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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Leurs mots, leurs rires, leurs silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, les draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, leurs caresses, leurs premiers émerveillements (17)

Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que Benoît savait d'elle et l'affaire était pliée. Il allait passer sa vie avec cette grande fille droite et simple. Ils étaient allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle. Il le lui dit. Elle rosit : « tu me flattes, tu dis ça à toutes tes conquêtes…

 

- Non, toi je t’aime…

 

- Ho là, là, déjà…

 

- Oui…

 

- Tu m’aimes comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur...

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

- Alors je suis fichue Benoît. Tu vas me croquer...

 

- J'hésite...

 

- Menteur !

 

Leurs mots, leurs rires, leurs silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, les draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, leurs caresses, leurs premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur son cou, leurs enlacements, leurs maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de leurs corps, leur désir, le café chaud dans de grands bols... Pourquoi confierait-il à d’autres la plus petite parcelle de cet espace de temps où chaque seconde était bonheur ? C'est trop simple le bonheur. Traduit en mots on le trouve mièvre. Qu'importe, peu lui importait, il était là, sans nuance, débordant, éclaboussant, Marie et lui se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il leur était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était bien. Nul besoin de serments, d'arrangements, de tous ces atours, ces colifichets, le 24 mai 1968 fut le jour d'elle, le seul jour, l'unique.

 

La révélation de son nom attendit le lendemain. Marie était ainsi, insoucieuse d'elle. Pour autant elle ne l'envahissait pas. Ils se découvraient sans s’embarrasser du fatras des apparences, par petites touches. Pour la première fois de sa vie Benoît agissait sans calcul. Imprégné de la spontanéité de Marie il ne connaissait plus la peur de ne pas être à la hauteur. Il n'y avait ni barre, ni compétition, nul besoin de jouer, d'endosser mon rôle. Tout lui semblait simple avec elle, et ça l'était. Alors ce fut Marie jusqu'au lendemain.

 

Donc, le lendemain du premier jour, sous la douche, Marie lui savonnait le dos. Benoît fermait les yeux sous le jet dru et il l'entendait dire « dimanche nous irons voir mon père... » En ouvrant les yeux il répondait un sonore « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et originale. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par ci par là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie lui exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter.

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