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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 06:00
« J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds » Simone Veil à Jean-Marie Le Pen

Souvenir d’une belle amie infirmière au CHU de Nantes qui, le lundi soir, pleurait en rentrant du travail : combien de jeunes femmes avaient encore mis leur vie en danger avec des faiseuses d’anges ou des aiguilles à tricoter ?

 

Je ne trouvais pas les mots pour la consoler, je l’écoutais en me jurant que je me battrais auprès des femmes pour que : plus jamais ça !

 

Des aiguilles à tricoter à la loi sur l’IVG  lire ICI 

 

Le 26 novembre 1974, Simone Veil montait à la tribune de l'Assemblée nationale pour prononcer un discours historique afin de défendre sa loi légalisant l'avortement. Elle dû faire face à des adversaires déchaînés, des réactions d'une rare violence.

 

Ils avaient face à eux une femme courageuse, pugnace, intransigeante, florilège :

 

« La peur ne se fuit pas, elle se surmonte. »

 

« L’amour ne se crie pas, il se prouve. »

 

« Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument »

 

 

Tous les adversaires du projet sur l'interruption de grossesse se sont mobilisés, il y a plusieurs mois, en vue de cette bataille, les yeux fixés sur la ligne bleue de la foi, de l'humanisme ou d'une certaine idée de la France. Ils ont leurs champions : l'ancien garde des Sceaux, Jean Foyer, qui peut chanter toute la messe en grégorien, le frénétique Pierre Bas, qui gifla Mitterrand un jour où il s'était cru outragé, le pharmacien vendéen Paul Gaillaud, le docteur Feit, gynécologue lyonnais de grand renom et député giscardien du Jura. Et encore Gabriel Kaspereit, et surtout le plus prestigieux et le plus torturé, Michel Debré.

 

Tous membres de la majorité présidentielle. Profitant de l’absence des partisans de la libéralisation de l'avortement, le camp des « anti » s'était installé en maître à la commission parlementaire et avait élu, comme rapporteur du projet, l'un des siens - le plus obscur peut-être : Alexandre Bolo, député de Loire-Atlantique qui exerce dans le civil la profession de représentant. Et, en quelques jours, la loi Veil, à laquelle le président de la République tenait tant, s'était trouvée en lambeaux.

 

Les autres, tous les autres députés, les tièdes, les hésitants, les tourmentés, étaient restés silencieux, emmurés dans leur drame de conscience. Dès le dépôt à l'Assemblée du projet de loi, ils avaient reçu un vilain tract à croix gammée, démontrant que la France reprenait à son compte la politique de sélection raciale de Hitler.

 

L'avaient-ils lu ?

 

En quelques semaines, ils avaient été submergés de lettres, de télégrammes, de coups de téléphone, de menaces. Il fallait avoir la tête vraiment solide. Le député de Quimper, Marc Becam, un jeune catholique militant, gaulliste progressiste, disait : « Je reçois, en moyenne, un appel pathétique par jour. C'est vraiment pour moi le vote le plus difficile que j'aie jamais eu à accomplir. Mon chemin est pourtant tracé : c'est celui de l'Eglise. Si je me prononce pour la loi, je crains d'ouvrir une digue - le barrage de Fréjus, comme disait de Gaulle. Mais si je repousse le projet, je me joins aux Pharisiens qui chaque jour acceptent mille avortements clandestins et dorment en paix. »

 

Un autre gaulliste, le « commando » Vivien, interrogeait chaque matin sa femme et ses deux filles, dans l'espoir vain d'entendre l'argument décisif. Quant aux élus du Centre démocrate, survivants de la démocratie chrétienne, ils n'assistaient pas aux travaux de la commission et l'on prétendait méchamment qu'ils se cachaient. Un secrétaire d'Etat, croisant un élu, lui avouait : « Au gouvernement, nous avons de terribles problèmes. Mais du moins nous n'aurons pas à voter sur ce   texte. Et, si j'ose dire, c'est une sacrée chance ! »

 

Devant une assemblée qui compte 9 femmes pour 481 hommes, la ministre s'exprime d'une voix calme, un peu tendue: « Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300000 avortements qui chaque année mutilent les femmes dans ce pays, bafouent nos lois et humilient ou traumatisent celles qui y ont recours »

 

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit de les écouter. C'est toujours un drame », assure-t-elle tout en soulignant que « l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue ».

 

Son discours d'une heure est chaleureusement applaudi par la gauche. La droite se tait, pour l'instant. Dans les tribunes du public, à l'inverse de l'hémicycle, ce sont les femmes qui dominent, venues en masse écouter la ministre.

 

Suivent alors plus de 25 heures de débats durant lesquelles Simone Veil affronte insultes et propos de « soudards », racontera-t-elle, pendant qu'à l'extérieur, des militants anti-avortement égrènent leurs chapelets. Trois jours et deux nuits de combat contre les tenants de sa propre majorité.

 

Hélène Missoffe, l’une des rares femmes de l’hémicycle, est la première à prendre la parole après la ministre Veil : «Se fermer les yeux, faire comme si le problème n’existait pas, est à la fois lâche, bête et stupide.»

 

Michel Debré, ancien Premier ministre du général de Gaulle, voit dans ce texte « une monstrueuse erreur historique ». Les députés de droite René Feït et Emmanuel Hamel diffusent dans l'hémicycle, à tour de rôle, les battements d'un cœur de fœtus de quelques semaines. Le premier affirme que si le projet était adopté « il ferait chaque année deux fois plus de victimes que la bombe d'Hiroshima ». Jean Foyer, ancien Garde des Sceaux du général de Gaulle, lance: « Le temps n'est pas loin où nous connaîtrons en France ces avortoirs, ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes ».

 

Le pire reste à venir: Hector Rolland reproche à Simone Veil, rescapée des camps de la mort, « le choix d'un génocide ». Jean-Marie Daillet évoque les embryons « jetés au four crématoire ». Jacques Médecin parle de « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis ».

 

5 avril 1971, l’appel des 343 « salopes »

 

La bataille pour le droit à l’avortement commence bien avant l’arrivée de Simone Veil au gouvernement. La question divise la société. Le 5 avril 1971, 343 femmes réclament le droit à l’avortement dans le Nouvel Observateur. «Un million de femmes se font avorter chaque année en France… Je déclare que je suis l’une d’elles», écrivent Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig, Catherine Deneuve, Françoise Sagan, Jeanne Moreau… et d’autres que Charlie Hebdo rebaptisera les «343 salopes». Le manifeste accélère le combat pour les droits des femmes, dans la rue mais aussi devant la justice.

 

Octobre 1972, le procès de Bobigny

 

Marie-Claire, 17 ans, est jugée pour avoir avorté à la suite d’un viol. La mobilisation est forte. Défendue par Gisèle Halimi, la jeune fille sera finalement acquittée. Sa mère sera, en revanche, condamnée à 500 francs d’amende pour complicité d’avortement et la personne ayant pratiqué l’interruption de grossesse, à un an de prison avec sursis.

 

« Simone Veil a imposé l'évidence dans un monde politique profondément archaïque »

 

Simone Veil est morte ce vendredi 30 juin 2017. Ministre de la Santé, elle a défendu la dépénalisation de l'avortement au moment où les mouvements féministes avaient fait de la vie privée des femmes un enjeu politique inévitable. C'est avant tout face à l'archaïsme des députés français que se sera battue l'ancienne ministre, explique l'historienne Michèle Riot-Sarcey.

 

ICI 

« J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds » Simone Veil à Jean-Marie Le Pen

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