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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (33)

Épilogue

 

Comme les fenêtres du hasard sont les alliées privilégiées de Marie, nous n’eûmes pas besoin de louer un rafiot de luxe. En effet, l’un de ses clients, le genre qui avait fait fortune dans la Silicon Valley, adorateur de l’un de ses GCC, croisait au large de la Corse et venait de l’inviter à venir les rejoindre à Bonifacio.

 

Lorsque Marie lui proposa d’accueillir Quinton Liu il fut ravi de se la jouer border line, de mettre du piment dans ses vacances, de s’encanailler à bon compte, en accueillant un oligarque de la trempe du fils du général Liu, jacassant dans sa langue et planquant son pèze à Saint Kitts and Nevis.

 

Il plut des superlatifs comme des shrapnels à Gravelotte.

 

Quinton Liu accepta le rendez-vous avec un grand plaisir, ajoutant « je suis heureux que mon offre ait trouvé grâce à vos yeux mademoiselle de Saint-Drézéry… »

 

Marie sentit que l’affaire était presque dans le sac.

 

À côté du rafiot de l’étasunien en Nike l’ex rafiot de Tapie aurait eu des airs de barcasse voguant sur la Mer Morte. C’était un monstre des mers doté d’une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère et d’un petit hélicoptère bulle ; une ville flottante dotée d’un personnel plutôt philippin et d’un équipage tendance Vikings, une merveille de technologie, un bijou gardant encore le charme des yachts de la grande époque : bois précieux, cuivres lustrés, ameublement des cabines et des parties communes inspiré du vrai luxe des paquebots transatlantiques, loin du tape-à-l’œil des nouveaux riches. Notre start-uper avait eu la bonne idée d’épouser une Wasp de Boston.

 

Le lieu du rendez-vous fut fixé d’un commun accord hors des eaux territoriales de la France, n’en déplaise à ce cher Simeoni le nouveau boss de la Corse, et de l’Italie.

 

Le Préfet de région Corse tint absolument, les préfets sont ainsi fait : tout ce qui pouvait plaire à Beauvau leur donnait des ailes, à ce qu’une vedette rapide des Douanes nous convoie jusqu’à ce lieu tenu secret. Nous acceptâmes, ces gens-là sont dotés de grandes oreilles et nous ne pouvions priver les hautes instances de l’État du plaisir de s’informer de nos agissements sans passer par notre filtre.

 

Quinton Liu vint dans un hélicoptère bulle qu’il pilotait.

 

La réception fut somptueuse ce qui combla d’aise Quinton Liu.

 

Nous attendîmes les Puros et les vieilles eaux-de-vie pour aborder auprès de lui le sujet qui nous rassemblait.

 

Marie n’y alla pas 4 chemins : « Contrôler la majorité des parts du château d’Ô vous intéresse vraiment cher monsieur Liu ? »

 

Celui-ci, qui réchauffait un Armagnac millésimé, sans hésiter une seule seconde, rétorquait « Absolument pas ! » (Je précise que la discussion se fit en américain mais eu égard à votre allergie pour cette langue impérialiste je traduis)

 

  • Mais alors pourquoi avoir transmis une offre à son propriétaire ?

 

  • Je n’ai transmis aucune offre à ce monsieur que je ne connais pas mais dont j’apprécie le jus très bodybuildé, ça me change du jus de tomate !

 

  • Je ne comprends pas monsieur Liu…

 

  • C’est pourtant simple mademoiselle de Saint-Drézéry, je vous l’ai d’ailleurs précisé au téléphone ce sont vos GCC qui m’intéressent…

 

  • Mais alors pourquoi ne m’avez-vous pas fait une proposition en direct ?

 

  • Tout simplement parce que mes « amis » de Campanie, à qui j’avais fait part de cette envie, m’ont assuré qu’ils avaient des intermédiaires rompus à ce genre de transaction. Je commence à comprendre que ce fut une erreur…

 

  • Oui monsieur Liu, ces gens-là vous ont trompé…

 

  • Que puis-je faire pour ne pas être impliqué dans une sale affaire ?

 

  • Rien monsieur Liu, savourez votre Armagnac en tirant gentiment sur votre Puros, regagner ensuite votre lieu de villégiature sans crainte, vous n’avez rien à vous reprocher. De plus je ne suis pas vendeuse. Pour sceller notre rencontre je vous ferai porter une belle cargaison des meilleurs millésimes de mes GCC.

 

Quinton Liu se répandit en remerciements.

 

C’était la fin du premier acte, Tarpon avait raison tout ce micmac était le fait d’un looser, Granjus, dit le Pourri, toujours à l’affut de miettes, qui pour se faire mousser auprès d’Agrippine avait monté de toute pièce ce coup foireux afin d’y grappiller trois francs six sous. Ce n’était qu’un gagne-petit, un ramenard sans envergure.

 

La connexion entre lui Arkan Jr s’était faite, il y a quelques années lors d’une dégustation organisée par Granjus à Zagreb. Depuis, celui-ci maraudait dans le marigot du Grand Serbe à la recherche de fraîche.

 

Pour ceux qui ont du mal à suivre c’est pourtant simple : Granjus mis au parfum par Arkan Jr, bossant pour le compte des  agro-mafiosos de Campanie, de l’intérêt de Quinton Liu pour les GCC de Marie a eu l’idée de coupler cette demande avec celle de la prise de contrôle du château d’Ô, en inversant les facteurs.

 

Pourquoi ?

 

Parce que Granjus savait qu’Aadvark cherchait à se défaire de ses parts dans le château d’Ô tant que le foncier était au plus haut et que les prix flambaient.

 

Pour blanchir leur thune les agro-mafiosos étaient prêts à mettre le paquet, les commissions auraient été grasses.

 

Mais alors pourquoi les deux alliés n’ont pas pris langue directement avec Aadvark ?

 

Parce qu’Arkan Jr et Granjus voulaient palper un max au passage en faisant accroire à Aadvark  que c’est lui qui bénéficierait des dessous de table. D’où l’idée de faire d’Agrippine le vecteur de la proposition car elle était, selon eux, le maillon faible.

 

Cuisiné par Tarpon, Aadvark, après une résistance héroïque, nous confirma que c’était bien elle qui lui avait transmis la double proposition.

 

Ce qu’ils n’avaient pas prévus c’est qu’Aadvark prenne peur, embauche la ganache de Touron pour, suite à la disparition de celui-ci, venir confier ses craintes à Marie et que celle-ci renvoie l’ascenseur, avec une proposition homothétique, via Tarpon. 

 

Les coups tordus ont la fâcheuse tendance à revenir, par effet boomerang, dans la gueule de ceux qui les montent.

 

Si vous n’avez pas entravé la manip, le cabinet Eugène Tarpon  « Conseil en affaires réservées » reste à votre disposition pour le SAV.

 

Mission accomplie.

 

Nous allâmes tous gueuletonner chez Pierre Gagnaire rue Balzac.

 

Le même jour, à la même heure, nos yakusas élargissaient Arkan Jr et les hommes de main de celui-ci déposaient Agrippine à la gare Montparnasse où l’attendait Aadvark.

 

Qu’advint-il d’eux ensuite, ce ne sont pas nos oignons.

 

Dans nos rangs, Tarpon séduit par la Corse s’installa pour un temps à Pignia afin de réfléchir à son avenir, entrer en politique ou spécialiser sa crèmerie en agence de protection des grosses huiles, ne rien faire, gérer les châteaux de Marie, Lucette Durand, qui le rejoignait chaque week-end, l’incitait à prendre le train d’En Marche, elle prenant en mains l’agence avec l’appui de ses yakusas.

 

Adelphine et Rosa, tout en continuant d’être grassement rémunérés par Tarpon, décidèrent d’ouvrir une cave à manger littéraire dans le VIIe arrondissement, baptisée Rue des boutiques obscures que Patrick Modiano, en voisin, viendrait inaugurer.

 

Lulu intégra une start-up conceptrice de jeux vidéo pour y développer les aventures d’Eugène Tarpon le privé au nom de poisson, et moi je repartis en Bourgogne pour parfaire mon apprentissage chez Claire Naudin.

 

Et Touron me direz-vous ?

 

Tarpon avait raison, sitôt son chèque encaissé, après avoir pris une grosse mufflée, ce grand courageux s’était planqué.

 

Enfin, en ce qui concerne celui par qui le scandale était arrivé, Granjus, rien n’a changé pour lui, en bon stipendié, il continue de pérorer.

Prière d’insérer :

  • Cette grande saga policière de l’été n’a pas été sponsorisée par l’ODG de SaintÉmilion.

 

  • L’auteur remercie Ingrid Astier l’auteure de Haute Voltige et Jean-Baptiste Malet l’auteur de l’Empire Rouge de leur collaboration bien involontaire.

 

  • Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est bien évidemment purement fortuite.

 

  • Le château d'eau illustrant ce polar est un monument historique situé à Colmar (HautRhin), l'édifice est situé avenue Raymond-Poincaré dans le quartier sud de Colmar, dans un parc, nommé Parc du Château d'eau, à côté de la cour d'appel et qui occupe une superficie de 13 990 m22. Sa capacité est de 1 200 m3. Il a été construit entre 1884 et 1886. Ce château d'eau a été construit entre 1884 et 18863 sous la direction de Victor Huen et de l'ingénieur Heinrich Grüner. L'édifice est un exemple de l'architecture allemande du début du xxe siècle, son escalier et sa façade sont tout à fait remarquables. Présence d'arcs brisés, modillons, appareil à bossages, mâchicoulis. Le donjon mesure 12,3 m de diamètre et 53 m de hauteur. Sa capacité en eau est de 1 000 m3. Il est inauguré le 22 juin 1886 et mis hors d'exploitation en 1983. 

 

  • Le fait que ce roman se déroule en 33 chapitres et se termine le 13 ne relève pas d’un quelconque Bordeaux bashing.

   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

pax 13/09/2017 07:07

Et bravo à COLMAR d'avoir su conserver et enrichir son patrimoine et de n'avoir pas succombé à la tentation consistant à faire du passé table rase.(Idem pour SELESTAT quelque km au nord de COLMAR. ) Dans les années cinquante STRASBOURG se posait la question de savoir s'il fallait détruire le quartier allemand construit pendant les quelques cinquante ans d'annexion prussienne.
Aujourd'hui STRASBOURG vient d'obtenir le classement de ce quartier " La Neustadt " par l'Unesco

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