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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Coupes ton magnéto petit Mao je connais par coeur tes sourates... (12)

Benoît fonça sur sa bécane à la Fac, sur l'estrade du grand amphi la foire d'empoigne, entre la nébuleuse, pileuse et hirsute, des multiples groupuscules politico-syndicaux, pour prendre la direction du mouvement faisait rage. Contraste étonnant entre le joyeux bordel de la base et la teigne des apparatchiks, image saisissante de ce que ce mouvement véhiculera d'images contradictoires. Les émeutes du Quartier Latin, relayées par les radios périphériques, l'ORTF étant muette, avaient électrisés tout le monde, la bonde était ouverte et plus rien ne semblait pouvoir arrêter le flot des délires. Pour sa part, même s’il restait encore en retrait, sous l'action conjuguée de Pervenche l'insurgée et du grand Boulineau, Benoît appréciait l'irruption, dans sa vie de coq en pâte, d'une forte dose d'extraordinaire. Sans qu’il puisse se l'expliquer, ce chaos naissant lui apparaissait comme une chance à saisir, un temps où tout devenait possible, un moment d'histoire dont il allait être acteur.

 

Tout était allé très vite, lors d'une brève accalmie sur l'estrade, Benoît se levait pour se saisir du micro et, face à l'amphi bruissant, au lieu de brailler comme mes prédécesseurs, de servir des tonnes de camarades, de proclamer sa foi en la révolution prolétarienne, de faire allégeance à une bannière, sur le ton de la confidence il s’entendait se présenter comme le porte-parole de ceux qui n'avaient jamais eu la parole. Très vite le silence se fit. Etonnés, pris de court, les chefs de meutes ne purent que le laisser faire. Alors, sans trémolo ni grosse caisse, Benoît parla des gens de peu de son pays crotté, de la servitude séculaire, de toutes ces années de génuflexion et de tête baissée. Des milliers de paires d'yeux le soutenaient. Il enchaînait, sans élever la voix, en déclarant que le temps du silence, de la frustration et de l'obéissance venait de prendre de fin. On l'applaudissait. Il levait la main, l'amphi refaisait silence. Il osait. « Oui, cette parole arrachée à ceux qui nous en privaient depuis toujours nous n'allions pas nous la faire confisquer par d'autres… » Les nouveaux chefs conscients du danger voulaient le jeter. L'amphi grondait. Ils reculaient. Alors, avec un aplomb qu’il ne soupçonnait pas, Benoît proposait l'élection d'un Comité de grève. L'amphi l'ovationnait. Immédiatement il se portait candidat. À mains levées il l'élisait. Tout étourdi par son audace il rendait le micro à Dieulangard, leader de la tendance dure des Maos Spontex, qui le toisait.

 

- T'es qui toi ?

 

- Un mec qui va te marquer à la culotte...

 

- Faudra d'abord ôter tes couches, branleur !

 

- Et toi compter sur les doigts d'une main tes clampins décervelés...

 

- Tu nous cherches ?

 

- Non camarade je t'explique que le rapport de force est en ma faveur et faudra que tu en tiennes compte...

 

- Que tu dis...

 

- Ce n’est pas ce que je dis bouffeur du petit Livre Rouge. C'est ! Regarde bien cet amphi. Ta Révolution, versus longue marche, ils s'en branlent. Ce qu'ils veulent c'est que ça change même s'ils ne savent pas ce qu'ils veulent changer...

 

- T'es qu'un petit bourgeois vérolé ! Tu n'as aucune perspective historique...

 

- Coupes ton magnéto petit Mao je connais par coeur tes sourates...

 

- On t'écrasera comme une punaise !

 

- Avec tes potes staliniens versus Budapest...

 

« Libérez nos camarades...Libérez nos camarades... »

 

L'amphi tonnait.

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