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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 06:00
Vin propre/vin sale : c'est en buvant n'importe quoi, que l'on devient n'importe qui… boire bon rend-il moins Con ?

En ce moment sur Face de Bouc, dans le petit marigot des gens qui, du matin au soir, sont 100% vin, ça s’écharpe dur à propos d’une vidéo qui, dans un joyeux méli-mélo, mélange les vignes propres, bio ou biodynamiques, et les vins « propres » que seraient les vins nature. Je ne l’ai pas visionnée, j’ai mieux à faire et je connais par cœur le discours de l’intéressé mais, au hasard de l’ouverture de face de bouc, je vois défiler les insultes qui pleuvent comme à Gravelotte…

 

Ça ne vole pas très haut, je préférais de loin les propos de café du commerce ou la verve des murs de mai 68. Sans doute ai-je atteint le stade de vieux con mais je trouve que la provocation bien juteuse n’est plus de saison. L’indigence règne !

 

Alors, ce matin, je m’interroge, comme aimait à le dire le cardinal Marty ancien archevêque de Paris : « Ben moi parfois je me dis : c’est en buvant n'importe quoi, que l'on devient n'importe qui » 

 

Terrible interrogation : est-ce que la nature de la boisson, sa qualité, même plus encore – je pousse la logique à l’extrême – son authenticité, transforme les hommes ?

 

Bien évidemment, j’exclus de mon champ d’investigation à la fois les boissons non alcoolisées afin d’éviter la facilité du « Coca rend con ! » et les enfileurs de degrés, les grands avaleurs, les adeptes du shoot, qui boivent souvent n’importe quoi. Pour autant, même si ça déplaît aux prohibitionnistes, je n’utiliserai pas à l’appui de mon exclusion le célèbre adage « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » car il y a ivresse et ivresse.

 

Mon buveur à moi, c’est monsieur et madame tout le monde, pas un pilier de bistrot ni une alcoolique mondaine, pour qui boire un verre fait partie des petits plaisirs de la vie. Au risque de les froisser je fourre dans mon grand sac les grands amateurs de vins qui, après tout, eux aussi, même s’ils sont passés maîtres dans les figures imposées de la dégustation, boivent parfois.

 

 La population de mon étude étant cernée, il ne me reste plus qu’à circonscrire son rayon d’action. Pour faire bref, pour ne pas vous prendre la tête, je vais laisser de côté la bière et tous les alcools TGV (Tequila-Gin-Vodka) pour m’en tenir qu’au Vin.

 

Me voilà donc au pied du mur et, pour tout vous dire, bien embarrassé par l’extrême flou des concepts utilisés : c’est quoi le n’importe quoi et c’est qui le n’importe qui ?

 

Croyez-vous qu’avec un tel vocabulaire je pourrais postuler pour une chaire au Collège de France ?

 

Comme le disait Sartre qui avait un œil qui disait merde à l’autre et qui ne suçait pas de la glace «C’est dur, hein, de se sentir n’importe qui ? »

 

Comme pour le con, le n’importe qui c’est toujours l’autre… et toujours selon ce cher Jean-Paul « l’enfer c’est les autres »

 

Mon concept étant à point comme le dit mon fromager de son Pont-l’Evêque et de son Livarot je vais soumettre 5 cas pratiques à votre réflexion pour que vous puissiez insérer le produit et ceux qui vont le consommer dans la bonne catégorie :

 

1° Marcel et sa Ginette sortent de leur supérette avec leur pack de « Vieux Papes », du « Listel » et quelques bouteilles de « Kriter » dans leur cabas, y z’ont aussi tout ce qu’il faut pour leur barbecue du dimanche dans le jardin du pavillon. Y sont contents car, pour une fois, la météo annonce du beau.

 

Paul-Henri et son épouse Hildegarde achètent leur GCC de Bordeaux en primeurs, ça les excite, c’est vraiment bien mieux que la Bourse avec ses produits toxiques ou pourris, ils s’en donnent à cœur joie même que pour le millésime 2009 c’est de la folie. Vont-ils être obligés de vendre l’un de leur Dufy ou de céder la moitié de leur pur-sang à l’Aga Khan ?

 

 3° Chico et Pâquerette, lui est dans la pub, elle dans la mode, sont dans tous leurs états, ils viennent de jeter leur dévolu – acheter est vulgaire pour des alter – sur une superbe petite ligne de vins natures que leur a déniché, chez un petit caviste insoumis, Paul-Louis un ancien trader reconverti en courtier de vins non-sulfités. Ils bichent, au prochain croque carottes avec leurs potes ceux-ci seront verts...

 

 4° Marin et César sortent du salon des VIF de la Porte de Versailles, ils ont fait une belle moisson de petites bouteilles de petits vignerons de petites appellations et ils sont vraiment contents de leur virée. Leur chien Médor frétille lui aussi. Bonne pioche de vins sulfités encore cette année.

 

 5° Dumichon qui vit seul sort de chez Lidl avec son BIB de vin de pays d'Oc. C'est un monsieur bien propre, discret, qui lit le Parisien et écoute les Grosses Têtes sur RTL. Son petit verre lui égaie un ordinaire bien ordinaire. Moumousse son gros Persan, lui, il lui offre du Sheba. Et dire que ses enfants ne l'appellent même pas.

 

 Donc, chers lecteurs, que des gens heureux, ou presque !

 

 Tous sont persuadés de boire bon !

 

Alors question aux excités du mulot : croyez-vous vraiment que c’est en vous insultant, en vous contemplant le nombril que vous allez les amener vers ce que vous dénommer les vins propres ?

 

La réponse est NON !

 

Votre petite agitation est stérile, contre-productive, et pour tout dire un peu con…

 

Si vous souhaitez changer le monde, puisque vous proclamez que le vin est politique, allez donc au contact des « larges masses » pour les évangéliser.

 

Soyez convaincant !

 

Ce n’est pas en vous congratulant entre convaincus que vous ferez bouger les lignes…

 

Vous vous dites prescripteur alors que vous n’êtes trop souvent que des défenseurs de vos petits fonds de commerce.

 

Je ne pense pas qu’en buvant n'importe quoi l'on devient n'importe qui et que boire bon rende moins Con mais comme le notait François Mauriac à propos du choix des livres : « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es… il est vrai… mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis »

 

 

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