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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 07:00
Sartre s’est-il toujours trompé ? Les années noires de l’Occupation et les années gauchistes post 68

Michel Winock Professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris, écrit : ICI 

 

« Le bilan paraît accablant. On l’a accusé d’avoir été passif sous l’Occupation, compromis avec le totalitarisme, démagogique avec la jeunesse gauchiste. Il sut pourtant, quelquefois, faire preuve de lucidité et de courage. Voici son itinéraire politique. »

 

(1) Sartre, tout comme Simone de Beauvoir, n’a jamais été résistant.

 

Et pourtant, en 1952, quand il décide d’adhérer à la Société des Gens de Lettres, sur sa fiche biographique, à la rubrique « guerre », Sartre inscrit : « Prend une part active à la résistance et aux barricades de Paris. »

 

Un livre, celui de Gilbert Joseph, que Maurice Nadeau dans la Quinzaine Littéraire n°585 (16 septembre 1991), présente ainsi : « Un libelle ? Un ouvrage polémique ? Peut-être, mais pas dans la forme, qui est celle d’une chronique historique, de l’épluchage du passé, d’un genre en tout cas où, si on ne se prive pas de commenter, on accumule faits et témoignages, on administre des preuves, avec recours aux archives en tout genre et jusqu’aux rapports de police. »

 

« Le propos en est simple : Sartre (pas plus, évidemment que son amie, Simone de Beauvoir) n’a été résistant. En outre, tant dans son métier de professeur que dans son activité écrivante, il n’a jamais manifesté le moindre signe de révolte contre l’Occupant. Il s’est soumis aux lois de Vichy (en signant, comme fonctionnaire, le serment de fidélité à Pétain), il a accepté que sa pièce Les Mouches soit visée par une double censure : celle des directeurs de théâtre collaborationnistes et celle, du Theaterguppe allemand, il l’a fait représenter dans un théâtre « aryanisé », l’ex-théâtre Sarah Bernhard. »

 

« On ne peut douter que le nazisme lui faisait horreur. Pourtant il a ignoré le génocide juifs, et plus généralement la politique d’extermination du IIIe Reich dans l’Europe occupée. Pas un mot sur les rafles à Paris, pas un mot sur Drancy ni sur les camps nazis en général. Il se désintéresse totalement des événements. »

 

Dans Une si douce occupation, Gilbert Joseph, ne se contente pas de cette appréciation générale, elle n’est que la conclusion d’une démonstration où sont suivis à la trace Sartre et de Beauvoir. Il aligne les témoignages, recopie rapports d’inspection ou de rectorat, fouille les archives.

 

Il déteste Sartre et plus encore Simone de Beauvoir à qui il ne concède aucun talent littéraire.

 

Il est impitoyable à l’égard d’autres têtes de Turcs :

 

  • Albert Camus qui accepte d’enlever du Mythe de Sisyphe un chapitre sur Kafka, écrivain juif ;

 

  • Malraux qualifié de « résistant de la onzième heure » ;

 

  • Gide, Claudel, Duhamel, Romains, Martin du Gard… 

 

  • « Tous ces écrivains étaient tellement dominés par l’Histoire et passaient si bas par-dessous qu’ils n’en étaient même pas pénétrés, à moins que l’énormité de la tragédie ne dépassât leur faculté d’expression. Ce fut la démission des élites françaises, un silence complice des horreurs récentes et qui ne fut même pas troublé. »

 

Qui était résistant s’interroge l’auteur : « moins de 30 000 personnes, 0,5% de la population… »

 

Nadeau s’interroge sur cet auteur, talentueux mais féroce et amer, qui est Gilbert Joseph « Un justicier ? Un homme de parti ? D’extrême droite ou d’extrême gauche ? »

 

Pour avoir des réponses, avec Anne Sarraute, il va le voir.

 

Il lui tend un livre : Combattant du Vercors, Fayard, 1972 et, en le lisant, il apprend :

 

« Que Gilbert Joseph s’est engagé à 16 ans, alors qu’il était lycéen, dans le maquis du Vercors et qu’il en a vécu jusqu’aux massacres de la fin. Un livre sans concession, également féroce (pas seulement à l’égard des militaires) et amer. »

 

Nadeau conclue « ce chasseur de mythes a la parole lente, monocorde et douce, un beau regard, profond et triste. Un homme désespéré. Sereinement désespéré. »

 

 

Les années gauchistes

 

Tous les commentateurs s’accordent à voir dans la guerre du Vietnam une des causes profondes des mouvements d’étudiants qui débouchèrent sur « 68 », aussi bien aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, au Japon, et en France. Sartre était toujours «dans le coup ». En 1967, il préside le tribunal Russel, auto-institué pour juger des crimes de guerre des Américains au Vietnam.

 

Il est vrai qu’à cette époque Sartre a perdu de son rayonnement. La mode n’est plus en France à l’existentialisme ni au marxisme : Lévi-Strauss, Foucault, Lacan, les linguistes, ont assuré le succès du structuralisme. L’impératif de scientificité l’emporte sur celui de l’engagement. Sartre, qui s’emploie à défendre l’histoire contre cette nouvelle culture, n’a plus la ferveur de la jeune génération. Mais l’explosion de Mai lui offre sa revanche. Il n’en a pas été l’inspirateur ; il en sera le militant, en se faisant l’écho de la révolte, sur les estrades, dans les journaux, et jusqu’aux portes des usines.

 

Une fois encore le voilà porté aux extrémités. Il fustige dans Le Nouvel Observateur son ancien « petit camarade » Raymond Aron, qui « ne s’est jamais contesté et c’est pour cela qu’il est, à mes yeux, indigne d’être professeur » ; il foudroie les communistes qui « ont peur de la révolution » ; il dénonce avec les gauchistes les élections « pièges à cons ». La réforme d’Edgar Faure votée, il s’indigne contre la « participation » : « réforme bidon », « mystification pure et simple ».

 

Son programme pour les étudiants ? Il le donne dans une interview au Nouvel Observateur, le 17 mars 1969, où, plutôt que de « se pendre » ou de « se vendre », il leur préconise de « s’unir » : « conserver leur pouvoir négatif, mener une guerre d’escarmouches contre les vieux qui les gouvernent, rallier, dès qu’ils pourront, le gros des travailleurs, force principale de la révolution, et foutre le régime en l’air. » À soixante-trois ans, Sartre garde toutes ses dents.

 

Années gauchistes : soutien aux mots d’ordre extrémistes, solidarité avec les maoïstes de la Gauche prolétarienne, vente publique de La Cause du peuple, dont les éditeurs ont été arrêtés, parrainage et direction du quotidien Libération, visite à Baader (chef de la Fraction armée rouge), dont il dénonce les conditions d’enfermement dans la prison de Stammheim, Sartre va même jusqu’à justifier l’attentat perpétré par un groupe terroriste palestinien contre les athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich, en 1972.

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