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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 06:00
étiquette de Jean Carlu

étiquette de Jean Carlu

La lecture de ces confidences de Philippe de Rothschild est intéressante au regard de ce que sont devenus les 5 GCC stars du Médoc.

 

« Pour entretenir un grand « château » –entendez ce terme au sens vinicole – il faut au moins aujourd’hui être Rothschild. Voyez l’aventure de Bernard Ginestet, propriétaire de château-margaux, guigné par un groupe américain et finalement racheté, après que l’État eut fait jouer la fibre nationale, par la chaîne Félix Potin… Les charges d’exploitation – barriques neuves chaque vendange, stockage sur quatre années, frais de personnel et intérêts de l’argent – sont telles que produire un grand vin s’apparente de nos jours à une industrie. Doué pour les affaires, ce qui  n’est peut-être pas, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la qualité dominante des Rothschild contemporains, le baron Philippe l’a compris très tôt. Il a fait du « marketing » – avant que la pratique que recouvre ce mot ne devienne la tarte à la crème du commerce moderne – en imposant à ses pairs bordelais et aux négociants la « mise en bouteilles au château ».

 

Ainsi parlaient André Harris et Alain de Sédouy dans les Patrons.

 

Que dit Philippe de Rothschild, en 1922, à son père lorsqu’il reprend Mouton « Je le prends, mais je veux avoir les mains libres, je ne veux pas qu’on m’embête. Je veux un papier qui me donne les pleins pouvoirs. Et puis, je te préviens, ta fortune y passera. Il y a tout à faire, il faut tout reconstruire, il n’y a rien, c’est le néant. »

 

  • C’était tout de même déjà un grand vin…

 

  • C’est déjà un grand vin, il n’y a pas de question. C’est un grand vin depuis 1730.

 

  • À l’époque, il se vend par l’intermédiaire des négociants…

 

  • Oui, en barriques… Il faut reconnaître que les négociants ont fait et font encore un métier remarquable, je ne les critique pas. Il y a peut-être des négociants véreux qui se sont débrouillés avec une barrique de mouton-rothschild pour en faire deux. Mais les grands négociants n’ont rien fait de pareil, j’en suis convaincu. J’ai donc dit à mon père : « Je veux un papier qui que je te présente les comptes à la fin de l’année, mais que tu ne marchandes pas l’argent. » Et c’est comme ça que je viens ici avec les pleins pouvoirs. Je trouve une pagaille abominable, je mets de l’ordre, je renvoie tout le monde, j’embauche des gens nouveaux et six mois plus tard, je prends ma première grande décision – qui finalement a été la plus grande de celles que j’ai prises : la mise en bouteilles au château. Dès que j’ai eu Mouton en main, j’ai été passionné par cette affaire…

 

  • Mais Mouton vit à l’ombre de Lafite, à cette époque-là…

 

  • Pas exact. Dès 1848, avant le fameux classement de 1855, un poète écrit que Mouton est plus grand que Lafite. Ce n’est pas moi qui l’ai écrit. C’est un petit écrivain local qui fait une visite dans le Médoc, qui trouve que Lafite, ce n’est pas tellement bien et que les vins de Mouton sont meilleurs. Il est mieux reçu à Mouton, il fait l’éloge de Mouton au détriment de Lafite. Il y avait déjà un culte Mouton…

 

  • La guerre de cent ans dont on parle dans les prospectus commence là ?

 

  • Oui, sans aucun doute. D’ailleurs, il y avait une borne où il était marqué : « Mou. Hic est bonum », et une autre où il était marqué : « Laf. Hic est melior. » Je ne sais pas ce qu’elle et devenue…

 

  • Quand vous décidez de mettre en bouteilles au château, est-ce que vous vous rendez compte que vous faites du « marketing » avant la lettre ?

 

  • Je trouvais ça banal, j’ai voulu avoir une belle étiquette. Tout de suite, l’impact a été fort : les engueulades des négociants, les critiques ont fleuri. La seule chose qui importait, c’était de faire une innovation ici, car dans les deux ou trois pays qui font la réputation du vin – dont l’Angleterre, car ce sont les Anglais qui ont créé les grands crus, ce ne sont pas les Français – j’avais déjà les meilleurs échos.

 

  • La première étiquette date de quelle année, 1923 ?

 

  • C’est en 24, et elle dure trois ans.

 

  • Les autres grands crus sont d’accord ?

 

  • Je vous l’ai dit : Margaux marche immédiatement avec moi et me soutient, Haut-Brion et Latour suivent gentiment en disant : « Vous avez raison. » C’est Lafite qui est le plus lent à se décider, qui me fait la morale et qui me dit…

 

  • … que vous êtes un galopin.

 

  • C’est cela !

 

  • Dans la réussite de Mouton, la compétition entre les Rothschild s’est avérée bénéfique, finalement…

 

  • Dans une certaine mesure. Mais ils sont allés un peu trop loin. Ça a tout de même créé un sentiment désagréable. Oui, sur le plan pur plan publicitaire, ça  a alimenté la chronique… Il n’y a pas eu de conflit dès l’instant où ils ont accepté la mise en bouteille obligatoire, et Édouard et Robert m’ont donné leur appui total. De 1925 à 1939, la guerre des deux crus n’existait pas ; Lafite était trop content que je prenne des initiatives, que je fasse monter les prix. Car en même temps que la mise en bouteilles, il y avait des consultations – qui ne s’étaient encore jamais faites – pour que les cinq premiers vendent au même prix au départ, pour faire front commun contre les négociants. Car les négociants traitaient chacun de nous séparément et essayaaient de faire baisser les prix ! Il a fallu créer de nouveaux bordereaux pour la vente en bouteilles, car jusque-là ils nous achetaient soixante, quatre-vingt tonneaux de vin. Il partait tout de suite, dès qu’il était en barriques. »

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commentaires

coureau 04/04/2018 11:16

Le Baron a consacré la suprématie des Châteaux et surtout des crus classés et assimilés sur le négoce bordelais . Mais peut-on lui reprocher ? Il n'a fait que défendre ses intérêts sommes toute.
Tout cela à encore des répercutions de nos jours, malheurs aux journalistes comme Saporta qui sont un peu critique vis à vis des tout puissants Châteaux Bordelais. Les domaines prestigieux sont devenus ultra procédurier et emplois des armadas d'avocats. Petrus nous a livré, à CGM Vins une attaque en règle sur la base d'une annonce folklorique du bon coin dont nous avions jamais entendu parlé. Plusieurs années de procédure sur des fondements abracadabrant qui n'ont aboutit à rien, PETRUS a été finalement débouté par le tribunal !

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