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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 06:00
« La pasta, est le mode d’expression le plus abouti du néo-réalisme italien… » signé le critique gastronomique masqué.

Les cuisines ouvertes sur la salle des restaurants contemporains permettent à des zozos comme moi de se muer dans la peau de nos éminents critiques gastronomiques qui adorent faire des phrases.

 

Le texte qui suit est la transcription à ma sauce d’un texte parodique d’un célèbre cinéaste dont je vous laisse le soin de découvrir l’identité.

 

« Les fettucine de Roberto Rossellini, bien que plissées d’une façon diabolique, doivent beaucoup à Luchino Visconti, dont l’utilisation des fettucine comme instrument du progrès social est universellement connue.

 

La différence réside dans le fait que chez Visconti, le client est fondé à espérer des fettucine blanches, et les obtient. Ici, chez Rossellini, il se voit servir des fettucine vertes. Pourquoi ? Tout cela semble gratuit. En tant que consommateurs, nous ne sommes pas préparé au changement car comme l’écrivit Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change »

 

Désormais la nouille verte ne nous amuse plus. Elle nous déconcerte d’une façon non préméditée par le chef. Les lasagne, en revanche, sont parfaitement délicieuses sans être le moins du monde didactiques. À vrai dire, il y réside un sournois relent marxiste, mais qui est dissimulé par la sauce. Rossellini a milité des années durant dans les rangs du Parti communiste italien, et s’est révélé par l’inclusion subtile de son marxisme dans ses tortellini.

 

J’ai commencé mon repas par un antipasto, qui me sembla de prime abord dénué d’intérêt, mais qui, lorsque je découvris les filets d’anchois, me devint plus clair. Rossellini tentait-il d’exprimer que la vie entière était symboliquement représentée dans ce hors-d’œuvre d’anchois allongés où les olives noires évoquent incoerciblement la mort ?

 

Mais où se trouvait donc le céleri ?

 

L’omission était-elle délibérée ?

 

Chez Vittorio De Sica, l’antipasto est entièrement constitué de céleri. Mais De Sica est un extrémiste. Il entend attirer l’attention sur l’absurdité de la vie. Qui pourrait oublier ses scampi : quatre crevettes fourrées à l’ail disposées de façon à en dire plus long sur notre intervention en Irak que les innombrables livres sur le sujet ?

 

Aujourd’hui, ce plat est insipide auprès de la piccata de Pasolini, une saisissante tranche de veau attachée à un drapeau noir. Pasolini s’exprime toujours mieux dans le veau que dans le poisson ou le poulet.

 

Rossellini, à l’encontre de ces chefs d’avant-garde, va rarement jusqu’au bout de ses idées. Il hésite, comme dans ses spumoni, et quand ils arrivent à table, ils sont ramollis.

 

Avant sa psychanalyse, Rossellini, qui avait la phobie des coquillages, répugnait à les sacrifier de façon barbare, eut toutes les peines du monde à réaliser des spaghetti vongole.

 

Chez lui, la touche artistique réside dans son poulet désossé à la Parmigiana. L’intitulé est au deuxième degré, puisqu’il a fourré le poulet de petits os supplémentaires, comme pour signifier que la vie ne doit pas être consommée trop vite ou sans précaution. L’obligation d’ôter constamment de petits os de sa bouche et de les déposer sur l’assiette donne au repas une sonorité mystique.

 

On est obligé alors d’évoquer Webern qui semble ressurgir à tout instant dans la cuisine de Rossellini. Gérard Depardieu, parlant de Stravinsky, suggère un intéressant rapprochement entre l’influence de Schoenberg sur les salades de Rossellini, et l’influence de Rossellini sur le Concerto en ré pour cordes de Stravinsky. À cet égard, le minestrone est un superbe exemple d’atonalité. Accompagné tel qu’il est de croûtons aillés et de petits morceaux de légumes, le dîneur, quand il le boit est obligé de faire des bruits harmonieux avec la bouche.

 

Ces accords sont disposés selon un rythme précis, et se répètent dans un ordre immuable. La première fois que suis allé dans son restaurant, deux clients, un jeune garçon et un gros homme, mangeaient leur soupe à l’unisson, et l’émotion fut telle qu’ils reçurent une vibrante ovation. Comme dessert, nous eûmes des tortoni, ce qui me rappela cette remarquable phrase de Leibnitz : « Les monades sont des fenêtres. » Quelle lucidité ! Les prix chez lui, sont, ainsi que me le dit un jour Hannah Arendt, « raisonnables sans être historiquement inévitables ». Je souscris à ce jugement. »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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