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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 08:00
Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

« Le pessimisme est une facilité, un confort pour la pensée»

 

Raphaël Enthoven dans son recueil de chroniques « Little Brother »

 

  • Vous consacrez un texte au « mode avion » des smartphones. Pourquoi cette fonction nous plaît-elle tant ?

 

Parce que c’est une petite Corée du Nord, un espace soustrait au rythme de l’existence. En une pression du pouce, on se donne le sentiment de s’abstraire du monde, d’« échapper au système ». Le mode avion est grisant : on suspend le temps et les ondes. Le téléphone est fermé sans être éteint. Il a l’air vivant mais ne respire plus. En basculant en mode avion, on a l’impression de prendre son indépendance, alors que ce n’est qu’une trêve dans l’avalanche de messages. Au fond, le mode avion est une forme de souverainisme.

 

« Tout m’indique que notre époque n’a rien de bien singulier ou d’exceptionnel. Les passions, les goûts, les dégoûts sont les mêmes. C’est pour ça que je n’aime pas les gens qui disent que c’était mieux avant ; parce que c’est le signe distinctif de toutes les époques. Le pessimisme me semble une facilité, parce qu’on finit toujours par avoir raison en étant pessimiste. C’est un confort pour la pensée. »

 

« Le peuple est le nouveau tyran, c’est totalement totalitaire. »

 

Que faire alors ?

 

« Regarder. Se gaver de ce qui nous entoure, scruter jusqu’à ce que cela devienne intéressant. S’étonner de ce qu’on a l’habitude de voir. On vit très bien comme ça. »

 

« Bon sang mais c’est bien sûr ! » comme le disait Raymond Souplex, alias le commissaire Bourrel, à la fin des épisodes des Cinq Dernières Minutes. Tout dans ma vie va bien comme sur des roulettes, à l’exception notable d’une forte addiction à la politique qui, avec le mode opératoire de la présente campagne électorale, tourne à l’overdose.

 

Addiction « D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères. »

 

Overdose : familier. Quantité excessive d'une sensation, d'un sentiment, difficilement supportable.

 

Pas de quartier : « Feu sur le quartier général ! », décision radicale, sevrage, cette semaine je me suis donc mis en mode avion, je me suis placé volontairement en cellule de dégrisement politique… depuis je vis comme un réfugié en Corée du Nord… sauf que, dès que je sors je suis libre car, contrairement au bon vieux temps des démocraties populaires chères au cœur des communistes français, ma prison n’a pas de mur.

 

Tout sevrage brutal provoque le manque, le craving qui est la composante psychologique essentielle de la dépendance car il est un facteur décisif de la rechute et du comportement d’intoxication chronique.

 

Le craving est une pulsion incontrôlable, de très forte intensité, comparable à la soif ou la faim, une envie irrépressible de consommer de façon compulsive.

 

Que faire pour résister ?

 

Lire !

 

Thérapie, certes efficace, mais limitée car déjà en place depuis toujours…

 

Faire la cuisine !

 

Homothétie parfaite avec la lecture…

 

Faire l’amour ?

 

Faut pas rêver !

 

Partir !

 

Je n’en ai nulle envie, il sera toujours d’émigrer en cas de malheur…

 

Le manque c’est une douleur, pourquoi pas la combattre en générant une douleur supérieure : écrire !

 

M’y remettre… cesser de fuir… souffrir !

 

Décrassage : relecture de textes épars, de premier jus, j’en retire un de mon stock pour le travailler.

 

C’était le début d’un petit polar.

 

« Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du Marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’y ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la vioque de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant son écran ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de me tirer. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

  • Je serais ravi si vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Je feuillette la presse régionale, le Dauphiné libéré, j’y retrouve une appellation qui a fait florès, sous la plume de la droite, aujourd’hui presque oubliée : la gauche caviar à propos de Gordes beau village du Luberon (prononcer be et non bé). J’ai séjourné dans la plaine de Gordes et j’ai le souvenir d’y avoir croisé quelques spécimens de cette gauche, souvent Georges Wolinski.

 

Rassurez-vous, je ne rechute pas dans le politique c’est parce que le beau François y a abrité, dans un discret mas de pierres blanches, ses amours avec Anne Pingeot.

 

« Selon le petit Larousse, la gauche caviar incarne le “progressisme” et le “goût des mondanités”. Un cocktail idéologique sulfureux. Il se trouve qu’après 1981 et l’élection du président François Mitterrand, cette gauche a trouvé refuge à Gordes. Dans une charmante commune du Vaucluse, ambassadrice zélée du très chic Luberon.

 

C’est Maurice Chabert, actuel président du conseil départemental et maire de Gordes pendant 32 ans, qui évoque cette “gauche caviar” qui avait établi ses quartiers d’été dans le secteur. Il cite Laurent Fabius, Charles Hernu, Jack Lang et bien sûr François Mitterrand. Probablement au titre des bonnes manières, le premier ministre Laurent Fabius avait remis la médaille de Matignon à Maurice Chabert, qui lui-même avait décerné celle de sa commune à Jean-Pierre Chevènement.

 

De cette épopée, il ne reste guère que des souvenirs épars. Gordes est toujours fière d’avoir été l’une des villégiatures de l’ancien président de la République. Au “Cercle Républicain”, l’un des cafés emblématiques du village, l’évocation de ce prestigieux administré suscite des commentaires. Ceux qui l’aimaient sont plutôt fiers, les autres disent s’en moquer comme de leur première carte électorale.

 

La maison qu’avait fait construire François Mitterrand, une belle bâtisse de plain-pied en pierres plates officiellement propriété de la SCI de Lourdanaud, a même abrité ses amours et celles d’Anne Pingeot. Une demeure aujourd’hui anonyme du quartier “Les Rapières”.

 

De leur union est née Mazarine Pingeot, qui a vu le jour en décembre 1974 à Avignon. L’année de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing »

 

Une piqure de rappel tout de même pour rappeler que le socle du Front National se trouve chez les héritiers de ces gens-là. 

 

Dans un article daté du 13 août 1940, « Faut-il fusiller ou couper le nez ? », rédigé pour la France au travail qui ne l’a pas publié, Montandon réitère sa proposition pratique : couper le bout du nez aux jeunes et « jolies juives », supposées dangereusement corruptrices et manipulatrices :

 

« Il y aurait pourtant […] une modalité élégante de faire se terrer les jolies Juives. Vous savez qu’il n’y a rien qui enlaidisse davantage une femme que de rendre béantes ses deux ouvertures nasales […]. Pas besoin d’opération à grand spectacle, avec assistants, narcose, etc. ! Il suffit d’un coup de pince coupante ou d’un coup de dents – comme nous l’avons vu un jour splendidement opérer. Le danger d’hémorragie mortelle est nul. Mais la jolie Juive qui aura subi la circoncision de l’appendice nasal, automatiquement ne remontera plus sur les tréteaux, et ne caracolera plus dans les salles de rédaction. Qui nous donnera le droit de fusiller et de couper le bout du nez. »

 

De l’admiration de la révolution bolchevique à l’adhésion totale à l’antisémitisme nazi: la dérive mortelle du Dr Montandon, Neuchâtelois, médecin à Renens, ami de Céline ICI 

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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