vin », sauf pour les voyages de presse. Ce fut pour moi tout à la fois instructif sur les mœurs de mes consœurs et de mes confrères, sur le sérieux des agences de communication, et répulsif face à la désinvolture de certains pique-assiette et les exigences de certains communicants dominants.

 

Un jour, invité dans un restaurant chic, la Truffe Noire, où je constatai que, pour une fois, la fine fleur, le gratin des dégustateurs était présent, les vins du château invitant étaient très nettement au-dessous du niveau de la mer. Autour de la table, tous les beaux esprits se gaussaient. Moi je me taisais. Quelques temps après ce déjeuner je reçus un coup de fil du boss de l’agence organisatrice. Civilités d’usage puis « Alors, tu n’as rien publié… » Silence de mon côté. « Oui les vins n’étaient pas fameux mais tu sais que le château va être repris en mains par HDBDL… » Toujours muet, ça énerve mon interlocuteur qui me menace de ne plus être convié à ses réjouissances. Je le laisse s’époumoner avant de répondre « Que veux-tu que ça me fasse… » et de raccrocher. Blacklisté et soulagé.

 

Suite à ce genre de pression, je pris donc la décision de ne plus répondre aux sollicitations des agences, sauf un jour, pour faire plaisir à une amie, je suis un faible, j’ai accepté de me rendre à l’invitation du président d’une interprofession de fraîche date, genre IGP, dans un bouiboui  de Montmartre, suranné et poussiéreux. Ma bonne amie s’était fait portée pâle. L’assistance se composait essentiellement de deuxièmes couteaux dans mon genre, des influenceurs petits bras, le gotha ne se déplaçant pas pour si peu.

 

Même si certains en doute, je suis poli et civilisé.

 

J’ai fait le tour des vins proposés, des vins de GD, ils étaient d’une banalité à pleurer. J’ai craché.

 

Ensuite, j’ai subi sans broncher le discours pâteux et racoleur du président de l’interprofession, son heure de gloire, un vrai désastre en termes de communication.

 

Enfin, con comme je suis, le président, se souvenant de mon pedigree, me récupéra et m’entreprit. Je l’écoutai, oui, oui, toujours poliment. Et, je ne sais ce qui m’a pris, soudain j’ai fait une grossière faute de quart : « Votre belle région dispose d’un climat favorable au bio, c’est à l’avenir un plus pour vos vins… » dis-je sans jouer les ramenards. J’aurais mieux fait de me taire, j’ai pris une avoinée de première. Tout y est passé, tout particulièrement les bobos parisiens incapables de comprendre les gens qui ont les pieds dans le terroir. J’ai laissé passer l’orage sans moufter, j’ai pris congé sans toucher aux petits fours mais en pensant que notre président avait oublié qu’il était à Paris et que les trop fameux bobos sont de beaux acheteurs de vins. Malheureusement pas les siens. Erreur de casting.

 

Sur le chemin de la sortie j’ai croisé la co-organisatrice des réjouissances qui m’a posé la question rituelle « Ça vous a plu ? » et moi, lâche comme je suis, j’ai émis un petit oui.

 

Plus jamais ça, en rappelant que le bel argent des interprofessions provient des fameuses Cotisations Volontaire Obligatoires, c’est de l’argent collecté auprès de tous les vignerons sous « la menace » du bras de l’Etat. Libre aux dirigeants de l’interprofession de le dépenser comme bon leur semble avec une prédilection pour la communication : les présidents adorent monter à Paris.

 

Bien sûr je n'ai rien écrit à propos des vins présentés, c'est sans doute dommage vu mon immense pouvoir d'influence... Et dire que je continue de recevoir des invitations, qu'on me relance au téléphone, pour un mec lu par sa concierge et sa cousine de province ça commence à bien faire...

 

Et qu'on ne vienne pas me chercher des poux sur la tête pour cette chronique, c'est de l'histoire ancienne et je n'y fait que narrer une erreur de casting : ce genre de pince-fesses se fait plus rare et c'est heureux.

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commentaires

thevenet 02/06/2018 06:23

malheureusement c'est exact, la manne de l'argent interprofessionnel change de poche

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