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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 06:00
C’était donc ainsi que sa vie se déroulerait. Toutes les 90 s, il saignerait un corps suspendu par les pattes arrière, chaque jour, durant les 40 prochaines années...

Il n’y a de ma part aucune préméditation, aucun calcul, certaines semaines mes sujets de chroniques peuvent paraître répondre à un plan, à une volonté de démonstration sur un  sujet chaud.

 

Il n’en est rien, les enchaînements sont fortuits, ils s’imposent à moi sans que je n’y prenne garde, naturellement.

 

Donc cette semaine c’est la bidoche, la rouge, la saignante, celle qui cumule de plus en plus de handicaps.

 

En effet, pour obtenir un steak il faut tuer un animal dans un lieu appelé abattoir ; autrefois à la Mothe-Achard c’était une tuerie particulière où les bouchers et les charcutiers tuaient eux-mêmes les animaux dont ils vendaient la viande et les préparations au détail.

 

Aujourd’hui, c’est l’histoire d’un tueur dont je vais vous entretenir au travers du livre Les liens du sang  d’Errol Henrot Le Dilettante - 190 pages

 

« François travaille dans un abattoir industriel, un peu à l'écart de la petite ville du sud de la France où il vit. Comme son père. Il ne l'a pas vraiment décidé en fait, parce qu'il ne savait pas bien quoi faire de lui, François, alors penser à ce qu'il allait faire de sa vie... Son père a décidé pour lui. Un petit mot au directeur, un rendez-vous, une visite de la chaîne d'abattage et puis c'est lui qui se retrouve le couteau entre les mains et prend sa place dans le processus qui permettra à des millions de consommateurs de trouver leur ration quotidienne de viande dans leur assiette. Ensuite, les gestes se font, il évite de penser, les jours et les années passent... Mais peut-on rester totalement indifférent au sang qui coule ? Jusqu'à quand ? »

 

Nicole Grundlinger motspourmots.fr 

 

Extrait :

 

Le plus déconcertant, au premier regard, songea François, est la longue file d’attente des animaux, le point  de départ de la chaîne d’abattage. C’est un parcours rectangulaire qui relie un enclos à l’abattoir, pareil à ceux que l’on voit devant les attractions des parcs de loisirs. Et surtout, la régulière avancée des animaux, qui apparaissait au jeune homme comme une progression à la fois rapide et très lente. Rapide à la pensée du nombre d’animaux qui tombaient au cours d’une seule minute. Lente, parce que le drame de la répétition, c’est son impuissance à permettre à l’homme de produire, pour chaque individu qui disparaît derrière ce mur infâme, un souvenir décent, une place suffisante dans la conscience. Cette impuissance, malgré l’habituelle atonie du jeune homme, le troublait, et ses yeux s’humidifièrent. Mais il ne pleura pas.

 

La deuxième image fut celle de l’animal pendu par les pattes arrière à un treuil et conduit au-dessus d’un vaste espace blanc, ressemblant à la surface dure et froide des douches publiques. Encore immobile lorsqu’on lui lia les pattes, l’animal, le crâne perforé quelques secondes plus tôt, se réveillait déjà. Il se tordait, tournait la tête à droite et à gauche, essayait de crier mais ne laissait passer qu’un grognement affaibli. Avec un couteau à la lame très longue, le tueur, droit, en blouse blanche, les pieds fermement établis sur sa plate-forme de travail, trancha les artères carotides de la vache. Le sang s’écoula immédiatement en jets rouges et épais, les rapides battements de cœur de l’animal accélérant le flux. Une quantité impressionnante se répandait sur le vaste espace blanc, et les vapeurs de condensation propageaient l’odeur de décomposition dans le corps de tous, à la fois du personnel et des autres vaches qui défilaient à la chaîne, accrochées au treuil et en attente du même sort. Le ruissellement propulsé au rythme du cœur ralentissait peu à peu. L’animal tressaillait, longuement, puis s’immobilisait. Le sang se déversait dans une cuve spéciale, dans laquelle, mélangé à l’eau, il devrait se dissoudre en quelques jours. Puis le corps fut conduit, toujours sur le treuil, vers l’étape suivante : le décollage de la peau, le calibrage, l’éviscération et le placement dans les cellules de refroidissement où les carcasses étaient disposées les une derrière les autres, avant les opérations de découpe. La troisième image. »

 

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