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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 06:00
La grande et la petite Histoire : le décret du 11 mars 1938 fixant l’aire du Juliénas et l’ultimatum d’Hitler au chancelier autrichien Schuschnigg

Je viens de lire L’ordre du jour, un livre mince mais dense, 160 (petites) pages, un récit dans lequel Éric Vuillard se révèle un grand metteur en scène, il montre comment «les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas» et «soulève les haillons hideux de l’histoire» pour raconter la marche vers l’abîme de l’Europe à travers deux moments.

 

 

Je pourrais vous narrer le premier, la réunion du 20 février 1933, où vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens…), sont reçus par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt. Ils vont mettre, sans broncher largement la main au portefeuille afin de financer la campagne du parti nazi pour les législatives.

 

« Ce moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance »

 

Le second, c’est la pantalonnade qui a précédé l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, le 12 mars 1938.

 

J’aurais pu choisir de vous narrer l’incroyable dîner donné à Londres par le premier ministre Chamberlain durant lequel Joachim von Ribbentrop (qui a débuté sa carrière comme importateur des champagnes Mumm et Pommery et qu’Hitler appelait « le petit vendeur de champagne »), tout nouveau ministre des affaires étrangères, abusa de la politesse de son hôte afin de retarder la réponse britannique à l’Anschluss.

 

Mon choix est plus terre à terre mais il est permet de peser le poids du dérisoire face à ce qui deviendra un fait historique, premier pas vers le grand carnage…

 

 

« Vers dix heures du matin, pendant qu’Albert Lebrun, président de la République française, paraphe un décret relatif à l’appellation d’origine contrôlée juliénas (le célèbre décret du 11 mars 1938), et se demande, à mesure que son regard dégringole le long des battants de la fenêtre de son bureau, si vraiment les vins d’Émeringes et de Pruzilly méritent cette appellation, tandis qu’il pleut et que de petites gouttes frappent les vitres comme un morceau de piano exécuté par une main débutante – songe Albert Lebrun dans un élan de poésie –, alors qu’il dépose le décret sur une énorme pile, un vrai foutoir ! et en prend un autre, fixant le budget de la Loterie nationale pour l’exercice à venir – ce doit être le cinquième ou le sixième qu’il signe depuis son entrée en fonction, car certains décrets reviennent comme les martinets dans les arbres des quais, se poser sur son bureau chaque année ; ainsi, pendant qu’Albert Lebrun rêvasse à n’en plus finir sous l’immense égoïsme de son abat-jour, à Vienne, le chancelier Schuschnigg reçoit un ultimatum d’Adolf Hitler. Soit il retire son projet de plébiscite, soit l’Allemagne envahit l’Autriche. Toute discussion est exclue. Terminé le songe de la vertu, il faut maintenant essuyer son maquillage et ôter son costume. Quatre heures interminables passent. À quatorze heures, ayant foutu en l’air son déjeuner, Schuschnigg annule enfin le plébiscite. Ouf. Tout va pouvoir continuer comme avant : les promenades au bord du Danube, la musique classique, le babillage  inconsistant, les pâtisseries de chez Demel ou Sacher. »

Pages 75-76

 

 

JORF du 16 mars 1938 page 3119

Décret du 11 mars 1938 AIRE DE PRODUCTION DES VINS D'APPELLATION "JULIENAS" PAR COMMUNES ET LIEUXDITS

 

Décret du 21 février 2005 modifiant le décret du 11 mars 1938 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Juliénas »

 

L'article 1er du décret du 11 mars 1938 susvisé est remplacé par les dispositions suivantes :

« Art. 1er. - Seuls ont droit à l'appellation d'origine contrôlée "Juliénas les vins rouges qui répondent aux conditions fixées ci-après :

« Art. 1er-1. - L'aire géographique de production des vins est définie par le territoire des communes de Juliénas, Jullié et Emeringes, dans le département du Rhône, et de Pruzilly, dans le département de Saône-et-Loire.

 

Le décret initial de l’appellation « Juliénas » date du 11 mars 1938 :

* La densité minimale est de 6000 ceps/ha pour le Gamay

L’écartement entre rang ne peut excéder 2.30 m et l’écartement entre ceps ne peut être inférieur à 0.80m

* Taille courte : en gobelet, éventail ou cordon, simple, double ou charmet avec 3 à 5 coursons à 1 ou 2 yeux.

* Le Pinot noir est toléré jusqu’à 15 % de l‘encépagement jusqu’à la récolte 2015. L’usage d’incorporer en mélange 15% de pieds de cépages blancs (Chardonnay, Aligoté, Melon, Pinot noir ou Pinot gris) reste autorisé.

* La vendange doit être manuelle.

 

 

« Ce sont des admirateurs de Bruckner, et ensemble, ils évoquent parfois son langage musical, dans les bureaux de la chancellerie, là où s’est déroulé le congrès de Vienne, le long des couloirs où Talleyrand traîna ses brodequins pointus et sa langue de vipère. Schuschnigg et Seyss-Inquart parlent de Bruckner dans l’ombre de Metternich, cet autre spécialiste de la paix… »

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commentaires

pax 26/11/2017 09:26

La dépêche d'Ems, en quelque sorte, fait parti de ces faits, à priori mineurs, qui sont à l'origine de grande catastrophe .Et nous devrions dormir tranquille !
Ah le patronat ! De Gaulle avait tout dit en le recevant immédiatement après guerre : " Messieurs, je n'en ai pas vu beaucoup d'entre vous à Londres..."
Bien sur, il y a des exception comme Godin ( celui des poêle - fin 19 éme siècle) ou le Schindler de la liste. Mais comme Michel Audiard met dans la bouche de Jean Gabin ,le président Beaufort du Film éponyme d'Henri Verneuil :
- Le député Jussieu : Il y a des patrons de gauche ! Je tiens à vous l'apprendre.
- Le président Beaufort : Oui, et y'a aussi des poissons volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre.
Et il voudrait tant se voir aimer ce patronat qui dépense des fortunes en communicants et autres artifices de mises en scène en oubliant qu'il n'y a pas d'amour, seulement des signes d'amour.
Il me fait penser à cette carte postale des années allemandes de l'est de la France. On y voit deux oisillons habillés l'un en alsacien l'autre en lorrain et abrité sous les ailes d'un énorme aigle qui leur dit : " Répétez après moi : Gentil petit oiseau on vous aime ! "

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