Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H La culpabilité, ce calice voluptueux et masochiste des catholiques romains, le recouvrait de honte. (38)

L'alcool glissait. Indifférent à sa morsure Benoît l'entassait. Plus rien autour de lui n'existait. Il sombrait. La terre s'ouvrait. Ses entrailles s'épandaient. Son phallus le crucifiait. Plus rien que le ressac de la poche initiale, la tiédeur de sa bulle amniotique, la dissolution définitive. Partout des pointes acérées, le lit tanguait. Allongé sur une planche à clous. Goût de punaises écrasées, langue et palais liés par une fiente visqueuse, Benoît ne pouvait soulever ses paupières. Crâne bardé de plomb, tempes enserrées dans les rets implacables d'un étau, les premiers spasmes se levaient. Monstrueux, ils nouaient ses tripes. Il dégueulait dans une bassine à grands lampées. Et puis ce fut du fiel, amer. On lui tamponnait le front avec des serviettes fraîches. Plein de frelons son crâne grésillait. De la sueur glacée marbrait son dos. Ses hoquets exhalaient de la pestilence. On le guidait jusqu'à la selle. Il se vidait. On le recouchait. Allongé en chien de fusil, à nouveau fœtus, Benoît se dissolvait.

 

Quand il s’éveilla, de la fenêtre grande ouverte, la lumière de fin du jour, tendre, portée par des caresses d'air marin venues du fleuve tout proche, l'emplissait d'images de Marie. Entortillé dans le drap Benoît se sentait tout petit. Sali. Pourri. Son corps pesait cent tonnes de bois mort. Assise à mon côté, vêtue d'un seul tee-shirt blanc, la petite strip-teaseuse lisait un magazine de filles. Se relever paraissait à Benoît une tâche insurmontable ; les mots aussi semblaient le fuir. Restaient ses mains, mandibules arythmiques qui tapotaient le drap froissé. Dans un effort monstrueux il tentait de relier le temps présent à ce que je venais de vivre. Tout s'embrouillait. Sa tête concassait des tronçons d'images, des bouts de phrases. Ange exterminateur au sourire ironique, Marie, l'immaculée le rejetait dans ses ténèbres extérieurs. La culpabilité, ce calice voluptueux et masochiste des catholiques romains, le recouvrait de honte. La petite, elle, souriait. C'est alors que Benoît compris qu’il n'était pas dans sa chambre d’hôtel, celle-ci donnait sur le quai. Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, il se hissait sur ses coudes. La petite lui calait le dos. Il grognait, « Je morfle, c'est comme si on m'avait passé à la moulinette, j'ai du mal à recoller les morceaux... »

 

La petite lui caressait la nuque : « normal vous étiez ivre-mort. On t'a ramené ici dans un état pitoyable, tu râlais, tu délirais et tu semblais, par instant, vouloir cesser de respirer. Heureusement que je connais du monde. J'ai fait venir le docteur Hébert, un ancien client. Il t'a fait une piqure, nous a rassurés en nous disant que tu étais solide. Après, ton sommeil s'est apaisé. Sur le matin tu t'es mis à parler. Vous avez l'alcool mélancolique. C'était beau. C'était plein d'amour. Des mots comme je n'en ai jamais entendu. J'en ai même pleuré. Pour vous rassurer je me suis allongé près de vous. Vous dormiez comme un bébé.

 

Son corps, baudruche vide, sa tête, outre gonflée, replongeaient dans une torpeur molle. Les paroles de la petite glissaient sur lui sans laisser de trace. Tout lui était égal. Le sommeil l'envahissait. Il dormait. L'anse des Soux, elle partait si loin en une nage fluide, simple petit point perdu tout près de l'horizon, un nœud d'angoisse l'oppressait. Elle était aussi régulière qu'une horloge. Il l'enveloppait dans le drap de bain, la frictionnait. Toute sa peur se muait dans ce rituel en une allégresse monstrueuse. Partir, revenir, se retrouver... Là, dans ce rêve en cercle, il la voyait, si près, mais jamais elle ne l'atteignait. Benoît luttait de toutes ses forces pour inverser le cours du rêve, plein d'espoir. La brisure ne pouvait être définitive. Au cœur de la bataille, le rêve devenait réalité. Pas de doute possible, c'était elle, à portée de ses bras. Il fallait qu’il tienne bon. Tout redevenait possible. Tout dépendait de lui. Leur destin il le tenait entre mes mains. Lutter ! Rester dans cette marge ! Surtout ne pas ouvrir les yeux. La rupture s'opérait, brutale. Benoît dégoulinait d'une sueur âcre. Marie avait disparue. Tout était en place, avec une régularité implacable.

Partager cet article

Repost0

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents