Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Il se laissait choir sur le sofa auprès d’Anna qui confiait à Chloé : « vraiment ce July ce n’est pas une lumière… »     (72)

Les premiers échos de la seconde bataille de Flins arrivaient. Il se disait que la femme de l’ex-grand chef de l’UJ, la Nicole, qui avait pour mission de récupérer dans un minibus, une poignée des assaillants, s’était égarée. Qu’elle avait tout de même retrouvé son chemin mais, quand elle était tombé sur ses camarades, Gamelin en tête, blessé, celui-ci n’avait dû son salut qu’à la présence d’une voiture qui l’avait embarqué en dépit de ses protestations, les véhicules des gardes mobiles s’engageaient dans le chemin forestier et alors elle avait détalé. Tout ce beau monde gloussait en se léchant les babines encore humides de caviar. Edern pérorait. Gustave éclusait cul sec des petits verres de Vodka frappés. Chloé sur un sofa, à l’écart du brouhaha, devisait avec Anna. Benoît abandonnait Aline au milieu d’un paquet de ses sœurs de militance qui se payaient la fiole de la pauvre Nicole : « Elle n’aurait jamais dû quitter son officine. Faut rester lucide faire pharmacie c’est comme s’engager dans l’épicerie ce n’est pas l’antichambre idéale du mouvement populaire. Avec son Robert, le visionnaire, ils font vraiment la paire. Des petits bourgeois étriqués… » Ça fusait. Benoît se retenait de leur dire que le Robert en question s’esquintait la santé chez Citroën mais, comme le temps n’était plus pour lui à jouer les redresseurs de torts, il se contentait de lâcher un lourd « bande de connes » qui les conforta dans leur allergie de plus en plus prononcée pour les porteurs de slip kangourou. Il se laissait choir sur le sofa auprès d’Anna qui confiait à Chloé : « vraiment ce July ce n’est pas une lumière… »   

 

Pour Benoît cette soirée au cœur de la gentry intellectuelle parisienne, qui ne pouvait être en ce temps-là que de gauche, une gauche qui se voulait rebelle, engagée, pétitionnaire, révolutionnaire du modèle « tigre de papier », bavarde, intolérante, bien logée, protégée, donneuse de leçons, internationaliste versus Classe Affaires d’Air France ou de la Pan Am, que la droite n’osait pas encore la qualifier de caviar, était une première. Tel un jeune ethnologue débarquant en Papouasie Nouvelle-Guinée, le cul posé sur le sofa, il observait les mœurs de la peuplade en faisant semblant de s’intéresser à la conversation de ses voisines. Les vieux mâles de la peuplade paradaient, prenaient des poses tout en surveillant, d’un œil qui se voulait indifférent, la superficie et la qualité des cercles de leurs concurrents. Deux ou trois spécimens remarquables, très Collège de France, mandarins marxistes, crinière blanche et ongles manucurés, portant beau, drainaient l’essentiel d’une population féminine qui devait avoir passé beaucoup de temps à s’enlaidir et à choisir des fringues informes. On aurait dit des hordes de sorcières dépenaillées, les plus vieilles tétaient des cigarettes américaines alors que celles qui auraient pu être leurs filles se refilaient des joints. Toutes buvaient sec. Que du menu fretin sans intérêt, pour espérer lever des espèces rares il fallait qu’il aille jeter ses filets en des eaux moins poissonneuses mais plus profondes. Il claquait une bise sur le front de Chloé avant de se lancer dans la pêche au gros.

 

Jean-Edern, l’œil de traviole, cerné par une nuée de godelureaux, en futal pattes d’éléphant, vestes à carreaux cintrées sur chemises à jabot, gesticulait et pérorait en postillonnant sur ses adorateurs. Sur une bergère Louis XV Gustave, entouré de deux filles défoncées qui gloussaient en fourrageant dans sa braguette, pionçait la bouche ouverte. Dans le couloir qui menait à l’office un grand type sans âge, aux yeux globuleux et inexpressifs, bien mis, vomissait avec élégance dans un vase de Sèvres. Indifférent à la présence de Benoît, toujours avec des gestes précieux, il se débraguettait pour aller pisser sur la terre sèche d’un grand Yucca en pot. « J’amende, jeune homme… j’ensemence aussi… si ça te dit je peux m’astiquer le membre rien que pour toi… J’ai une faculté d’érection hors du commun… d’ailleurs c’est bien ma seule supériorité… j’adore me faire défoncer par de beaux étalons comme toi… si ça te dis ton prix sera le mien… » Sans prendre la peine de répondre à sa proposition il se contentait d’empoigner ses fesses étiques fermement « avec un tel matériel, ma pauvre fiotte, t’es tout juste bon à faire des passes gratos, pour les toxicos en manque, à la vespasienne du boulevard Arago… »

Partager cet article

Repost0

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents