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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (13)

(13) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 2 «je ne suis pas seul sur la filoche, la maison poulaga est aussi de la partie» Tarpon

 

Agrippine circulait en Uber et moi en scooter, ça faisait marrer Tarpon que je dise ça, allez savoir pourquoi ?

 

Et vous ça vous dit quoi ?

 

Filocher quelqu’un c’est totalement jouissif, surtout lorsque la proie ne se doute de rien, faut simplement faire gaffe à ce que ta fiole ne croise jamais son champ de vision. Dans les règles de l’art une filoche se fait à plusieurs, ça je l’apprendrai plus tard.

 

Profitant d’un énième déplacement de la star mondiale du conseil vineux, en Australie je crois, la madame filait vers Paris par le chemin de fer. Comme elle semblait pressée elle avait pris la LGV depuis la gare Saint-Jean de Bordeaux.

 

J’avais une pensée pour ce pauvre Juppé qui allait réunir ses derniers amis politiques, une quarantaine de juppéistes pourraient participer à ce séminaire, dont l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, les 25, 26 et 27 août à Bordeaux, le temps d' « un week-end de réflexion pour faire vivre ses idées ». « Il s'agit d'organiser un rendez-vous annuel d'amitié et de réflexion, sur le modèle de ce que faisait Jacques Delors à Lorient. Cela ne vise pas à structurer un courant », assure le juppéiste Dominique Bussereau. Entre 1985 et 1996 avait lieu chaque fin d'été à Lorient une réunion des « transcourants » PS de François Hollande et Yves Le Drian, sous le parrainage de Jacques Delors.

 

Avant de monter dans le TGV Agrippine avait fait une escale dans un immeuble de la périphérie. Je notai l’adresse pour vérification. Elle en était ressortie dans une tenue bobo-chic : jeans délavé cisaillé aux genoux, tee-shirt arborant la tronche d’Obama, perfecto et ballerines Repetto, petit sac à dos Kipling, j’ai été à deux doigts de ne pas la reconnaître car elle portait une perruque noire de jais. Je passai l’info par SMS à l’ensemble de la bande. Tarpon en retour : « ça sent le mâle ma gisquette ! »

 

Dans son Uber aux vitres teintées Agrippine filait vers les beaux quartiers. À notre arrivée à Montparnasse, Lulu, le coursier que Tarpon venait d’embaucher, m’attendait avec mon scooter. Paris au mois d’août est quasi-vide je me contentai donc de suivre la grosse allemande à bonne distance. La course fut courte, l’Uber la déposa devant le George V qui, pour  les ploucs qui l’ignorent est situé avenue George V.

 

Tarpon aurait-il raison : madame venait-elle se faire honorer dans un palace par un jeune voyou, je dis ça vu la dégaine de la madame ? En la voyant entrer prestement je notai dans ma petite tête, ce que j’aurais dû faire dès sa prise en charge à Bordeaux, un détail intéressant : Agrippine ne trimballait, en dehors de son sac à dos, aucun bagage.

 

Qu’allais-je faire si elle rejoignait, avant le 7e ciel, une chambre du palace ?

 

Mon inexpérience allait-elle me faire foirer ?

 

Dans les films noirs, les flics ont toujours des indics pour leur mâcher le travail, moi je ne me voyais pas, la gueule enfarinée, aller demander à l’homme aux clés d’or, où la madame allait se faire tringler.

 

Mon Dieu que je suis vulgaire ?

 

Mais, comme j’ai le cul bordé de nouilles, la madame délaissant les ascenseurs filait vers la Galerie.

 

« Ornée de magnifiques tapisseries flamandes, de tableaux et d'un mobilier datant du XIXe siècle, ainsi que de sublimes objets d'art, La Galerie est à la fois le cœur et l'âme de l'hôtel. Chaque jour à partir de 15h, un pianiste contribue à l'ambiance paisible de ce haut lieu parisien. Confortable et élégante, la Galerie abrite aussi bien les conversations intimes que les repas animés. En été, La Galerie assure un service en terrasse de 12h30 à 22h. »

 

Agrippine n’était pas attendue mais manifestement elle était connue du personnel qui, dès son arrivée, fut aux petits soins avec elle. Ce n’était pas mon cas, j’étais dans mes petits souliers, des Veja équitables, tout en me disant que mon air nunuche jouait en ma faveur. Je posai mes petites fesses, assez loin d’Agrippine sur l’un des superbes canapés et je me plongeai dans le numéro des Inrocks que j’avais acheté à la gare Saint-Jean.

 

À mon grand étonnement le garçon ne me demanda pas de lui montrer ma carte d’identité lorsque je commandai un Bloody Mary en début d’après-midi. En me l’apportant, c’était un pépère à la tronche sympathique, il me dit tout sourire dehors « Vous ressemblez à ma fille… ». Dans ma petite Ford d’intérieur je me dis « pas besoin d’indic, le pépère va te dégoiser tout ce que tu voudras… » mais sans pour autant lui tomber de suite sur le râble. Pas de souci, comme nous le disons aujourd’hui, il fut conquis par ma courtoisie.

 

L’arrivée de deux gus interrompit notre bavette, le premier au teint gris, vouté, flottait dans un costar pas très tendance, sa barbe poivre et sel accentuait les ravines de son visage, sa tronche me disait quelque chose – Tarpon nous avait concocté un trombinoscope des bestiaux du marigot de Bordeaux – était suivi par un colosse sanglé dans un costar noir épaulé sur chemise blanche ouverte, belle gueule, trop, mâchoire carrée, mains battoirs, cheveux ras, sourire carnassier. Ils rejoignirent Agrippine, le vieux lui claqua deux bises, le bellâtre lui secoua la main.

 

« Suis dans la galerie du George V - deux nouveaux arrivants sur zone – radine pour les prendre en filoche à la sortie »

 

« Ok, j’arrive » Tarpon

 

De là où j’étais je ne pouvais, bien sûr, suivre l’évolution de la conversation qui s’était engagée entre Agrippine et la belle gueule, mais à un moment je perçus, à la crispation du visage de celui-ci, qu’elle prenait une tournure désagréable. Le vieux ne mouftait pas, il se liquéfiait. Agrippine, elle aussi semblait n’en mener pas large, ses mains tremblaient. Manifestement il y avait de l’orage dans l’air et mon petit doigt me disait que la proposition de Tarpon y était pour quelque chose.

 

« Nous avons ferré un gros poisson… »

 

« Suis en place » Tarpon.

 

Le grand type se leva brusquement, laissant Agrippine en plan sans même la saluer, suivi du vieux la queue basse. J’avertis Tarpon en lui envoyant la photo de dos des 2 que je venais de prendre lorsqu’ils étaient passés devant moi.

 

Sur le canapé Agrippine était en charpie, elle pianotait sur son smartphone.

 

« Réceptionné les poissons, je suis le squale… le vieux est un pourri… nom de code Pourri. » Tarpon

 

Mon serveur revint vers moi. Je l’entrepris gentiment « ça avait l’air de chauffer à côté ? »

  • À qui le dites-vous je n’avais jamais vu monsieur Granjus dans cet état…

 

  • Un habitué ?

 

  • Oui

 

  • Et l’autre vous le connaissez ?

 

  • Non, mais c’est la deuxième fois que je le vois avec la dame et monsieur Granjus. Cette fois-là tout allait bien, ils ont même terminé au Krug.

 

  • Comme quoi, un jour Jean qui rit le lendemain c’est Jean qui pleure.

 

  • Le grand il a un drôle d’accent…

 

  • Ha !

 

  • Je dirais que c’est un serbe.

 

  • Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

 

  • J’ai fait la Légion Étrangère, je suis Sicilien d’origine…

 

  • Mafiosi ?

 

Il partit dans un grand éclat de rire. Mon smartphone bipa « je ne suis pas seul sur la filoche, la maison poulaga est aussi de la partie » Tarpon

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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