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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (6)

(6) « Ouais, je fais dans le naturisme…biodynamique chez Dominique Derain… »

 

Avant de m’installer dans mon 180 m2 de l’avenue Charles Floquet je demandai à Emmaüs de vider mon appartement de l’Impasse du marché aux chevaux, y’avait pas grand-chose de potable à l’intérieur mais fallait tout  de même pas que je renie tout à fait ma vie d’avant. Ensuite, j’embauchai Adelphine via Face de Bouc. Au premier message elle me prit pour un gros relou qui n’en voudrait qu’à ses belles petites fesses. Je la rassurai de suite en lui annexant, en MP, son futur contrat de travail qui tenait en quelques lignes mais avec tout en bas un gros chiffre. Rendez-vous fut pris dans un petit  restau vegan de son choix. Nous emballâmes l’affaire en deux temps trois mouvements et je découvris les mérites de son régime pour effacer mon pneu.

 

Sa première mission fut de meubler la baraque selon ses goûts, sans restriction budgétaire, ce qu’elle fit avec un art consommé des mélanges et un certain sens des économies. Cette fille était une perle rare, je le lui dis. Nous pendîmes la crémaillère sur le mode vegan avec tout de même une bouteille de champagne de Pascal Agrapart.

 

Plusieurs semaines s’écoulèrent dans un calme plat. Adelphine attaquait vaillamment Claude Simon, par la face Nord, dans la collection de la Pléiade. Elle gribouillait des notes et des citations sur des post-it qu’elle collait partout dans l’appartement pour que je les lise « ça vous servira dans la conversation dans les dîners en ville, chef… » ; ce que je ne faisais pas bien sûr.

 

Notre vie était réglée comme du papier à musique, Adelphine réglait tout. Depuis le premier jour elle campait dans la lingerie de l’appartement qu’elle avait transformé en caverne d’Ali Baba. Nous pouvions tenir un siège de plusieurs mois sans souci alimentaire. Je me laissais vivre. Coq en pâte, certes, mais soumis à un régime alimentaire drastique et à une pratique intense de la cardio-musculation. Adelphine avait transformé l’une des chambres en salle de sport. Je pédalais. Je ramais. Je fondais.

 

Et puis, vint l’annonce faites par Marie, j’ai toujours détesté ce cul-béni hypocrite de Claudel :

 

- Marie de Saint-Drézéry, bonjour Tarpon, sacré farceur !

 

- Que me vaut l’honneur de cet appel marquise ?

 

- Arrête ton char à bancs Tarpon ! T’as pas toujours pété dans la soie, sors le train d’atterrissage, faut qu’on se voit au plus vite j’ai besoin de m’attacher tes services de clébard truffier…

 

- Mes références sont minces… euh… madame…

 

- Fais simple Tarpon, moi c’est Marie !

 

- Noté Marie mais qu’est-ce qui vous fait penser que je suis votre homme pour je ne sais quoi faire d’ailleurs ?

 

- Tarpon j’ai lu ce que tu as écrit sur Face de Bouc à propos du monde merveilleux des GCC de Bordeaux. T’es taillé pour foutre ton groin dans le lisier qui est en train de se répandre sur le merveilleux terroir des 2 Rives…

 

- Si vous le dites…

 

- Tarpon entre nous c’est le tutoiement sinon tu perpétues ton statut de larbin…

 

- Noté Marie quand est-ce que nous nous voyions ?

 

- Demain, je t’invite à déjeuner aux Climats rue de Lille.

 

- T’as virée bourguignonne Marie ?

 

- Ouais, je fais dans le naturisme…biodynamique chez Dominique Derain

 

- Tu es en de bonnes mains.

 

- J’suis devenue experte en emplissage de cornes de vaches ça me change des gros cons de Saint-Émilion…

 

- T’as toujours beaucoup aimé le style de Norbert Le Forestier le winemaker botté !

 

-  Tu ne saurais si bien dire Tarpon, portes-toi bien, à demain, 13 heures aux Climats.

 

Dès que j’eu raccroché j’ai hélé Adelphine « Préparez-moi un mémo sur les Climats de Bourgogne ! » Nous continuions de nous vouvoyer ça nous permettait de garder la bonne distance. Elle afficha un sourire carnassier « Après la banquière exotique vous vous attaquez à une marquise, vous montez en gamme patron ! »

 

  • Taisez-vous gourgandine, j’entre enfin dans le vif du sujet ! Je vais enfin justifier ma raison sociale, me hisser à la hauteur des plus grands…

 

  • Vous lisez trop de romans policiers patron, si vous me permettez ce conseil : va vous falloir redescendre sur terre sinon vous allez vous aller atterrir sur le ventre…

 

  • Pas faux, vous êtes un bon coach Adelphine…

 

  • Ne me passez pas trop de pommade, dites-moi plutôt ce que je vais devenir ?

 

  • Vous continuez d’être mon officier d’ordonnance Adelphine. Sans vous je ne peux rien faire…

 

  • Arrêtez patron sinon je vais chialer.

 

Ses yeux s’embuèrent, je l’enveloppai de mes bras pour la rasséréner. C’était la première fois que ça m’arrivait. Ça me troublait car, comme vous avez pu le constater, j’suis du genre grossier. Je n’aime pas les gens, ils me font tous chier, tout me fait chier d’ailleurs. Chez nous c’est génétique, le genre ADN qui a foiré dans les grandes largeurs de génération en génération. Suis un handicapé du cœur mais j’me plains pas, je n’aime pas les handicapés. Je ne m’aime pas non plus ! Comme si tout ça ne suffisait pas à mon bonheur j’ajoutais à mon CV : ramier, râleur, procrastinateur, menteur, arrogant, provocateur et prétentieux.

 

Qu’est-ce qui avait changé ?

 

Peut-être que je commençais à m’aimer ?

 

à suivre...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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