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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 06:00
«De bois noué courent grandes vendanges» dit le proverbe, les maladies du bois ravagent la vigne française, Sonia Lopez-Calleja in LeRouge&leBlanc

En 1978, débarquant dans mon nouvel emploi à l’Office des Vins de Table, créé par le gouvernement Chirac suite aux évènements de Montredon, j’ai découvert lors de la première réunion du comité de direction l’existence d’une division Bois et Plants de Vigne dirigé par un ingénieur agro le placide monsieur Guillot.

 

L’Office, outil éminemment politique, prenait la suite de L’Institut des Vins de Consommation Courante qui lui se contentait de  faire de la technique. Choc culturel entre de vieux ingénieurs et de jeunes loups ne s’intéressant qu’à l’économie. Je découvrais moi un nouveau vocabulaire : sélection massale, clonage, greffés-soudés, taille Guyot… et la population des pépiniéristes divisée en deux syndicats rivaux : celui du nord dominé par les charentais et celui du sud entre les mains des vauclusiens.

 

En clair, les « histoires de bout de bois », dixit le directeur de l’époque, ne passionnaient pas grand monde et surtout pas l’INRA… Comme le dit François Dal dans son interview : « Au début de mes actions, il y a quinze ans, je faisais rigoler les gens ; mes collègues étaient sceptiques ; l’IFV, c’était pire, et les chercheurs de l’INRA riaient à gorge déployée. Les vignerons en revanche étaient très intéressés. »

 

LeRouge&leBlanc de ce mois se penche sur « les maladies du bois (qui) font des ravages dans la vigne française. Selon l’INRA, en 2012, elles touchaient 13% du vignoble. Et leur impact va croissant. »

 

Dans l’édito de ce numéro Sonia Lopez-Calleja, son premier, titre : Flavescence dorée, le phylloxéra du  XXIe siècle, autre fléau qui frappe la vigne France.

 

Sa conclusion est édifiante « En France, après des années de négation d’une possible résistance de la vigne, sans y avoir travaillé, et de l’oubli des travaux d’Antoine Caudwell, l’INRA de Bordeaux a enfin initié un programme de recherches sur les résistances naturelles de la plante au phytoplasme et à son vecteur en serre à haut confinement. Ces études semblent indispensables, car comme le souligne François Dal, dans l’entretien qu’il nous a accordé, pour comprendre une pathologie il faut se confronter à la maladie. Espérons seulement que les années  perdues à cause de l’obligation d’arrachage, y compris dans le cadre de recherches, n’aggraveront pas l’extension de la flavescence dorée. »

 

Extraits de l’interview de François Dal :

 

R&B : Quelles maladies recouvre le terme « maladies du bois » ?

 

F.D : L’esca principalement. Il y a un  débat pour savoir si l’esca et le BDA (Black Dead Arm) sont deux maladies différentes ou la même. Pour moi, c’est un faux débat : ce sont deux expressions légèrement différentes de la même problématique. Il y a aussi l’eutypiose qui a un aspect différent de l’esca avec un feuillage rabougri. Mais le champignon déclencheur est un des champignons « pionniers » de l’esca. D’après Philippe Larignon de l’IFV de Nîmes, qui a beaucoup travaillé sur les champignons, certains d’entre eux sont des « pionniers » ; ils sont ensuite surcontaminés par des champignons secondaires qui, eux, provoquent les symptômes. Parmi ces champignons pionniers, il y a le champignon responsable de l’eutypiose.

 

R&B : Des vignes atteintes d’eutypiose sont donc condamnées à souffrir de l’esca ?

 

F.D : Si elles expriment les symptômes de l’eutypiose, en général, elles n’ont pas d’esca… car elles meurent avant. À l’époque où l’arséniate de soude était autorisé, ce produit était efficace contre les champignons de l’esca, donc nous n’avions pas d’esca… Mais il n’était pas efficace contre « eutypa lata », le champignon de l’eutypiose, donc nous avions beaucoup d’eutypiose. Depuis qu’on n’en met plus, on a plus d’eutypiose mais on a de l’esca. Je pense qu’à l’époque, l’eutypiose s’installait avec un ou deux champignons secondaires. L’arséniate détruisait les champignons secondaires et ne laissait que l’eutypiose, qui finissait par s’exprimer. Désormais, on a une « surexpression » du champignon secondaire, plus rapide, qui provoque l’esca. Si l’on remettait de l’arséniate, il est probable que l’on bloquerait les symptômes de l’esca, mais que l’on retrouverait l’eutypiose.

 

R&B : Avez-vous noté des corrélations entre les pratiques agricoles et la propagation des maladies ?

 

F.D : Oui, mais uniquement si l’on considère l’angle des réserves. La culture bio est une pratique presque trop jeune pour en étudier les répercussions, puisque son explosion ne date que d’une quinzaine d’années. Quand je suis arrivé à Sancerre, il n’y avait qu’un vigneron bio, maintenant nous en sommes à près de 15% des surfaces malgré le climat très difficile des dernières années. Je suis convaincu qu’avec un bon travail en bio, des sols qui fonctionnent bien, on améliore la résistance aux maladies. Par contre, un des problèmes, surtout chez les jeunes convertis, est que, pour éviter le mildiou, redoutable dans nos régions, on enherbe et on baisse la vigueur, avec pour résultat d’affaiblir la plante. On constate alors des taux d’esca importants. Si on fait attention  à maintenir une vigueur correcte, des sols en équilibre et à pratiquer des tailles correctes, il y a peu d’esca. Une parcelle que je connais très bien, menée de cette manière a très peu d’esca après quinze ans, alors que deux autres plantées le même jour, avec le même lot de greffés-soudés, sont touchées à plus de 15%.

 

Ce ne sont que de courts extraits d’une interview très dense où je n’ai pas tout compris mais ce que j’ai compris, au sens de l’histoire c’est que :

 

  • Primo : Les représentants de la fabrication d’équivalents Rafale se sont mobilisés contre la loi Evin alors que sur ces sujets ce fut le grand aveuglement ou peutêtre la croyance que que tout ça se règlerait par le progrès des thérapies violentes.

 

  • Secundo : Les grands nez, ceux qui ne l’ont que dans le verre, les grands amateurs, les « critiques » patentés grattant dans la presse papier spécialisée ne se sont jamais intéressés à ces « détails » vulgaires d’intendance.

 

  • Tercio : La puissance publique, via à la fois les politiques, son administration, sa recherche s’est contentée d’entonner des chants de victoire, qui font tant plaisir aux chefs de la vigne France, sans se préoccuper des questions essentielles.

 

Et maintenant face aux périls que faire ?

 

Réciter la cigale et la fourmi…

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commentaires

Le Taulier pour un vigneron 27/09/2017 11:32

J’écris maladie au singulier.
La première maladie, la seule, dont souffre la filière, c’est l’aveuglement. Une expression que j’ai beaucoup entendue dans les vignes : « ça va bien faire ».
Ça fait bien.
Cette question des maladies du bois reprend consistance avec l’arrêt de l’arséniate, qui a encore vu une manif en sa faveur il y 3 ou 4 ans. Mais tant que l’arséniate était là, pas trop de questions.
C’est le premier point.
En lisant les vieux bouquins, on se rend compte que les maladies du bois existent depuis longtemps. C’est un fond. Mais tant qu’il y a eu le provignage, finalement, si les vignes étaient vieilles, les ceps chez nous, ne l’étaient pas : 20-25 ans, grand maximum.
La plantation sur des porte-greffes change la donne : les ceps sont gardés d’avantage.
C’est le deuxième point.
La taille… peu à peu, la taille s’est faite à la gouzotte, puis au sécateur, puis à la cisaille, à la scie même, puis au sécateur électrique. L’outil a son importance : les plaies de taille sont plus grosses qu’il y a 100 ans.
C’est le troisième point.
Les surfaces taillées par un bonhomme… c’est l’explosion. Pas le temps de tailler en prenant le temps de réfléchir ni de faire les choses bien. En combinant les outils, qui permettent une taille plus rapide et des grosses plaies et cette nécessité de performance, il y a là un gros facteur de risque.

Le vignoble vieillit car les structures ne sont plus - voire même si elles l’ont été un jour - pas adaptées à une culture pérenne comme la vigne. Location des vignes d’un côté (patrimoine), exploitation de l’autre. Il y a antagonisme de gestion entre les structures.

Il y a un quatrième point qui est essentiel : ces 10-12% de perte de récolte font la différence économique. Dans le niveau d’étranglement où se trouve la viticulture aujourd’hui, ce manque à gagner paraît essentiel, comme une bouée de sauvetage. « Ah, si je les avais… » Le problème, c’est que tant qu’on ne les a pas, on ne retrouve pas la capacité à retravailler son vignoble en prenant le temps de bien faire. Et donc, cercle vicieux.

Je signalais à la dernière AG de l’interprofession, en juillet, qu’un des problèmes majeurs de notre filière, sinon le plus grave, c’est son incapacité à percevoir les problèmes qu’elle avait à affronter, et bien évidemment, ce qui en découle, son incapacité à les aborder et à mettre des solutions ne place.
6 ou 7 milliards d’euro de CA pour la filière (tu feras le compte en équivalent Rafale) pour un budget recherche global au niveau français de …. 50 millions d’euro. Dans je ne sais plus quel rapport publié il y a 2 ou 3 ans, les auteurs soulignaient « l’effort important, mais insuffisant »…. Je pouffe de rire ! Important : ces 50 millions sont à peine ce que devrait mettre seulement la Bourgogne dans la recherche et le développement. Mais on est content.
Je ne dis rien des pouvoirs publics qui versent leur aumône – une dizaine de millions d’euro je crois pour le plan dépérissement – quand dans le même temps, ils en trouvent 170 pour l’élevage. Je ne conteste pas ce montant pour l’élevage, mais pour la vigne, il est ridicule.

François Dale prêche dans le désert pour deux raisons. La première, celle qui faisait rire l’INRA : il bidouille avec des trucs archaïques. Les flux de sève, les plaies de taille… alors qu’un bon traitement avec un brevet à la clef, ça au moins ça rapporte. C’est dans les gènes de l’INRA.
La deuxième raison, est liée aussi au rapport de la filière avec les chercheurs. D’un côté une grande méfiance. Un chercheur, ça fait quoi ? De l’autre… je ne sais pas quoi dire. Une espèce de bulle. Les problèmes qui sont posés par les exploitants ne remontent pas, paraissent triviaux.
Ça change peut-être, mais c’est long.

La presse du vin n’a de presse que de nom. UN éminent journaliste de celle-ci – pas Michel Bettane, il y en a d’autres – m’a répondu : « si on commence à parler des problèmes de la filière, personne ne va y croire. On ne peut pas plaindre des gens riches ».


Je vais acheter le rouge et le blanc.

pax 27/09/2017 07:06

Autre aspect passionnant de l'article sur François DAL : son évocation de la remarque pleine de bon sens que lui fit un ouvrier agricole alors qu'il s'apprêtait à montrer comment faire une taille au cordon,l'invitant à respecter les 2 cotés du cep : " Moi je l'aurais pas fait comme ça.J'aurais plutôt pris cette branche-la,parce que là tu as pris deux branches du même coté; comment veux-tu que ça vive de l'autre coté." Révélation !. A rapprocher des commentaires des agriculteurs qui sont d'accord avec la suppression du glyphosate car ils s'en passent depuis longtemps en retrouvant et pratiquant les techniques anciennes telle l'assolement triennal, la jachère etc sans pour autant compromettre leurs rendements.Il ne s'agit pas de chanter le célébrissime tout autant que crétin " C'était mieux avant " mais puisqu'il s'agit de nature en respecter les lois, les cycles et tout ce que les anciens qui n'était pas plus cons que nous même s'ils ne connaissait ni smerdephone et autre GPS savaient observer et tirer de ces observations ce qui était le mieux pour eux. Çà me gonfle,comme dirait l'autre cette soit disant course au progrés, aussi idiote que le regret lancinant rappelé plus haut. Quand réfléchira t on et suivrons nous la recommandation de J.ELLUL : " Il ne faut pas chercher à faire quelque chose au seul motif qu'on sait et peut le faire" ( de mémoire)

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