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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 06:00
Le Lilian Bauchet vu par la Fleur Godart

Le Lilian Bauchet vu par la Fleur Godart

Enfant de chœur à l’église Saint Jacques le majeur de la Mothe-Achard, j’en ai fait des baptêmes, le curé en surplis empesé, l’eau, le saint chrême, le moutard en sa robe de baptême qui couine (féminin complexe), les parents, grands-parents s’extasiant, les dragées, les cloches carillonnées et, je dois l’avouer, le joli billet glissé dans nos mains avides par le géniteur du baptisé ou de la baptisée.

 

Le baptême est un rite de passage : marqué du signe de la croix, plongé dans l'eau, le nouveau baptisé renaît à une vie nouvelle. Il est devenu chrétien.

 

Vous allez me dire, qu’une fois encore, une fois de plus, une fois de trop, je vous mène sur un chemin qui ne mène nulle part.

 

Pas si sûr chers lecteurs, le concept de rite de passage pour ce « moins que rien » qu’est le vin naturel, son éventuel baptême par le clergé de l’INAO, son entrée par la grande porte dans l’univers des vins qui ont un nom de baptême, n’est-ce-pas l’exercice auquel s’est livré l'ami  Lilian Bauchet.

 

Merci à lui d’avoir confié à mon espace de liberté son jus de tête, du pur jus comme le dirait la Fleur Godart.

 

Je lui laisse la plume.

 

 

« Au hasard de mes pérégrinations sur Internet, je suis tombé récemment sur un article de la RVF qui m'a empli de joie.

 

Publié au moment des primeurs, il présente une sélection de «12 Beaujolais Nouveau Nature au top !». Enfin la RVF consacre les Beaujolais Nouveaux naturels !  ICI 

 

Rassemblées sous l'appellation « nature », on trouve de tout dans les cuvées présentées ; des cuvées levurées ou non et/ou des cuvées filtrées ou non et/ou non sulfitées ou « très peu »... Y'en a pour tous les goûts. A la vigne, la culture se veut « autant raisonnée que raisonnable ». C'est bien, on se soucie de l'environnement. Pour la distribution, nul canal n'est privilégié, cavistes, particuliers, grandes surfaces, bien dans l'esprit de partage et sans chichi des vins naturels. Y'a même des cuvées pour Carrefour, ça tombe bien le patron du groupe vient d'annoncer sa volonté de démocratiser la bio. Pourquoi pas le vin naturel ?

 

Last but not least, une des cuvées s'intitule « cuvée à la con ». Là aussi, nous sommes conformes à l'esprit de franchise du vin naturel . On dit ce qu'on fait, on fait ce qu'on dit.

 

Je ris, mais c'est pour ne pas pleurer. A peine le vin naturel commence à se démocratiser, que les naturopportunistes emboîtent le pas des bioopportunistes.

 

Faisons preuve d'indulgence, parmi les nouveaux convertis, se trouvent des vignerons qui se tournent vers les vins naturels avec sincérité et envie.

 

Mais je ne suis pas sûr que cela soit un sentiment unanimement partagé et certains endossent les oripeaux du vin naturel sans adhérer à ses valeurs, en empruntent les éléments de langage sans s'interroger sur leur sens.

 

La RVF quant à elle s'adapte. Faut les comprendre, ce n’est pas les anars et autres hurluberlus des vins naturels qui vont leur acheter des pages de pub ni participer à leur salon au palais Brongniart.

 

Zorro est arrivé

 

J'ai lu sur les réseaux sociaux que l'INAO travaillait à une définition officielle du vin naturel.

 

C'est vrai que ça part un peu dans tous les sens, et qu'un éclaircissement serait bienvenu.

 

Mes amis de l'AVN se font des nœuds au cerveau sur cette définition depuis de nombreuses années.

 

On aime bien aussi secouer le marronnier sur les réseaux sociaux, des fois qu'à l'INAO on jette un œil sur Facebook entre deux dossiers.

 

Bon, soyons direct, le vin naturel n'existe pas. Sans l'intervention de l'homme, le jus de raisin ne devient pas du vin, mais du vinaigre. Certains coquins à l'esprit espiègle me diront, que le vin naturel c'est parfois aussi du vinaigre. Ah, ah ! Ce à quoi, moi qui aime les joutes verbales, je répondrai, oui, mais pas que. Mais on en reparle sur Facebook, là on n’est pas là pour repeindre la girafe.

 

Alors si le vin naturel n'existe pas, comment l'INAO va-t-il réussir à en donner une définition officielle ?

 

Deux options, soit on tente une définition où on restreint au maximum les interventions et intrants autorisés pour aller vers le plus naturel possible. Soit on se contente d'une définition lacunaire mais qui aura le mérite de fixer un cadre et de servir de garde-fou.

 

La ligne dure est défendue par mes amis de l'AVN. Pas d'intrant, pas d'opérations jugées traumatisantes, pas de négoce. Attention, qui dit pratiques restrictives dit aussi moindre liberté d'action pour le vigneron, avec comme conséquence probable, une réticence chez ceux qui pourtant partagent l'esprit des vins naturels, à adhérer à un cahier des charges qui les contraint. Veillons à ce que cela ne débouche pas sur une sorte de contresens magistral.

 

Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais je pense que l'INAO aura une vision moins radicale. Une définition du genre raisins bios, fermentation spontanée, pas de filtration tangentielle et pas ou peu de sulfite nous permettrait de sortir du flou artistique dans lequel nous nous enfonçons un peu plus chaque jour. Cela ne serait déjà pas si mal.

 

Un premier écueil qu'on peut déjà noter est la difficulté qu'il y aura à opérer les contrôles de respect du cahier des charges. Comment s'assurer par exemple qu'un vin a été réellement vinifié en fermentation spontanée ? Surtout si celle-ci est menée dans un chai où elle constitue une exception ?

 

Peut-être cette certification passera par une dégustation d'agrément ? Où les vins sans défaut seront recalés ! Non mais, y'a pas de raison, ils nous font assez souffrir avec ça au sein des AOC !

 

Ouvrir la boîte de Pandore

 

Faisons un détour du côté de la bio.

 

En ayant escamoté la dimension sociale de l'agriculture bio au profit d'une définition plutôt technique, en accord avec la vision technocratique de Bruxelles, les militants de la première heure de la bio sont en passe de se faire déborder. Attirés par l'appât du gain, aux distributeurs militants des origines se joignent désormais les distributeurs traditionnels de la grande distribution. Aux paysans, l'agro-industrie.

 

Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour vient d'annoncer sa volonté de faire de son groupe le principal acteur de la « démocratisation de la bio » (ça, c'est pour sauver le monde) et la suppression de 2400 postes (ça, c'est pour les actionnaires).

 

Leclerc annonce de son côté la création de 200 enseignes spécialisées, Casino ouvre à tour de bras des magasins Naturalia (150 aujourd'hui), Auchan, vient d'inaugurer son premier magasin Auchan Bio, et Intermarché a pris une participation au capital des comptoirs de la bio. ICI 

 

Après avoir fait crever à petit feu les paysans depuis cinquante ans et encouragé l'industrialisation de l'agriculture, la GD prise d'un soudain accès de remords, se veut désormais à la pointe de la distribution d'une agriculture vertueuse.

 

La bonne blague !

 

Nous pouvons désormais compter sur eux et leurs amis de l'agro-industrie pour exercer un lobbying puissant en vue d'assouplir les règles de la bio et faciliter leur petit business. La manœuvre a déjà commencé à Bruxelles.

ICI  et ICI 

 

On conserve le logo AB qui rassure le consommateur, mais on en dévoie peu à peu le sens... Combien de temps les pousse-caddies vont rester dupes ?

 

Nous risquons de vivre bientôt des heures épiques au sujet de la bio.

 

Revenons au vin naturel. Que pouvons-nous attendre d'une définition officielle du vin naturel par l'INAO ? Débordera-t-elle du cadre purement technique pour embrasser la forte dimension éthique et sociale que porte en elle la notion de vin naturel ?

 

Comme pour l'agriculture bio, nous pouvons sérieusement en douter. Ne risque-t-on pas dès lors d'ouvrir la boîte de Pandore?

 

Car une fois cette réglementation officielle établie, il faut être bien naïf pour croire que les gros faiseurs du vin ne seront pas en capacité d'y répondre immédiatement. Bon, les groupies du vin naturel, je suis désolé mais il faut que je balance une info qui va vous faire mal au ventre. Les vins naturels ne sont pas l'apanage de quelques vignerons artistes de la vinification. L’œnologie, ses techniques poussées et sa pharmacopée sont une invention récente, avant elle, tout le monde vinifiait de la sorte, même le grand-père de Gérard Bertrand.

 

Avec in fine, un volume de vins dûment et conformément estampillé nature sur le marché autrement plus important que celui que nous connaissons aujourd'hui.

 

Nous pouvons même craindre une évolution de la réglementation dans le sens de leurs intérêts, une fois celle-ci dans le giron de nos institutions.

 

Nous ne retrouverions alors dans la même spirale infernale que celle de l'agriculture bio.

 

Certes, les vrais amateurs ne s'y tromperont pas. Mais le vin naturel doit-il être réservé à un seul cercle d'initiés ?

 

Les raisons du développement du vin naturel

 

Quelles sont les raisons du succès croissant du vin naturel ?

 

On le doit à l'opiniâtreté des vignerons pionniers, on le doit à celle de leurs distributeurs qui se battent pour imposer à leurs clients les vins naturels. On le doit au goût singulier de nos vins, réel ou fantasmé, peu importe. On le doit à une volonté du consommateur d'une viticulture plus vertueuse.

 

Mais on le doit aussi à l'arrivée d'Internet, qui a rendu possible l'émergence d'une parole libre, loin de la communication papier et institutionnalisée ronronnante et exercée prioritairement au profit de ceux qui ont le portefeuille bien garni.

 

Tous les codes de la communication autour du vin ont volé en éclat, pour une approche plus décomplexée.

 

Chacun est devenu libre de ses choix et n'a pas à s'en justifier. On entre plus dans le vin comme on entre en religion, on pousse la porte d'un bar à vins, et le « je n'y connais rien » du béotien un peu honteux disparaît peu à peu au profit d'un enthousiasme décomplexé à découvrir l'univers du vin.

 

Certes, on y observe parfois les mêmes comportements moutonniers que ceux qui nous amenaient à acheter les guides papier où les prescripteurs nous délivraient la bonne parole et nous guidaient sur le chemin. Sauf que sur Internet, la foule des prescripteurs est innombrable et désintéressée. On s'y perd un peu comme on peut s'y perdre dans tout autre domaine. Mais ne croyons-nous pas que notre libre arbitre s'est vu puissamment décuplé depuis l'arrivée d'Internet ? Pourquoi cesserions-nous de confier la destinée du vin naturel à ce bouillonnement ? C'est à lui qu'on doit en partie l'émergence du vin naturel, c'est à lui, bien mieux que tout logo, tout cahier des charges d'entretenir la flamme qu'il a allumé.

 

Comme une couille dans le pâté

 

Les amateurs de vins naturels savent quelles batailles ont dû mener les vignerons pionniers acteurs du renouveau du vin naturel auprès du public, mais aussi auprès des institutions.

 

Ils quittèrent pour la plupart, de gré ou de force, les AOC pour les Vins de France où ils trouvèrent un cadre moins normatif et moins restrictif, plus propice à l'expression de leurs convictions et de leur vision du vin, mais ils le firent à une époque où l'on considérait les Vins de France comme le pire de ce que la viticulture pouvait produire !

 

On imagine le parcours du combattant qu'ils durent réaliser pour imposer leurs vins.

 

Cette épopée à la marge participe de l'esprit underground du vin naturel et n'est pas étrangère à son succès.

 

Comment peut-on alors accepter qu'une définition du vin naturel soit encadrée par nos institutions quand les vignerons à l'origine du succès du vin naturel n'ont eu de cesse de se battre contre elles pour imposer leur vision ? Y'aurait pas là comme une couille dans le pâté ? (Pour reprendre une expression vendéenne ICI , on est sur le blog de Jacques Berthomeau, on a le droit.)

 

Ceci dit, cela ne sera pas à nous d'en décider, si l'INAO veut le faire, il le fera.

 

Peut-être nous faudra-t-il alors réinventer un vocabulaire différent, moins équivoque pour parler de nos vins. Un de mes amis dit de ses vins qu'ils sont libres. Si cela reste trop vague, cela reflète mieux pour moi l'état d'esprit qui anime ceux qui les font et ceux qui les boivent.

 

Je n'ai pas d'idée d'une appellation vraiment éclairante. Si quelqu'un voit la lumière ?

 

Note de l’ex-enfant de chœur : peut-être faudra-t-il que le vin naturel attende encore un peu pour être confirmé (la Confirmation dans l’Eglise catholique, on la reçoit après l’âge de raison. C’est l’évêque qui, de manière ordinaire, célèbre ce sacrement : il manifeste ainsi le lien avec le don de l’Esprit aux apôtres au jour de la Pentecôte et la place des confirmés dans la communion de toute l’Église. C’est lui qui réalise l’imposition des mains.)

 

Le vin naturel a-t-il atteint l’âge de raison ?

 

La question reste ouverte, à ceux qui ont des lumières d’y répondre.

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