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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:00
Aux pudibonds de tous poils « cachez-moi ce sein ou cette cuisse que je ne saurais voir » je dédie cette chronique sur la mini-jupe en défense d’Aurore Bergé

Aurore Bergé, députée LREM, était l'invitée de Salut les Terriens, samedi 24 février, sur C8. Pour évoquer son parcours politique et plusieurs sujets d'actualité, notamment le combat contre le harcèlement sexuel, la lutte contre les fake news ou encore l'avenir de l'audiovisuel public.

Pendant l'émission, la parole s'est libérée sur les réseaux sociaux... pour le pire. Aurore Bergé a essuyé de nombreuses remarques sur la longueur de sa robe ou sur son décolleté, au milieu d'un flot de tweets insultants.

 

Les messages jugeant sa tenue inappropriée et provocante ont fait réagir la députée LREM, qui s'est fendue de plusieurs tweets.

 

« Je n'ai pas à être jugée sur la longueur de ma robe. Ni moi, ni aucune femme. Je n'ai pas à subir d'insultes, de harcèlement ou pire, en raison d'une robe. Ni moi, ni aucune femme. Rien ne justifie ou n'excuse cela », a écrit Aurore Bergé.

 

Laissons de côté les tweets insultants qui sont le flot de merde  habituel qui déferle sur les réseaux sociaux, vulgarité des mâles qui perdent pied. Ce qui m’interroge, me trouble c’est l’irruption de la notion de tenue inappropriée et provocante chère aux grenouilles de bénitier et aux Tartuffe de toute obédience.

 

Retour en force de l’ordre moral, des pudibondes et des pudibonds, de l’odeur fade des sacristies où l’on touche le zizi des enfants de chœur, des remugles rance des pères la pudeur qui vont à la messe mais sautent la bonne dans sa chambre, de l’armée des mâles frustrés, de la cohorte des qui cachent leur misère sexuelle sous les voiles, des protecteurs hypocrites de la femme…

 

On a beaucoup bavé, raillé sur mai 68, je suis tout prêt à admettre que nous étions un peu con et que nous n’avons pas réussi notre Révolution, sauf que nous avons ouvert grandes les portes à la libération des femmes, des jeunes femmes, celles qui devaient subir l’infamie des aiguilles à tricoter, des ménagères de plus de 60 ans.

 

Traiter une femme de pute en fonction de la longueur de sa jupe ou de la profondeur de son décolleté m’a toujours fait gerber ; que celles qui se sont fait agresser dans ce genre de tenue l’ont bien cherché les salopes me révulse.

 

 

Alors ce matin je ressors de la naphtaline une chronique du 20 juillet 2007  je rendais hommage à la mini-jupe : Mini, mini, tout est mini dans notre vie...

 

 

« Ceux qui me lisent le savent, j'aime Jacques Dutronc. En 1966, il écrit et interprète : Mini, Mini, Mini. La première jupe rase-pets est apparue dans le quartier de Chelsea dans la boutique Bazaar sur King's Road et est l'oeuvre d'une jeune styliste autodidacte : Marie Quant. La mini-jupe va déferler sur le monde : 200 000 pièces vendues en 1966 pour la France. Coco Chanel la trouve « ridicule ». Le Ministre de l'Education Nationale, Christian Fouchet, la juge déplacée « dans les lycées » ; en Pologne le Parti dit « oui » ; en Hollande le Parlement vote « non ».

 

 Plus qu'une jupe raccourcie, la mini-jupe est le symbole de la contestation exit les bas et les porte-jarretelles, vive les collants. C'est aussi, paradoxalement, l'expression des premiers effets de l'opulence : provocation de la perfide, pourtant reine des filatures. Les baby-boomeuses s'affichent, s'exhibent diront certains, montre leurs cuisses et leurs petites culottes. Le top-modèle Twiggy personnifie cette époque et défile pour Marie Quant. Corps d'adolescente à la silhouette filiforme, la raie sur le côté à la garçonne personnifie le début des Swinging Sixties qui s'exprime dans les rues aussi bien dans la musique ou la peinture que dans les tenues vestimentaires. Londres avec sa City guindée fait exploser les lignes, devient la capitale de la création.

 

À l'instar des Beatles, Elizabeth II élève Mary Quant au rang d'officier de l'Empire britannique. André Courrèges se fait un nom en créant une mode ultra-courte taillée et structurée comme une architecture. « Ce n'est pas un raccourcissement mais une construction parfaite. » écrira Roland Barthes dans Marie-Claire en 1969. Le préfet Gandouin, doublement célèbre pour être à la fois l'auteur reconnu d'un guide du protocole et des usages et s'être fait débarquer par son Ministre de l'Intérieur, alors qu'il était préfet de la Sarthe, pour propos orduriers à l'endroit d'un preneur d'otages, donne du discours une définition savoureuse « Un discours doit être comme une mini-jupe, suffisamment long pour couvrir le sujet, mais suffisamment court pour retenir l'attention ». Tout ça pour dire, et l'écrire, que ceux qui réécrivent l'histoire des années 60, à l'aune d'une nouvelle pudibonderie, en prêchant pour un retour à l'ordre moral, couvrant au passage les baby-boomers d'opprobre, me gonflent.

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commentaires

Arédius44 27/02/2018 21:04

Merci pour m'avoir rappelé Chelsea, Marie Quant et le livre de Gandouin que je dois toujours avoir au grenier.

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