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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 06:00
La gastronomie est le révélateur des pulsions d'un peuple Jean-Claude Ribaut nous livre sa vision du petit théâtre politicien français, à la façon des Lettres persanes

L’ami Jean-Claude Ribaut, qui savait se servir aussi bien d’une fourchette à poisson que de sa plume, signa chaque semaine du 8 octobre 1993 au 17 novembre 2012 une chronique consacrée à la table et au vin avec la complicité graphique de Desclozeaux.

 

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, depuis 1989, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin. Jean-Claude Ribaut est né à Valence (Drôme). Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques dans Combat, et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996.

 

Il a livré ICI , depuis novembre, une vision du petit théâtre politicien français, à la façon des Lettres persanes, roman épistolaire publié anonymement par Montesquieu en 1721, qui rassemble la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis restés en Perse...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec sa permission en voici quelques extraits, la lecture intégrale est possible en cliquant sur le lien en commençant par la fin.

 

  1. La gastronomie est le révélateur des pulsions d'un peuple. Beaucoup dénoncent ici ces débats comme un calcul politique destiné à exacerber les passions. Je ne crains rien pour une nation dont l’un des candidats, auteur d'une biographie de Montesquieu, écrit dans la préface de la nouvelle édition : « A l'heure où les tenants de la rupture cèdent à la tentation de la table rase, l'esprit de modération de Montesquieu est une leçon pour tous. » Voilà un propos raisonnable pour ceux qui, comme moi, cherchent à satisfaire le légitime désir de délicates agapes où ils aimeraient que figurassent huîtres fines, foie gras d'oie frais et chapons dorés.

 

  1. Elle nous incite à prendre un peu de hauteur et à rouvrir le Catéchisme du Japonais (in Dictionnaire philosophique de Voltaire. 1764) dans lequel un Indien et un Japonais débattent des mœurs de table et des interdits religieux. L’Indien s’étonne du fait que l’empire du Japon possède douze factions de cuisine :

 

« Vous devez avoir douze guerres civiles par an ? »

Le Japonais lui répond qu’à la table du cuisinier pacifique chacun est libre de manger ce qui lui plait « lardé, bardé, sans lard, sans barde, aux œufs, à l’huile, perdrix, saumon, vin gris, vin rouge. »

 

L’Indien insiste : « Mais enfin il faut qu’il y ait une cuisine dominante, la cuisine du roi. »

 

Le Japonais admet : « Il n’y a que ceux qui mangent à la royale qui soient susceptibles des dignités de l’Etat, tous les autres peuvent dîner à leur fantaisie mais ils sont exclus des charges […] Le dîner est fait pour une joie recueillie et honnête, et il ne faut pas se jeter les verres à la tête. »

 

Depuis Voltaire, le progrès a singulièrement rétréci le globe, mais il n’a pas eu raison des barrières, fussent-elles électorales, qui divisent ses habitants.

 

  1. Le dernier en date de ces intrépides est un homme encore jeune, formé aux meilleures écoles, mais qui court le monde à la recherche de soutiens pour sa candidature. On l'a vu à Londres, où j'ai tenté en vain d'établir une ambassade, réunir dans des banquets de charité nombre de ses compatriotes acquis aux idées libérales pour recueillir des subsides, car l'Angleterre, réfractaire à l'influence des Jansénistes et des Jésuites, est avide de ce genre d'agapes fraternelles. Le paradoxe est que ce benjamin de la politique porte le même patronyme qu'un haut fonctionnaire de l'Empire romain : Macron (Quintus Naevius Cordus Sutorius Macro), né vers 21 avant notre ère mort en l'an 38, qui a passé sa jeunesse sous le règne d'Auguste, lequel avait créé, à sa mesure, un modèle de gouvernement républicain, gouverné... par lui seul. Auguste, ne l'oublions pas, avait d'abord refusé de porter un titre monarchique, se qualifiant de Premier Citoyen (Princeps Civitatis).

 

  1. Ajustant ses salves contre le Premier Vizir de l'époque, Dominique de Villepin attaquait avec appétit les assiettes de charcuterie et de fromages :

 

«En 2007, François Fillon disait être à la tête d'un Etat en faillite. Qu'a-t-il fait ? Il a augmenté la dette même avant le début de la crise et depuis elle a bondi de 700 milliards d'euros».

 

La sentence tomba : «L'irresponsabilité ne peut pas rester dans l'impunité. Ils ont menti aux Français et, ça, ça va se payer.»

 

Au moment de quitter Rungis, il lança à ses hôtes, conquis par sa fougue : «C'était roboratif et ça met en jambes. Je reviendrai.» Le peuple de France, Mon cher Usbek a la mémoire courte : ses ainés et ses bigots ennemis des Lumières, viennent de désigner François Fillon à la candidature suprême.

 

 

  1. La table comme arme politique ou diplomatique fut employée par tous les régimes. C'est une fatalité française. On a retenu le mot fameux de Talleyrand, s'adressant à Louis XVIII avant de partir pour le Congrès de Vienne : « Sire, j'ai plus besoin de casseroles que d'instructions écrites ! »

 

  1. C'est le destin de ce pays de considérer la table comme le support nécessaire de l'ambition. Brillat-Savarin, ancien conventionnel, prophétisait bien avant José Bové que « la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent ». A un point tel que l'histoire de France s’apparente à une succession de festins, depuis le « Triomphe des pauvres » institué par les Jacobins de Rodez, jusqu’aux banquets organisés, sous Louis-Philippe, par les partisans de la Réforme, ou, d’après Flaubert, on mangeait du dindon froid et du cochon de lait.

 

  1. De là à imaginer que la table peut réconcilier les Français au centre, je suis bien perplexe, comme le philosophe Alain : « Quand on me dit qu'il n'y a pas de différence entre la gauche et la droite, la première pensée qui me vient est que celui qui me dit cela n'est certainement pas de gauche ».

 

  1. Intrigué, je prolongeai ma méditation en consultant le Dictionnaire du Diable, publié naguère aux Amériques par un esprit libre du nom d'Ambrose Bierce, et fus aussitôt éclairé : « Un militant, c'est un militaire qui porte son uniforme à l'intérieur. » Pour la première fois, je me mis à douter de la sagesse des Français, tant leurs mœurs sont éloignées du caractère et du génie persan.

 

  1. Les causes de la décadence du régime de l'actuel Grand Shah tiennent à la corruption grandissante introduite par le luxe et l'argent. Les ministres se succèdent et se détruisent, ici, comme les saisons. Tel haut intendant du budget cachait son magot, m'a-t-on rapporté, au pays de Calvin, chez les Helvètes, peu regardants – quoi qu'ils disent – sur les turpitudes de leurs voisins français. Un autre, au nom cocasse de Thévenoud, ne conserva la charge du commerce extérieur que pendant neuf jours parce qu'il ne payait ni son loyer, ni la dîme, ni la taille, ni la gabelle.

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