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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 06:00

(17) Tintin au Congo, totalement envapé, couinait «mort aux vaches !»

 

Que du bonheur, je m’étais réinstallé dans mon appartement de la place Fürstenberg en compagnie de Lénine mon chat de gouttière et de Tintin au Congo mon mainate religieux qui jurait comme un charretier. Le quartier avait bien changé, en mal. Le Flore et les Deux Magots, des gargotes à touristes friqués, en mal du temps béni de Saint-Germain des Prés, y venaient boire du mauvais vin et mal bouffer. Mon Monoprix était toujours là mais je n’y connaissais plus personne. Pour ne pas déprimer après avoir cassé une petite graine, arrosée de vin nu, à Fish Boissonnerie, rue de Seine, je me suis payée une toile, suis allée au ciné quoi voir Le Caire confidentiel.

 

Le titre me rappelait l'un des meilleurs romans de James Ellroy, L.A. Confidential. À raison : comme l'écrivain américain dans son évocation du Los Angeles des années 1950 le cinéaste Tarik Saleh offre une intrigue criminelle captivante de bout en bout, avec tous les ingrédients du genre — femme fatale incluse. Mais aussi le portrait, social et politique, d'une mégalopole à un moment clé de son histoire, avec ses puissants qui se croient au-dessus des lois et ses misérables utilisés pour les basses œuvres... puis éliminés quand ils deviennent trop gênants.

 

Tout est pourri au royaume des pharaons dixit les Inrocks 

 

L’inspecteur Noureddine mène l’enquête, qui le conduira dans toutes les strates de la société égyptienne, de ses bas-fonds torves à ses sommets luxueux, voyage urbain et social dont le terminus sera le constat désabusé et peu surprenant que tout est pourri au royaume des pharaons, à commencer par la tête de l’Etat.

 

Un film noir arabe prenant en charge un contexte politique récent et toujours d’actualité, ce serait déjà pas mal, mais là n’est peut-être pas le plus important. L’essentiel, c’est le talent et l’inspiration de Tarik Saleh pour transcender ce matériau réaliste, renouveler ses codes, en s’échappant dès qu’il le peut des clous de l’enquête de son flic pour se laisser porter par les vents d’une balade cinématographique sensualiste et sensorielle.

 

« Au début du film, Noureddine est un policier comme les autres, pas plus — mais pas moins — « ripou » que ses pairs. Il est même promis à un brillant avenir s'il continue de servir le système en fermant les yeux — et en se servant au passage. Mais Noureddine est de la trempe d'un Philip Marlowe, le privé désabusé des livres de Raymond Chandler (Le Grand Sommeil, Adieu, ma jolie) : il y a une vraie intégrité morale derrière son cynisme. Un coup de foudre amoureux, mais aussi le sort atroce réservé à une immigrée soudanaise vont réveiller sa soif de justice. Son supérieur faussement paternaliste a beau le promouvoir commissaire pour calmer ses ardeurs, rien n'y fait : Noureddine veut s'attaquer aux maîtres du pays, quitte à risquer sa vie. Le personnage est magnifique et son interprète, Fares Fares, grand échalas au visage taillé à la serpe, étonnant... »

 

En sortant j’envoyai un SMS à Tarpon pour lui dire que ce film le ferait bander.

 

Le soir donc, nous pataugions dans l’euphorie suite à la journée que nous avions baptisée « la George V » prononcé Vé. La réunion de débriefing, qui devait initialement se tenir rue Charles Floquet, fut déportée chez moi. Lénine bouda. Tintin au Congo fut encore plus ordurier que d’ordinaire ce qui ravit Adelphine et sa copine Rosa. Tarpon, le pur malt aidant, pontifia quelque peu en s’attribuant des lignées de médailles tel un général soviétique de la couvée du temps béni des Brejnev, Andropov et Tchernenko. En plus de Lulu le nouveau venu, qui se croyait dans une bande dessinée, nous décidâmes Tarpon et moi d’embaucher Rosa qui venait de quitter son job de contrôleuse de gestion chez Nicolas, le caviste du père Castel. Sa militance pour l’extension du vin nu ne pouvait tolérer d’être traître à la cause en additionnant les profits du baron de Lestac.

 

L’heure n’était plus à l’improvisation, Rosa tiendrait le planning des opérations et veillerait à l’intendance qui, comme chacun sait, fait la force des armées. Pour nourrir la troupe, des trofies au pesto de Genovese, de la ratatouille, préparée de mes mains, des fromages de Terroirs d’avenir de la rue Timbaud et des glaces de chez Geronimi. Pour le liquide que du Derain et du Bain.

 

Avant de faire bombance nous callâmes le scénario du lendemain : je me rendrais, bien sûr seule, à 10 heures chez le directeur de cabinet de Collomb, place Beauvau. Tarpon se positionnerait dès 10 h 30 à la brasserie Le saint Laurent au 10 rue des Saussaies pour réceptionner les deux lascars de la Mouzaïa. Je les y rejoindrais sitôt sorti de l’entrevue avec le direcab pour passer un deal avec eux. Adelphine se posterait sur son scooter place des Saussaies pour répondre à une éventuelle sollicitation.

 

Les adeptes du chichon, Tarpon, Adelphine et Rosa, discutaient le bout de gras sur les filières d’approvisionnement de résine, tout en tirant à qui mieux mieux sur leur joint. Tintin au Congo, totalement envapé, couinait « mort aux vaches ! ». Lénine condescendit à descendre du haut l’escabeau de la bibliothèque pour venir se nicher sur les genoux de Lulu qui, vin nu aidant, se voyait dans la peau d’un héros d’un jeu vidéo. Sa petite voix flutée passa au-dessus du brouhaha de nos conversations débridées.

 

  • Vous croyez qu’ils l’ont violé la dame au Perfecto ?

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