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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 06:00
« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone

« Cela fait dix ans que Nina Simone a cessé de chanter. Elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle, toujours révoltée, incroyablement émouvante de vérité, d'excès et de folie. Eunice Waymon, de son vrai nom, s'est tue à 70 ans, le 21 avril 2003, dans sa maison, près d'Aix-en-Provence.

 

Les causes de sa mort n'ont jamais été éclaircies. Son manager a juste lâché: « Elle ne se sentait pas très bien depuis quelque temps. » Ce flou artistique qui entoure les derniers jours de la grande chanteuse et pianiste afro-américaine fascinait depuis longtemps Gilles Leroy. Prix Goncourt 2007 pour Alabama Song -inspiré par Zelda Fitzgerald-, l'écrivain s'identifie encore une fois à une femme complexe et livre Nina Simone, roman, une fiction fondée sur des vérités glaçantes. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je le lis en ce moment.

 

« Quand on entre dans le livre, rien ne se passe comme prévu. On pense y entendre la reine noire en mousseline blanche, droite comme un I, chanter «I Put a Spell on You» de sa voix unique qui était tout à la fois: puissante et blessée, chaude et glacée, mâle et femelle, liquide et rocailleuse - une voix de jeteuse de sorts.

 

Au lieu de ça, on se retrouve dans une «grosse maison de vacances bourgeoise sans style ni inspiration», il y a de l'eau croupie dans la piscine, et Nina Simone, dans la pénombre, n'est plus qu'«un corps grand et massif» qui maugrée, rit comme une damnée, puis demande qu'on lui achète «deux bouteilles de Bailey's, deux bouteilles de gin et un pack de Schweppes».

 

Elle ronfle en écoutant Bach, Chopin et Debussy. Elle a le fisc américain sur le dos. Elle a tiré au revolver sur un môme venu faire l'andouille dans son jardin. Splendeurs et misères d'une chanteuse géniale. C'est «Sunset Boulevard» à Carry-le-Rouet. »

 

La suite ICI 

 

Quelques notes de lecture:

 

Son pseudonyme

 

« Charity a tranché il me fallait un nom de scène et nous y avons passé une soirée entière. Le prénom Nina m’est venu en souvenir d’un flirt latino, Chico, qui me surnommait Niña, fillette. Charity a dit de supprimer le tilde, et j’ai suivi son conseil. Ce nom de Simone est arrivé plus tard. J’ai resongé à cette actrice française, Simone Signoret, que je trouvais sublime et qui m’attirait pour des raisons que je n’aurais su dire, que j’ai comprise ensuite. Simone, Charity a trouvé ça très chic, très sophistiqué. »

 

Son en-cas favori

 

« Ricardo sait maintenant comment la faire manger quand elle voudrait seulement boire : il grille des tranches de pain frottées d’ail, les couvre d’anchois marinés ou de poutargue, puis il arrose d’huile d’olive. Miss Simone adore. Elle mange en s’en foutant partout, mais les taches d’huile sur la robe c’est le problème de Wendy. »

 

Le jazz

 

Pardon d’insister, mais que reprochez-vous au jazz 

 

N.S. – Si je lui reproche une chose, c’est d’être un concept de Blanc. Pour la plupart des Blancs, jazz égal Noir, et Noir égale crade. C’est pour ça que je n’aime pas ce mot, et Duke Ellington ne l’aimait pas non plus. C’est un terme qui sert juste à identifier les Noirs, à les stigmatiser.

 

- Comment expliquez-vous alors que les Blancs eux-mêmes aient versé dans le jazz ? Que de jazzmen blancs soient salués dans le monde entier ?

 

N.S. – Je ne me l’explique pas car c’est juste de la connerie ! Seuls les Noirs peuvent en faire. Certains Blancs parviennent à nous imiter pas trop mal. Mais ça reste ennuyeux et plat comme une copie. L’exception c’est Debussy, le premier musicien blanc qui ait écouté le jazz et l’ai assimilé dans sa musique. Je dis bien assimiler, pas édulcorer, pas chercher à faire cet affreux jazz d’ascenseur qu’on entendra par la suite. Debussy et moi, on a fait la même chose, mais en sens inverse. Ce génie avait compris qu’on est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave. Que c’est sans espoir. Que c’est même assez prétentieux, si on y réfléchit. Regardez ce pauvre Woody Allen, qui se couvre de ridicule avec sa clarinette astiquée par la bonne. »

 

Son premier grand succès

 

« La presse était dithyrambique, les meilleurs papiers que j’aie jamais eux de toute ma carrière. En même temps que la consécration artistique de Town Hall, j’ai connu mon premier tube. Un copain blanc, DJ dans une radio de Manhattan, m’avait signalé que ma version de I Loves You Porgy était en très bonne position dans plusieurs hit-parades du pays ; je ne mesurais pas ce que ça voulait dire, concrètement, jusqu’au jour où j’ai reçu un chèque de dix mille dollars. »

 

Sa définition du génie

 

N.S. – Le génie c’est indicible. J’avais deux ans et demi la première fois que j’ai tiré une mélodie d’un clavier. C’était un spiritual en clé de fa que jouais ma mère, que j’avais appris à force de l’entendre. Mes parents sont tombés à genoux en me voyant jouer ce truc sur l’harmonium de la maison. « C’est un don de Dieu, ils criaient, un don du Ciel », et ils se signaient. J’ai commencé le piano à trois ans et je travaille la théorie musicale depuis que j’en ai six. Tu sais ce que c’est, l’oreille absolue ? Les génies travaillent pour discipliner ce don reçu de Dieu. Arthur Rubinstein et Maria Callas étaient dans mon cas

 

- Vous pourriez développer ?

 

N.S. – Dès l’enfance, on travaillait. Nous sommes si peu à avoir hérité ce don du Ciel. Le devoir, quand tu en hérites, c’est de travailler, de le faire fructifier. Le génie, c’est de travailler dès l’enfance, jusqu’au sacrifice de soi. Il y a eu Callas, il y a eu Rubinstein, il y a moi. Après moi, il y a David Bowie et c’est tout.

 

Le concert de Nîmes

 

« Quand miss Simone fait son entrée en scène, huit mille personnes se dressent dans les gradins pour l’ovationner. « Merci », dit-elle en saluant, mains jointes sous la clameur. »

 

[…]

 

« Le soleil se couchait lorsque miss Simone à entamer Ne me quitte pas. Dans un silence d’église, précisément, les gens ont allumé les bougies qu’ils avaient sur eux et l’artiste leva les yeux vers les gradins illuminés. Sans quitter des doigts le clavier, elle pivota sur son tabouret et embrassa la nuée vacillante des flammèches. Comme transportée par la beauté de tout ça, Miss Simone a levé la tête vers les cintres où le ciel étoilé transparaissait.

 

Alors, on entendit que Miss Simone pleurait, la voix étranglée de sanglots. Huit mille personnes ont pleuré avec elle. »

« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone

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