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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (5)

(5) « j’ai élevé la futilité au rang d’un art, cher monsieur. N’est pas Lucchini qui veut… Moi je ne lis pas Freud lors de mes pauses… »

 

La réceptionniste, une grande asperge très chic, beau décolleté, n’a pu réprimer une forme de panique, sa bouche peinte de rose fuchsia n’arrivait à proférer aucun son, ses yeux verts amande roulaient dans un océan de stupéfaction et ses magnifiques ongles carminés tapotaient nerveusement le comptoir. Même si j’ai l’air con je sais y faire dans ces cas-là. Pour la détendre j’lui ai joué du Big Lebowski pur sucre, en anglais étasunien, version côte Ouest, large sourire à l’appui, pour décrocher un rendez-vous avec un petit génie de la coupe à la Massato. Ça a marché. Je fus pris en mains par un autre mannequin à la plastique irréprochable afin d’entrer dans la chaîne de production.

 

Mon arrivée dans la salle de shampouinage à l’étage, sorte de serre exotique, exclusivement peuplée de rombières désœuvrées du 6e arrondissement, a fait l’effet de l’irruption d’un porcu neru corse dans une volière de perruches. Une petiote toute boulotte, toute timide, m’a fait enfiler un peignoir japonais, puis elle m’a installé dans un fauteuil à bascule. En m’y rendant je me suis remonté ostensiblement les roubignolles. Sous les casques ces dames durent me vouer aux gémonies. « Ce pays part en couilles, pardon en quenouilles. » La séance qui suivit, test de température de l’eau, massage lent et continu de mon cuir chevelu par la jeune shampouineuse, me mit en état d’érection. Par bonheur l’ampleur de mon saroual m’évita une insurrection. En quittant l’étage je saluai ces dames d’un tonitruant : « femmes, je vous aime… » qui fit sourire la gentille boulotte que j’arrosai d’un large pourliche.

 

Au bas de l’escalier m’attendait mon coupeur de tifs, un grand blond tout maigre à boucles d’oreilles, enserré dans un fuseau mastic noir qui moulait son petit cul de poulain, chaussé de santiags en fausse peau de lézard de Rautureau, tout en haut son torse plat abritait un marcel déchiré. Tatoué comme un matelot il me tendit une main pleine de bagues que je serrais énergiquement. Le garçon était babillard. Il tenta de me dissuader d’adopter une coupe de légionnaire. « Je vais vous faire un superbe dégradé… » En temps ordinaire il aurait eu droit à un « Tu m’obéis et tu fermes ta gueule ! » mais, appliquant mon revirement de jurisprudence, je me contentai d’un « Faites comme bon vous semble » résigné. Ça l’a motivé même s’il l’était déjà ayant zieuté l’épaisseur du pourliche que j’avais octroyé à la shampouineuse. Virevoltant autour de moi, il taillait à la fois ma toison filasse et une croustillante bavette sur sa vie trépidante de noctambule.

 

Le gus n’était pas dépourvu d’humour et, surtout, il ne se prenait pas au sérieux « j’ai élevé la futilité au rang d’un art, cher monsieur. N’est pas Lucchini qui veut… Moi je ne lis pas Freud lors de mes pauses… Son patron avait eu sur lui cette saillie, il l’appelait la Lucchina, « faute de se meubler le derche elle se meuble l’esprit »… J’adore ! Et, vous ? » Il avait ponctué sa question d’un petit rire de crécelle. Je lui concédai que c’était bien vu  ce qui le plongea dans un ravissement extatique. « Vous êtes un dur, vous, un bourru, un modèle comme on en fait plus… J’adore !» D’ordinaire je l’aurais mouché, je n’aime pas les pédés mais il avait le coup de ciseau magique, je contemplais sa geste dans le grand miroir, du grand art ! Quand il eut terminé son office je me fendis même d’un merci agrémenté d’un pourliche royal qui lui tira des gloussements de plaisir. « Si vous revenez, demandez Seb… J’ai été ravi de vous coiffer ! » Le jour fut vraiment à marquer d’une pierre blanche car, tout de go, je lui demandais « Seb pour un costar vous iriez où ? » Sa réponse fusa « Chez Paul Smith, boulevard Raspail ! »

 

Je suis donc allé chez Paul Smith. La totale : costars, chemises, cravates, chaussettes, pompes et une écharpe… en sortant je déposai mes brailles pourries et mes sabots dans la poubelle jaune d’un immeuble. Me restait plus qu’à renouveler mes calcifs, je fis un petit saut au Bon Marché pour m’acheter un lot de caleçons Calvin Klein. Passer des largesses des sabots suédois à la godasse à bout pointu me causait quelques soucis pédestres, il fallait que je m’habitue. Mais pour l’heure il fallait que je bouffe ! J’avais une folle envie de pasta. Je chopai un taxi en maraude : « Rue du Dahomey, à l’Osteria Ferrara. »  Quand j’suis rentré dans la salle, Fabrizio le chef, qui était accoudé au bar, ne m’a même pas reconnu. D’un pas tranquille, en tortillant un peu du derche, je suis allé m’asseoir à ma table habituelle. Le grand miroir du bar me renvoyait l’image d’un mec qui me plaisait bien, rien à voir avec la tronche de looser que je trimballais depuis que mes gonades avaient pris du volume. À propos de volume je décrétai qu’il fallait que je fonde pour perdre le pneu qui pendouillait autour de ma taille. En commandant mes raviolis à l’encre de seiche, je décrétai que j’allais me mettre aux carottes râpées et à la feuille de laitue, puis j’ai repensé au conseil que m’avait donné Fred « une barbe de 3 jours ajouterai une touche de séduction à votre virilité brute… » 

   

Alors, du moins je l’espère, vous commencez à comprendre que, lorsque Marie de Saint-Drézéry, au téléphone, m’a balancé qu’elle tenait un affaire à faire sauter la République, je me suis dit que j’allais enfin accéder au Graal des privés mythiques.

 

Pour ceux qui ne sont pas au parfum, Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, en 2011, a foutu un bordel noir dans le long fleuve tranquille des Primeurs de Bordeaux, tant et si bien qu’un courtier influent déclara tout à trac à une AG du CIVB : « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie »

 

Marie, avant de débarquer à la gare Saint Jean, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier. Orpheline très jeune, elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis de son défunt marquis son père, amateurs d’art contemporain et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre.

 

Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, sa dégaine lui avait valu le surnom de hérisson. De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

 

Si vous souhaitez en savoir plus allez donc baguenauder ICI L’Intégrale de la grande saga de l’été « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » 

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