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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 06:00
Antonin je suis à 100 % Claire Naudin vigneronne des Hautes Côtes  de Beaune « imaginer un modèle de vignes sans traitement, ce n’est pas si farfelu que ça. »

Dans le tout petit buzz, provoqué par une vidéo d’Antonin Iommi–Amunategui sur le site de l’Obs.,  qui a agité le minuscule marigot des qui croient qu’il n’y a que le vin dans la vie, j’ai particulièrement aimé le leitmotiv de certains : « C’est un crie contre le vin ! »

 

Les mecs, faut pas pousser pépé dans les chiottes quand on sait qu’à peine 5% de nos concitoyens acheteurs de vin déclarent  s’y connaître et s’y intéresser, tout le reste, plutôt « pousseur de caddie » comme dirait l’expat. de Barcelone, se tamponne largement de cette bataille picrocholine.

 

Antonin est très mitterrandien, il cultive avec soin l’ambiguïté, en ne traçant pas très clairement une ligne entre ce que certains balancent dans leurs vignes et ce que l’on peut rajouter comme additifs pour faire le vin.

 

Et pourtant dans le premier cas, les fameux pesticides, on touche à des questions de santé publique qui intéressent de plus en plus les consommateurs et qui impactent ceux qui travaillent dans les vignes. Le choix du propre, surtout pour un produit comme le vin, est inéluctable et toutes les arguties des défenseurs des pesticides tombent les unes après les autres.

 

Dès 2001, dans mon rapport, j’avais placé la défense de l’environnement comme étant la priorité numéro 1 de la vigne France, et  pas que pour des raisons de santé publique. On ne peut pas dire qu’à cette époque les soi-disant critiques, experts, dégustateurs se soient rués pour en promouvoir le combat. Depuis, les ouvriers de la 25e heure en rajoutent.

 

En revanche, les additifs pour faire le vin ne constituent pas un problème de santé publique mais une question d’information du consommateur qui est en droit de savoir ce que ce jus de raisin fermenté a été  fabriqué. Tous les produits alimentaires affichent la couleur alors pourquoi pas le vin. Le débat de l’étiquetage informatif est ouvert.

 

Reste le goût du vin, il est assez étonnant que les grands défenseurs du terroir ne s’offusquent pas des multiples béquilles proposées par les marchands de produits, à la fois conseils et vendeurs de poudre de perlimpinpin. Leur goût il a été formaté par des années de soi-disant critiques dégustatives. Ils sont de plus en plus hors-sol et très clairement tout le monde se fiche, à part les soi-disant grands amateurs, de leur avis.

 

Dernier point, en écrivant ce que j’écris je ne suis en rien « un allié objectif »  de l’un ou l’autre camp et ce n’est pas aujourd’hui que je me plierai à la bonne vieille menace qui faisait florès au temps du PCF triomphants « si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous… »

 

Tout ça pour vous dire que les minorités agissantes ou les minorités déclinantes qui s’expriment en lieu et place des intéressés je n’en rien à cirer. Elles défendent becs et ongles leur fonds de commerce, c’est leur droit mais ça ne me touche pas plus qu’un pet sur une toile cirée.

 

Je préfère redonner la parole à une vigneronne : Claire Naudin qui s’exprimait ainsi dans l’excellent livre de Guillaume Laroche « Entre les Vignes » :

 

J’adore le parler net de Claire : « Pour moi, il y a vraiment deux vinificateurs : celui qui a peur des bestioles et celui qui n’en a pas peur. Même ce qu’on appelle les levures bactéries de contamination, que ce soit de Brettanomises pour les levures ou de Prédiocoques pour les bactéries, il y a des équilibres à trouver qui font que l’on peut tout à fait cohabiter avec. Les Bretts, il faut sans doute les maîtriser, mais elles ne produisent pas toutes des phénols volatils. Il y a encore plein de choses à découvrir pour comprendre pourquoi elles se mettent à fabriquer ça, qui est effectivement dégueulasse. En attendant, bombarder les vins au soufre parce que l’on ne veut pas de Bretts, ça n’a pas de sens, avec de très petites quantités, on pilote ça très bien. »

 

Ça me change des empaillages convenus Bio or not bio sur les réseaux sociaux entre les tenanciers de divers fonds de commerce, les vendeurs de poudre de perlimpinpin tout comme les « gentils » défenseurs du bio.

 

Ça ne sent pas le soufre mais le petit huis-clos entre gens du vin qui se regardent le nombril en feuilletant le papier glacé d’un truc qu’eux seuls lisent. Ce conformisme satisfait, buté, avec des œillères, m’étonnera toujours. « Passe-moi le sel, je te passe la moutarde… » « Nous sommes sur le même bateau alors renvoyons-nous l’ascenseur ! »

 

C’est beau comme le commerce !

 

Pour ne rien vous cacher je trouve ces pseudos-batailles tellement dérisoires que je n’en mêle pas car elles sont le fait de protagonistes qui ne font que défendre leur petite boutique.

 

Comme l’écrivait un humoriste méconnu Vincent Rocca « On peut se torcher avec un vin, avec un livre aussi. »

 

Si ces docteurs de la loi daignaient laisser la parole aux intéressés serait-ce trop leur demander ?

 

Revenons à Claire qui n’a pas sa langue dans sa poche :

 

« L’agriculture  biologique qui est faite actuellement, c’est de la bio d’assurance qui n’a de bio que le nom, et ça, ça ne m’intéresse pas. Dans la biodynamie, je suis gênée par le côté gourou, et ce que je ne je ne supporte pas, c’est le côté : « Ne cherchez pas à comprendre, faites juste ce que je vous dis. » Moi ça, je ne peux pas. Comme je fréquente beaucoup ce milieu-là, ça me choque de voir ça chez des potes. Il n’y a jamais de parcelle témoin, on leur amène une nouvelle poudre en leur disant : « Mets ça, tu vas voir, ça va aller mieux. » Ils le mettent, ça va mieux, mais il n’y a pas de témoin. Le gourou a dit que ça allait aller mieux, donc c’est mieux  (rires) et, au passage, il t’a facturé ça 500 euros. Je suis quand même près de mes sous par obligation, donc j’ai du mal avec cet aspect-là (elle réfléchit)  Je suis peut-être trop cartésienne pour plonger là-dedans en fait.

 

En revanche, j’ai un pote à Bergerac qui a créé sa propre méthode et c’est assez intéressant. Le gars, c’est une tronche, il a passé des nuits et des nuits à potasser sur toutes ces notions. Si je devais m’y mettre, je pense que je ferais comme lui. Je veux comprendre ce qui se passe, comme j’ai pu le faire par rapport au soufre et aux bestioles. »

 

Que ça fait du bien à la tête de lire cela !

 

Mais Claire va plus loin et c’est l’objet de ma chronique d’aujourd’hui :

 

« Mais les maladies, c’est compliqué. Le mildiou, on le connaît par cœur, mais l’oïdium, franchement, on ne le maîtrise pas. C’est pourtant un champignon qui est présent presque tout le temps, mais on a tous la trouille. Il y a plein de trucs que l’on ne comprend pas, alors forcément on bombarde en masse. Malgré tous les modèles que l’on nous propose, je vois bien que l’on n’y arrive pas, mais je ne connais pas certainement pas assez mes vignes et mes sols. C’est donc mon défit pour les 50 prochaines années. (Rires)

 

Mais mon projet, ce n’est pas d’être bio dans 20 ans, c’est de ne plus traiter. La vigne de demain sera sans traitement ou elle ne sera pas. La société va nous l’imposer de toute façon, on n’aura pas le choix. Actuellement, nous sommes des pollueurs ! Je l’ai vu au moment de l’affaire de la flavescence (Emmanuel Giboulot), il ne fallait pas aller chercher beaucoup sur Internet. En gros, lorsqu’on expliquait que c’était soit le traitement, soit la disparition des vignerons, la réponse du grand public c’était : « Mais qu’ils crèvent ces salauds de pollueurs ! »

 

Le vin ce n’est quand même pas un aliment essentiel, on est dans le facultatif. Pendant combien de temps la population va-t-elle accepter que l’on pollue pour un truc qui n’est pas indispensable ? Avec Jean-Yves on participe à des groupes de prospective, on essaie de se poser aujourd’hui les questions qui vont apparaître dans 20 ou 30 ans et d’imaginer un modèle de vignes sans traitement, ce n’est pas si farfelu que ça. On ne sait pas encore comment on fera, ni à quel niveau de rendement on pourra espérer arriver, mais, objectivement, on ne peut pas continuer à bombarder de la cochonnerie, même si on en met le moins possible et même si elle est bio. »

 

Moi ça me va, ça correspond à ma philosophie de la vie, douter, réfléchir, écouter, entendre, avancer même s’il faut se battre contre les idées reçues et les marchands du temple quels qu’ils soient. Dieu sait qu’ils sont nombreux à papillonner autour des vignerons…

 

L'intégrale de la chronique ICI   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Sonia Lopez Calleja 09/10/2017 11:50

C'est ce que j'apprécie chez Claire Naudin, son côté cartésien. Elle passe toujours par l'expérimentation, elle valide les choses scientifiquement. On ne la convaincra pas d'utiliser une méthode parce que un tel a dit que c'était ce qu'il fallait faire. Elle représente, pour moi, la paysanne du XXIème siècle : elle réfléchit, observe et analyse ses parcelles et le comportement de ses vins pour en tirer le meilleur. Elle s'approprie son outil de travail. Je la rejoins : appliquer un calendrier de traitements quels qu'ils soient, sans réfléchir, c'est être un simple exécutant/exploitant, pas un paysan/agriculteur.

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