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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 05:25
La viticulture est 1 œuvre d’inscription dans le temps, lorsque l’on boit du vin, on boit le temps qu’il a fait et le temps qui passe…

Catherine Bernard, vigneronne à la Carbonnelle de Saint-Drézéry, et moi sommes devenus complices depuis le jour où, sur la place de la comédie à Montpellier, à la terrasse d’un café, la journaliste qu’elle était alors, m’avait passé plusieurs heures sur le grill de ses questions pertinentes à propos de mon foutu rapport qui avait fait de moi « une star des médias » et le chouchou de la Toile [rire de Catherine...]

 

Complice avec une journaliste allez-vous ironiser, ça n’est pas bien, c'est péché mortel [rire de Catherine] pour que vous en arriviez-là vous avait-elle bien ciré les pompes, encensé, passé les plats comme vous le souhaitiez, contribué à la promotion de votre «œuvre impérissable» ?

 

Que nenni !

 

La Catherine elle avait soigneusement dépiauté le moineau [rire de Catherine] avec compétence, un zeste d’ironie, pointé les insuffisances du texte, posé les bonnes questions, même celles qui ne font pas plaisir. Elle l’avait lu ce fichu rapport, surligné, comme aime le faire NKM, du vrai travail de journaliste.

 

Alors, le jour où la Catherine décida de poser son stylo pour empoigner la pioche et le sécateur je me suis mué, lorsqu’elle a fait appel à son cercle de proches et d’amis, en détenteur de parts de son GFA de la Carbonnelle.

 

Pour les plus curieux d’entre vous, comme j’ai souvent chroniqué sur ma vigneronne préférée vous glissez Catherine Bernard dans le rectangle RECHERCHER en haut à droite du blog et vous pourrez les lire.

 

La première publiée 16 février 2011, L’acidité selon Catherine Bernard, faisait référence à son livre « Dans les vignes » l’histoire de sa nouvelle vie qui, après sa formation au CFPPA pour préparer un BPA viticulture-œnologie, était alors dans ses vignes et dans son chai…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bref, la Catherine avait gardé son goût d’écrire.

 

Et maintenant, chaque année, dans ses vignes, elle pratique, avec le même brio, l’art du discours lors de l’AG annuelle du GFA.

 

Comme je suis un gros fainéant je n’ai assisté qu’une seule fois à l’AG, ce qui me vaut de me faire tirer les oreilles par Catherine, gronder, son dernier message après la dernière AG est clair : 

 

«Jacques, débrouillez vous pour venir un jour avec votre ami Jean-Louis Vallet qui vient lui aussi d'envoyer sa procuration. La maison est ouverte même hors AG. »

Je vous embrasse
 

Catherine

 

Promis juré j'irai, mais en attendant , pour me faire pardonner, je propose à votre lecture son excellent petit speech lors de l’AG du samedi 10 juin dernier :

 

Une très belle réflexion :

 

Il est devenu de bon ton de dire : « le vin se fait à la vigne ».

 

Oui, mais sait-on concrètement à quel point ?

 

Le vin se fait à la vigne, mais surtout, tout procède de la vigne.

 

Je vais essayer de dénombrer ce tout.

 

Les trois décisions que nous allons examiner m’ont été inspirées dans et par les vignes.

 

En 2014 j’ai planté, 33 ares de cinsault, mon troisième plantier en 13 ans, mais le premier à réellement s’inscrire dans un territoire. Ce printemps, qui est leur quatrième printemps, était celui de la formation des souches. Les trois années précédentes étaient celui de l’enracinement. Je les ai donc ébourgeonnés, attachés à leur piquet, piochés. Et c’est en faisant ce travail de patience et d’observation qu’il m’a semblé limpide d’instaurer une cogérance dans le GFA. C’est la première décision que nous allons examiner.

 

Les cinsaults ont quatre printemps, mais en réalité, ils sont les descendants des cinsaults des Combes puisque ce sont les bourgeons de ces vieux cinsaults, les bourgeons issus des plus beaux bois qui ont été greffés sur les porte-greffes. Les cinsaults des Combes sont comme les vieilles gens. Ils ne font plus beaucoup de bois, plus beaucoup de feuilles, plus beaucoup de raisins. Ils s’éteignent doucement comme la flamme d’une bougie, mais leurs bois ont donné de jeunes bois vigoureux, fougueux.

 

Encore que comme dans toutes les familles, il y en ait des chétifs, des impétueux, des dociles, des impétueux indociles, des vigoureux dociles, des chétifs récalcitrants…. Ces jeunes cinsaults, je n’en récolterai pas les fruits dans ma vie de vigneronne, mais ils me survivront, nous survivront, du moins, s’ils sont cultivés dans l’esprit d’Olivier de Serres. La vigne ne nous parle de rien d’autre que de pérennité et de transmission, d’inscription dans le temps. Instaurer une cogérance, c’est distinguer le temporel de l’intemporel. Car pour que l’un et l’autre existent, il faut commencer par les distinguer.

 

Cette dimension philosophique a une traduction pragmatique : les fonctions d’ordonnateur, en l’espèce moi la fermière vigneronne, et celle de payeur, le GFA. Quand je plante, quand je remplace les manquants, j’assure le fonctionnement de l’exploitation (je n’aime pas ce mot, mais il n’y en a pas d’autres pour l’instant), et en même temps je valorise le patrimoine du GFA. C’est pourquoi nous allons examiner l’intégration des frais de plantation dans le GFA. C’est la deuxième décision que Michel va détailler.

 

J’ouvre une parenthèse : cet hiver, je suis allée chercher des bois de terret chez Didier Barral à Faugères. Ils sont en pépinière et je les planterai en janvier. Pour mémoire, la Carbonnelle a été pour la première fois plantée de vignes en 1578. L’acquéreur de cette libre pâture ne lui a pas seulement donné un nom, La Carbonnelle. Il y avait planté du terret. Néanmoins, le terret étant l’un des cépages renégats du Languedoc, il a disparu du territoire de Saint Drézéry. Voilà pourquoi je suis allée les chercher si loin.

 

Toujours travaillant dans les vignes, il a fallu se rendre à l’évidence : elles ont cette année environ 12 jours d’avance. Les vendanges seront donc très probablement précoces. De la même manière que le millésime 2016 s’est avéré pauvre en jus. Ce n’est qu’au printemps, au moment de préparer le Carignan et le Rosé pour la mise en bouteille que j’en ai pris conscience. Au lieu de faire 16 000 bouteilles, je n’en ferai que 12 000 sur cette campagne. Aussi, et si vous en êtes d’accord, je vous proposerai exceptionnellement, en troisième décision, une diminution des allocations. Ne pouvant raisonnablement servir du Carignan et du Rosé, j’ai alloué au GFA une barrique de mourvèdre avec un peu de Carbonnelle. Ils seront en magnum en juillet.

 

La viticulture est une œuvre d’inscription dans le temps. Nous avons tous besoin de nous inscrire dans le temps. C’est ainsi que lorsque l’on boit du vin, on boit le temps qu’il a fait et le temps qui passe.

 

Saint-Drézéry, le 10 juin 2017

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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