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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (2)

(2) Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé !

 

Tarpon, c’est moi bien sûr, mais, je dois à la vérité de vous révéler que ce nom est ma nouvelle raison sociale. Mon patronyme officiel, celui de mes papiers, c’est Desboires. Hubert Desboires. Sans contestation ce nom allait comme un gant à mon géniteur qui, tout au long sa vie, les a alignées comme des écheveaux saucisses pur porc. Ma mother, elle, était une Laforêt. Z’ont jamais mis un trait d’union à leurs noms vu que leur union n’a duré que le temps de me jeter hors du ventre de ma mère. 

 

Le jour où j’ai viré de bord à 180°, barre toute, changé de vie quoi, j’ai aussi décidé de virer ce putain de nom. Si j’ai choisi Tarpon, un nom de poisson, c’est d’abord en hommage à Jean-Patrick Manchette mon idole, mais c’est aussi parce qu’Eugène Tarpon, pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, me ramenait à mon paternel qui, lorsqu’il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, me marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.   

 

 

 

Délire d’ivrogne, ma mère, infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée, vite fait mal fait, quand j’étais encore un chiard braillard, avec un jeune interne boutonneux qui s’était empressé de s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du nectar, un GCC qu’y disaient dans les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : chez ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé !

 

Même que j’ai fait enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de cornemuse. J’étais tout boulot, rond quoi, car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de gorets et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des gonzesses. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la grand-mère de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension, mais, comme y pouvait plus raquer, les curés m’ont viré. C’est alors, qu’au lieu de rentrer à Paris, j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été très floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles des héros de Dashiell Hammett, que Manchette tenait pour « le meilleur romancier du monde depuis 1920 », de James Hadley Chase, Raymond Chandler… Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me glissais à nouveau dans la peau de mes héros.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus, comme ça, sans prévenir. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant sa télé ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec ma tripotée de petits jaunes, suis allé pisser avant de m’en aller. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était déjà rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie. 

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde, ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape !  C’est Simone, la femme du patron, qu’est super bien roulée mais qu’a aussi la tronche de traviole, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné. J’ai touché le pactole. J’me suis tiré sans prévenir ni Carrouf, ni mon tas.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans un petit bureau, au 6e sans ascenseur, que je louai, sitôt arrivé, au 17 de l’Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement.

 

à suivre...

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