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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Benoît l’avait convaincu d'élargir son offre au hot-dog. « Mais c'est du cochon mon frère lui avait-il objecté ? C'est péché... » (36)

La moutarde lui piquait le nez, des larmes fluides dégoulinaient jusqu'à ses lèvres. Pour éteindre le feu Benoît sifflait au goulot une grande lampée de bière. Dans sa camionnette un peu pourrie, empestant l'huile de friture, juché derrière son comptoir graisseux, Ali Berkane, préposé à la graille ambulante, se gondolait. « C'est de la vraie mon frère. C'est comme les lacrymos de tes potos CRS ça chatouille le pif... » Benoît opinait en enfournant une nouvelle bouchée de brûlot. « Un enragé que t'es mon frère. On te dit fais gaffe c'est de la nitro et paf ! Tu remets ça... » Ali lui offrait le spectacle de ses dents capotées d'acier inoxydable. Ali, ses frites molles, sa harissa et ses merguez, Benoît l'avait convaincu d'élargir son offre au hot-dog. « Mais c'est du cochon mon frère lui avait-il objecté ? C'est péché... » Avec ses copains, très férus de dialectique, il lui avait démontré qu'en tant qu'Infidèle, commerçant de surcroît, qui ne crachait pas sur le jaja par ailleurs, dans une Terre de Vieille Chrétienté l'absence de hot-dog à sa carte serait perçu comme une forme insidieuse de racisme anti-français. Depuis, Ali les bénissait. Son chiffre d'affaires montait en flèche. « Même des anciens bidasses d'AFN viennent maintenant se fournir ici... » ajoutait-il pour se rassurer.

 

 Le plaisir du hot-dog  Benoît l'avait découvert grâce à l'une de ses voisines de son pays crotté et ignare, une alsacienne émigrée là par le hasard d'un mariage avec un Parisien qui lui ne savait pas trop pourquoi il était resté là à faire le garagiste après la Libération. Ce fut par le truchement de la choucroute qu’il arriva à la saucisse, la Strasbourg ou la Francfort, il ne savait plus très bien, mais ce qu’il savait c'est que le jour où, la mère Raymonde – la femme du pompiste donc – glissa dans une baguette de pain, transformée en une sorte de tuyau tiède, une saucisse qu'elle venait d'oindre de moutarde, Benoît tomba sous le charme du hot-dog, un sandwiche qui porte bien son nom. Cette histoire il l'avait bien sûr raconté à Marie en s'extasiant sur l'étrange alliance sous la dent du mou et du fort. Elle avait beaucoup ri, elle aussi s'était convertie. Leurs envies soudaines et irrépressibles de hot-dog les voyaient se précipiter, sitôt la séance de ciné terminée, au comptoir de leur pote Ali. Aujourd'hui, Benoît n'a rien dit Ali. À voir sa gueule de déterré il avait dû se dire : elle est partie. Alors il a faisait comme son pote Ali. Marre des souvenirs, Benoît allait mal. Et puis merde, voilà que c'était le saucisson-beurre de leur premier jour au Conti qui lui prenait la tête. Ali lui dit « C'est moi qui t'offre aujourd'hui. Benoît répondait « Merci l’ami ». Ils se tapèrent dans les mains, Benoît s’éloignait. Face à lui le bitume de la Place du Commerce lui apparaissait comme un lac gris, hostile. Traverser, gagner la Place Royale, affronter la serre vitrée du Conti. Que des souvenirs heureux... Fuir ? Y aller ! Il y allait d'un pas décidé, le rire de Marie l'y accompagnait.

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